
PHOTO: MARY ROZZI
The Reminder, à paraître en avril, rappelle la prouesse de femme à notre bon souvenir: aperçu titre par titre. Produits par Feist, Gonzales et Renaud Letang (avec Mocky sur quatre titres), certains sont suffisamment moches pour mettre en évidence la grande beauté des autres.
So Sorry La voix tranchante qui s’emporte toujours aux entournures, sans avoir l’air de rien. Elle nous avait manqué. Une guitare sèche enveloppante. L’écho lointain d’un clavier. Maracasses. Un mea culpa tendre dans les affaires d’une femme, d’un homme. Un titre qui va à la rencontre du premier album. Ça nous va bien. Et puis des chœurs – ceux, pourtant, de Jamie Lidell. Des soufflés de nez qui enroulent la tendresse dans une mièvrerie dommage.
I Feel It All Un registre rock rêche qu’on ne lui connaissait pas s’ouvre sur les fenêtres de comptines tintinabulantes. Prometteur. Mais les gling-glings de la guitare sèche s’arrêtent parfois, pour mieux relancer bêtement le refrain : un sale petit goût de Meredith Brooks. C’est moche.
My Moon My Man La basse acoustique de Mocky groove alors que la production joue de la profondeur de champs, de dissonances éparses et lointaines. Premiers clin d’œil des bidouilleurs de première, qui se devaient de finauder. Les voix s’élèvent en volutes vers la boule à facette. Le titre le plus chouette.
The Park La mise à nu, voix et guitare, se passerait bien des petits bruits d’oiseaux qui filtrent, mais ne vaudrait pas tant sans les cordes qui soulèvent ci et là la mélodie, sans les cuivres qui la tirent vers sa fin.
The Water Prouesse d’interprétation, le morceau ne tient sur presque rien, mais tient bien. Feist nue dans une épure trompeuse, sereine quant à son talent, parvient si facilement à partager ses conviction. Ce titre, qui englobe une mélodie de Brendan Canning, de Broken Social Scene, est le plus sûr.
Sea Lion Woman Clappements de mains, chœurs onomatopéiques, tempo enlevé. Le “See Line Woman” popularisé par Nina Simone, sauvagement épidermique, revu et corrigé en gospel de pub télévisée. Embarrassant. Heureusement, le bizarre conquiert l’improbable, et des guitares à la « Crosstown Traffic » (par Afie Jurvanen) détournent un instant l’attention de cette chansonnette qui vaudra peut-être mieux en live.
Past In Present Les envies punkisantes de la voix sont contrecarrées par les ondulations d’une guitare hawaïenne. La main de l’auditeur est prise avec la poigne des tubes. Ici on n’hésite donc entre beau biais et formule pop un peu lisse : étonnant étonnement…
Limit To Your Love Eminemment Feist. Le timbre et le chant exploités jusque dans leurs plus beaux contours : éclats, voix dédoublées. Le piano et les cordes servent au ravissement d’une ballade aux intensités en escaliers. Le plus beau titre de l’album.
1.2.3.4 Décidément ces chœurs, discrètement insidieux, détonnent. Dans le fond, un banjo, une trompette occasionnelle, puis le piano groovy de Gonzales emportent finalement cette fanfare délicate mais aux bonnes joues roses.
Brandy Alexander Quels que soient les apparats qui un à un habillent cette chanson d’amour – claquements de doigts, puis piano, guitare, cordes enfin et voix plurielles finalement –, la pureté de la composition prime, seule celle de la voix compte. Le titre le plus chic.
Intuition Une mélodie qui lézarde. Tout repose sur la guitare baladeuse et l’émotion directe : subtilement décharné, « Intuition » porte son nom avec une fierté bien placée.
Honey Honey Ce que les live de Feist pouvaient générer de plus prenant : les boucles vocales et celles de la Gretsch hypnotisent à force d’élans balancés. Et quand la harpe coupe court au flux avant de le prolonger, le souffle est court aussi.
How My Heart Behaves Ce grand déballage, redevable en partie à Andrew Whiteman de Broken Social Scene et Apostle Of Hustle, rappelle les dernières mélopées de Joanna Newsom. Développements linéaires, touches de harpe, et dépliages instrumentaux. La production intéresse – ses flous, ses contrastes soudains –, mais ces chœurs, mince, ces chœurs (dont ceux de Eirik Glambek Boe de King Of Convience). Quand on met du moche dans du beau, le beau devient moche.
ALBUM
- Feist, The Reminder (Polydor/Universal) sortie le 23 avril
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Les chœurs dans How My Heart Behaves sont très jolis ! Ils ont mis du beau dans du beau.