
Ce documentaire de 1986 ressort en DVD: plus que les coulisses d’un concert anniversaire, les bonus offrent un véritable coup d’oeil sur la part d’ombre de l’inventeur du rock’n'roll.
Keith Richards est un sacré mec. Fallait-il un documentaire sur Chuck Berry pour s’en rendre compte? Hail! Hail! Rock’n'roll, de Taylor Hackford, tourné en 1986, sort en DVD. Le documentaire retrace les répétitions du concert anniversaire qui célèbre les 60 ans de l’inventeur du rock: Keith Richards, directeur artistique de l’évènement qui invite Eric Clapton, Etta James, Linda Ronstadt, Robert Cray et Julian Lennon, est au coeur des meilleurs scènes du film.
Le guitare de Chuck Berry cherche celle du guitariste des Rolling Stones: saisissant, cet épisode où la légende reprend l’autre. Encore et encore, Chuck Berry fait rejouer l’une de ses intros à l’élève. Rapports de force. Orthodoxie rock’n'roll. Douce ironie. Mais c’est affalé sur un canapé, la diction pâteuse comme à son habitude, que Keith Richards fait le plus fort.
Alors que tous les intervenants du film – Bruce Springsteen, Bo Diddley, Little Richard, Eric Clapton, Roy Orbison… – s’adonnent au jeu de la lèche immodérée, Keith Richards laisse d’abord entendre que Chuck Berry n’est pas forcément, sur scène, ce que l’on pourrait attendre de lui. En transparence déjà, les concerts médiocres que le pionnier donne à tout va, accompagné par qui voudra bien, et pour autant que le cash suive. Mais Keith persiste et signe, démontrant par a+b que le pianiste de Chuck Berry, Johnnie Johnson, personnage discret s’il en est, est largement responsable de nombre des riffs que la guitare a piqué au piano… Le petit homme placide est ainsi enfin mis en lumière, lui qui, chauffeur de bus à Saint Louis, a été réquisitionné par Keith Richards pour le concert anniversaire.
Hail! Hail! Rock’n'roll aligne les moments forts, les anecdotes, même s’il se perd un peu dans la retransmission en longueurs du concert évènement donné au Fox Theater. Mais le plaisir de la musique est là. Jusqu’aux bonus du DVD. Là, l’équipe de tournage raconte longuement l’envers du décors. Et c’est pas rien. Dans le détail, on passe en revue les mauvais coups du mauvais garçon: l’ancien repris de justice fait subir, quotidiennement, son chantage. Tout pour le cash. Mais vraiment. Tout pour le cash. Et l’on accuse les bad boys du rap de leur obsession du dollar. Voilà qui donne à réfléchir, comme cette scène où Bo Diddley, Little Richards et Chuck Berry parlent gros sous: en transparence, les rapports de force inter-raciaux. Edifiant.
Chuck Berry est un sale type. Dont on aimerait pourtant être le meilleur ami. Keith Richards: “C’est le seul mec qui m’ait frappé sans que je rende les coups.”
SITES
REFERENCE
- Hail! Hail! Rock’n'Roll, Taylor Hackford (Warner Music Vision)











J’ai vu Chuck Berry en concert le 3 juillet 2004, il avait 78 ans. C’était absolument génial, comme s’il inventait le rock à chaque seconde. Regardez cette vidéo: http://www.adrienfournier.com/goodies/t-shirt/chuck.htm C’était, et je pèse mes mots, exactement pareil que dans cette vidéo où il avait 35 ans ! Il y avait deux rappels: plus de 1h30 de show. Il est pas commode, je le comprends, il a galéré toute sa vie. Des petits blancs faisant des reprises poussives de ces morceaux avaient un succès extraordinaire alors que lui est tombé dans l’ombre à plusieurs reprises dans sa carrière. Evidemment, ça forge un égo…