musique africaine : le retour de Ray Lema

Le pianiste d’origine congolaise sort «Paradox». Un flux spontané de 11 morceaux chaleureux à l’image de ce jeune homme de 60 ans.

Vous dédiez ce disque à Ali Farka Touré et à Claude Nougaro. Quelles étaient vos rapports avec eux ?
C’étaient mes amis. Tous les deux étaient tellement trempés dans leur culture. Claude, c’est la langue française, il m’a appris à l’aimer. Je suis allé chez Ali Farka Touré et il m’a beaucoup appris sur sa culture, sa région. Qu’ils partent les deux à si peu de temps d’intervalle a fait que je devais leur rendre hommage.
Pourquoi ce titre Paradox ?
On vit dans une époque paradoxale. Par exemple, j’adore lire. Je peux passer des heures dans les petites librairies à fouiller dans les rayonnages. Il n’y pas ça en Afrique et je pense que c’est une des choses qui me garde en Occident. Quand je vais dans ces librairies, je vois qu’il y a des livres sur chaque sujet. Chacun fait ses prévisions sur l’avenir, sur ce qu’il faudrait faire pour améliorer la situation. Et en même temps, on a tout le temps l’impression d’être dans un train lancé à toute vitesse. Actuellement, c’est l’écologie qui est à la mode: tout le monde en parle, tout le monde est écolo. Mais on continue de polluer plus qu’on a jamais pollué. Idem pour les OGM, pour le tabac. On n’arrête pas de parler des dangers du tabac, mais tout le monde continue de fumer. Notre société est un paradoxe. Dès qu’on essaie de toucher à quelque chose, on est freiné par les gens en place, en position de pouvoir. Si on avait un minimum de sages a notre tête, on pourrait faire tellement de choses.
Selon vous, la société occidentale est en perdition ?
Je me mets dans mes souliers de vieil Africain. Chez nous quand il y a un mec qui fait quelque chose de mal, la première réaction est de demander: c’est l’enfant de qui ? D’où vient ce comportement ? En Europe, on perçoit chaque personne comme quelqu’un de mature et de développé. Si tel était le cas, il n’y aurait pas autant de gens en prison. C’est une société ultra-intelligente, mais exaltée et infantile. Son individualisation acharnée a fait qu’elle a perdu le contrôle. On n’arrive plus à arrêter personne. En Afrique, n’importe qui peut entrer chez toi, il n’y a pas d’intimité, c’est une forme d’auto-contrôle. Ça permet à la communauté d’être plus en lien.
Vous remerciez le Dalaï-Lama dans les notes de pochettes. Pourquoi ?
Le morceau «Paradox» m’est venu après avoir lu le Dalaï-Lama. Il voit et décrit avec simplicité des choses évidentes dans notre société mais que nous ne parvenons plus à voir. Il est d’une telle justesse qu’il me rappelle les prophètes.
Vous avez fait 19 disques en 25 ans de carrière. Vous avez touché au jazz, à la musique classique, à la chanson française et à beaucoup d’autres gens musicaux. Comment expliquez-vous cette prolixité?
Mon travail n’est pas si énorme. Je suis croyant mais je n’ai pas de religion. Toute ma religiosité, je la mets dans la musique. Dieu est le grand compositeur. Et quand je pense à Dieu, je pense “amour”. Ou que j’aille, dans chaque domaine musical où je me plonge, j’y vais avec un regard amoureux. Ça me fait penser à cette phrase d’un compositeur russe : “La musique est comme une montagne. Plus vous montez, plus vous avez une vision claire sur ce qui vous reste à faire.”
Cela fait quatre ans que vous travaillez à ce projet d’Université Musicale Africaine (UMA). De quoi s’agit-il exactement ?
Quand on demande aux gens de citer des musiciens africains, ils citent immanquablement des chanteurs. Ce n’est pas normal. En France, on fait très clairement la distinction entre chanteur-interprète et musicien. Il est clair que Johnny est un chanteur et qu’il demande à des musiciens de faire sa musique. Lorsqu’il s’agit de musique africaine, on ne sait pas qui fait la musique. Le musicien africain n’a pas de statut. Il est donc de moins en moins motivé et ne fait plus beaucoup d’efforts. L’arrivée des synthétiseurs n’a pas amélioré la chose. L’autre constat part de l’opposé. Les musiciens africains qui ont atteint un très bon niveau musical en Europe ont tendance à s’éloigner des bases traditionnelles. Je pense à des gens comme Manu Dibango, Etienne Mbappé, Richard Bona… Moi-même j’ai plus de faciliter à jouer du jazz qu’à collaborer avec un musicien de n’goni. Ça m’a troublé. Il faut garder le rapport à notre base. C’est pourquoi j’ai voulu ramener au pays des artistes de préférence africains et vivant en Europe.

SITES

DISQUE

  • Ray Lema, Paradox (Laborie/Naïve)

CONCERTS

  • Montpellier. Au Jam. Ve 23 mars

  • Rouen.Theatre Duchamp Villon. Ma 15 mai.

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2 Réponses à “musique africaine : le retour de Ray Lema”


  1. 1 bamy benjamin nov 15th, 2007 à 17:59

    salut ;j’ai bésoin de vos aticle pour votre publicité. coordialement

  1. 1 Le Goûter du Mercredi Trackback sur mar 13th, 2007 at 12:06

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