électro: Amon Tobin chez les bruiteurs

Sortie aujourd’hui du nouvel album du génial bricoleur brésilien. Dans lequel il délaisse ses milliers de vinyles pour le bruit des usines, des insectes et du Kronos Quartet.

Salle d’enregistrement destinée aux bruiteurs, la “foley room” est au cœur du nouvel album d’Amon Tobin. Explications sur cette nouvelle quête sonore, plus musicale que jamais.

Quelle était l’idée de départ de The Foley Room ?
Arriver à quelque chose qui fonctionne comme un tout. Ça fait old school de dire ça, alors que nous sommes dans l’ère d’iTunes avec le téléchargement au titre par titre. Mais je suis old school (sourire) et je voulais faire un album au sens propre du terme. Avec la limite de durée du CD. Avec un début, un milieu et une fin. Avec des contrastes et des dynamiques. Je voulais qu’on l’écoute comme un tout. Pas comme un collage de titres. J’ai également utilisé des sources identiques pour différents titres. Un bout de percus servait pour plusieurs morceaux mais était traité différemment. J’ai répété ce processus car la manipulation est aussi à la base de ce projet.
Cette technique influence votre approche de la composition?
Complètement. Sur mes albums passés, presque tout venait d’emprunts de vinyles. C’était la pierre angulaire de mon travail. Ça l’est toujours: créer à partir de musiques existantes et en changer leurs significations et leurs contextes…
Créer à partir de musiques existantes, Elvis, les Stones ou Public Enemy faisaient la même chose, non?
Absolument! Je suis content que vous me disiez ça car c’est ce que je me tue à répéter à tout le monde et notamment à ceux qui voient dans le sampling quelque chose de révolutionnaire ou de nouveau. La musique a toujours été faite d’emprunts et de vols. C’est une réinterprétation permanente. Les styles musicaux ne naissent pas comme ça, ce sont des mutations de genres passés.
Pour The Foley Room, vous vous êtres transformé en chasseur de sons, enregistrant des bruits d’animaux, de machines industrielles…
Mon point de départ était la recherche de sons ayant un point commun mais venant de sources différentes. Comme un son de guitare surf mixé à celui du bruit des abeilles. Des origines opposées pour une sonorité similaire finalement. J’avais donc des idées de types de sonorités que je recherchais plutôt que des compositions précises.
D’où est venue l’idée de la “foley room”?
Lorsque j’ai travaillé sur le projet Splinter Cell 3, j’étais dans ce studio au bout du couloir duquel il y avait ce type qui travaillait dans une pièce remplie de casseroles, de noix de coco et d’objets plus invraisemblables les uns que les autres. Et j’ai appris ce qu’était une “foley room”. On m’a autorisé à l’utiliser. C’était parfait car neutre en terme d’ambiance.
Avant les vinyles, aujourd’hui ces bruits d’origines diverses: cette matière sonore est différente?
C’est ce que je cherchais à découvrir: est-ce que je me limitais en n’utilisant que des vinyles? Au final, c’est la même chose, ça reste du matériau sonore. Cette matière sonore est sans fin avec les vinyles et je pourrais aisément refaire un nouveau disque uniquement avec des vinyles. Tout est davantage dans les idées que vous avez, plutôt que dans l’origine et la source de votre matière sonore.
D’où est venue l’idée d’inviter le Kronos Quartet?
Je ne travaille jamais avec des musiciens. Là, je voulais savoir si je pouvais demander à des musiciens d’extraire de leurs instruments des sons qu’ils ne sortiraient pas habituellement… Au début j’étais intimidé car c’est le Kronos Quartet, des musiciens chevronnés. J’étais anxieux de leur demander de jouer des choses peu musicales. Ça pouvait ressembler à du gâchis. Mais même lorsqu’ils jouaient des trucs mineurs, ça restait merveilleux grâce à leur incroyable sensibilité musicale. Je leur demandais des conneries comme jouer tous les quatre ensembles simultanément sur le même violon. Ou avec le dos de leur archet.
Evitons la question de vos origines et des influences de la musique locale sur la votre, savoir si Orlann Divo a eu plus d’importance pour vous qu’Os Mutantes, blablabla…
Merci! (rire)
Mais, de façon plus large, comment votre nationalité brésilienne se reflète dans votre musique?
Disons que ce pourrait être facile de voir des connections entre elle et ma musique mais ça ne serait pas honnête car j’ai énormément voyagé dès mon enfance. J’ai passé ma vie à déménager. Et pour ma santé mentale je me suis créé une continuité personnelle sans attaches géographiques. Je ne me suis ainsi jamais senti attaché au lieu où je me trouvais. Il y a sans doute un côté négatif à ça, mais aussi un côté positif…
Le voyage, le nomadisme serait la source de votre musique?
Sans doute. Je n’essaye pas trop d’y penser mais il y a une certaine logique à cela… Je ne me sens rattaché à aucun genre musical, à aucune scène, et ça vient peut-être de ne pas me sentir attaché à une ville en particulier.

VIDEO

  • Amon Tobin au travail avec le Kronos Quartet

SITES

REFERENCE

  • Amon Tobin, The Foley Room (Ninja Tune)

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2 Réponses à “électro: Amon Tobin chez les bruiteurs”


  1. 1 JSBROSSE mar 6th, 2007 à 11:53

    Passionnant bonhomme qu’Amon Tobin. Juste un petit complément pour dire que Foley room tire son nom de Jack Foley, que l’on considère souvent comme l’inventeur du bruitage en post-synchro à la fin des années 1920. “Sa grande spécialité était les bruits de pas, qu’il synchronisait à la perfection en marchant sur les surfaces les plus variées, tandis qu’avant lui on avait recours à des 78-tours de bruits de pas”, raconte Laurent Jullier (Le Son au Cinéma). Voilà c’est tout.

  2. 2 Seb Acher mar 7th, 2007 à 22:58

    Quel génie cet Amon Tobin! Et puis il semble assez humble dans ses propos. Quelqu’un a entendu parler d’un album qu’il doit sortir cette année avec Doubleclick?

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