De leur musique, on ne connaît guère que le raï, les mélodies arabo-andalouses, le gnawa ou le folklore traditionnel. Les Marocains produisent pourtant du rock, du punk et du rap, et non des moindres. Leurs arts plastiques vivent aussi une effervescence insoupçonnable dans le pays de Mohamed V. Grâce aux Genevois de Mozaik productions, un échantillon de choix de cette scène musicale et visuelle investit l’Usine de fond en comble dans le cadre du festival de la bâtie le 11.09.10.
Parmi les étoiles de cette délégation, le groupe punk Haoussa, le hip-hopper Mobydick, Orioxy et son jazz bleuté, le graphiste Molokov et les organisateurs du Festival L’Boulevard de Casablanca. Tous ont en commun le souhait de proposer des alternatives aux dérives “obscurantistes” qui peuvent s’offrir à la jeunesse de leur pays. Entre concerts, discussions et projections, une immersion totale ponctuée par un brûlant set DJ genevo-marocain.
De l’incendie de son studio à l’apologie des pum pum, la longue carrière de Lee Scratch Perry est jalonnée d’une multitude d’événements baroques. Un caractère et une destinée fantasque qui lui a valu d’être considéré comme un “Salvador Dali jamaïcain” par l’historien du reggae Lloyd Bradley.
“Je retourne au sommet de l’univers en revenant des bords de l’oubli,” expliquait-il à David Katz dans le numéro 124 de Vibrations. Son établissement dans une banlieue montagneuse aux abords de Zurich en 1989 ne constitue pas le moindre des paradoxes de cette carrière à rebondissement. Rescapé des mauvais sorts et de la folie qui prédominait à bord du Black Ark, c’est depuis la cave d’une villa résidentielle qu’il a ressuscité le légendaire studio de Kingston.
Le White Ark est devenu son laboratoire secret. Un vaisseau aux pouvoirs catalytiques dans lequel il a tout le loisir de fignoler son univers syncrétique. Au-delà des productions musicales, c’est le lieu d’origine de toute une gamme d’objets bariolés, de miroirs brisés et de slogans cabalistiques qui parsèment son jardin ou l’accompagnent sur scène. Nowness présente cette série du photographe Horst Diekgerdes et nous invite à faire une brève incursion dans ce paradis doucement décalé.
Anglais d’origine nigérienne vivant à Coventry, Obaro Ejimive offrait une belle surprise avec son EP “The Sound of Strangers” sorti gratuitement en juin dernier. Déjà bien entouré pour ses singles précédents, notamment avec Dels et Rox, Ghostpoet s’est associé pour l’occasion avec Micachu pour le très herbertienMorning.
Même si elles penchent souvent vers l’expérimentation, ses productions font immanquablement référence au old school et proposent un art cet art de la narration singulier, que l’on retrouve aussi bien chez LKJ, Roots Manuva ou encore The Streets.
Un cocktail qui n’a pas manqué de faire mouche. En particulier du côté de Gilles Peterson qui vient de signer Ejimive sur son label Brownswood Recordings. Nul doute qu’on devrait revoir des apparitions de ce poète conscient et fantomatique.
Après le biographique ”Basquiat” ou la fable urbaine Downtown 81, Tamra Davis nous permet de retrouver l’artiste dans un documentaire réalisé en grande partie à partir d’une interview accordée en 1988. Une manière tacite de célébrer la naissance de l’artiste, décédé en 1988, qui aurait fêté son 50e anniversaire cette année. Outre ces images exclusives, la bande-son originale de “Jean-Michel Basquiat: The Radiant Child” est signée par les Beastie Boys, Adam Horovitz et Mike Diamond.
Parallèlelement à son influence dans l’histoire des arts visuels et de la poésie, Basquiat a toujours été très impliqué musicalement. Aussi bien aux côtés de Vincent Gallo avec le groupe Gray ou avec Rammellzee et K-Rob aux origines du hip-hop, sa trajectoire météorite nous aura tout de même transmis quelques témoignages sonores polymorphes et atemporels.
Une programmation qui met l’accent sur les dernières révélations électroniques venues du monde entier
À l’heure où nous écrivons ces lignes, la programmation complète du festival n’a pas encore été dévoilée, mais l’avant-goût déjà annoncé donne la couleur : les sonorités électroniques domineront le week-end marseillais. À commencer par celles de Sage Francis, figure du hip hop indépendant, qui viendra défendre son nouvel album Li(f)e. Un album qui voit le patron de Strange Famous Records s’éloigner un peu des platines pour privilégier un backing band plutôt rock.
Reste à savoir si les musiciens feront partie des bagages pour la formule live ou si les machines resteront le jouet privilégié du bonhomme. Hip hop underground toujours avec Beat Assailant et ses accents jazzy. Le rapper d’Atlanta exilé à Paris distille un savant mélange groovy entraînant au possible qui prend toute son ampleur sur scène. On se réjouit d’ores et déjà de connaître la suite du programme.
Daedalus, IsWhat ?!, Poirier, Tumi & The Volume, A-Trak, Erol Alkan, Curry & Coco, The Qemists, M.A.N.D.Y.,Féfé, Shaka Ponk, The Japanese Popstars, Beardyman…
On la savait malade, mais la nouvelle a refroidi la fin de l’été: Abbey Lincoln est décédée à New York le 14 août dernier. Elle avait 80 ans. Un rare entretien à l’époque de son ultime enregistrement est paru dans Vibrations de juillet 2007. Nous le republions ici.
La rencontre a failli ne pas avoir lieu. À près de 77 ans, Miss Abbey Lincoln ne veut plus se plier aux contraintes de ce qu’elle n’a jamais considéré comme un métier. Sa santé lui commande le repos. Mais plus que tout, son caractère insoumis, pas celui d’une diva, celui d’une femme forte, fière, qui vous regarde dans les yeux et vous réponds d’une voix ferme et souvent autoritaire, lui dicte seule sa conduite viscéralement indépendante. Toute sa vie, Anna Marie Woolridge, de son vrai nom, a avancé la tête haute, le verbe sans concession, s’est choisi une vie guidée par le refus de l’injustice et la farouche préservation de sa liberté de penser et de dire.
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