
En concert ce soir à Bercy et mercredi à Genève, Bob Dylan a encore un pied en 1965. Et ce grâce à la parution aujourd’hui d’un coffret DVD, qui prolonge un documentaire exemplaire de D.A. Pennebaker par un moyen-métrage inédit
C’est encore avant l’ère de l’électricité. Celle des guitares s’entend. Les énergies qui relient Bob Dylan à son audience de la tournée anglaise de 1965 sont elles par contre effectivement sous haute tension. Pour preuves confondantes, les nombreuses scènes, dans Don’t Look Back et 65 Revisited, de rencontre du meneur de la révolution folk de l’époque avec des nuées de fans chevelus, tout jeunes, transis. Que dire à son idole? Que dire qui plus est à une idole qui est le détenteur d’une force rhétorique inouïe, inédite? Le droit de voir le concert depuis les coulisses? On n’y croit pas. Puis on y croit. Alors on est transi.
D.A. Pennebaker, réalisateur du film anthologique Don’t Look Back et d’un moyen-métrage, 65 Revisited, qui le prolonge et complète le DVD box qui sort aujourd’hui, suit Bob Dylan sur les routes de Grande-Bretagne en 1965. D’une parfaite cohérence, les deux films renvoient l’image d’une toute jeune vedette qui se bat, lutte et bataille contre son image de nouveau messie. Les scènes qui portraiturent les moments suspendus de rencontre du héros malgré lui avec une génération adolescente qui se découvre une identité ne sont que ponctuation.
Les deux documentaires regardent Bob Dylan, et plongent aussi dans les regards de gens qui le regardent: Joan Baez, le producteur Tom Wilson, l’artiste protéiforme Bob Neuwirth, l’âme des Animals Alan Price, la jeune révélation Donovan, l’éthérée Nico, un Allen Ginsberg fugace, le manager Albert Gossman et, au loin, les Beatles… Et les pauvres journalistes, charpie en devenir, qui jamais n’ont pu suivre la superbe intransigeance de l’artiste. Des scènes de ce noir-blanc de l’immortalité qui soulignent le mythe d’un homme serait le premier à le contester… Reste les séquences live. Une guitare, un harmonica, une poursuite. Un micro. Et ces chansons aux fulgurances propres à cisailler des plans-séquence, à créer la tension des idées dans le calme des images.
65 Revisited sort aujourd’hui. Des chutes de Don’t Look Back (ce dernier est sous-titré en français, ce que le premier n’est pas). L’ambiance est intacte, l’approche cinématographique forcément identique. Des scènes prises sur le vif, des rencontres improbables… Et le cadeau de séquences live inédites, en plus grand nombre que dans le documentaire d’époque (plus, en bonus dans le coffret, cinq titres en audio pour la première fois dans leur entier). Pour séquence finale, pour pure gourmandise, une version alternative du clip de “Subterranean Homesick Blues”: effeuillage des mots de la chanson dans une ambiance surréaliste qui ne parvient pas, évidemment, à dérider le Bob Dylan pince-sans-rire de 1965.
Questions à D.A. Pennebaker, réalisateur des deux documentaires sur Bob Dylan, et de nombreux autres portraits de musiciens
- Vous avez filmé de nombreux artistes. Quel genre d’esthétique cinématographique Bob Dylan appelle-t-il?
- Je me suis dit que filmer Dylan nécessitait des gros plans fréquents, comme un montage minimal, avec de longs plans-séquence. Toutes les personnes présentes autour de Dylan devaient être filmées de manière synchronisée, pour saisir leurs réactions face à lui.
- Bob Dylan est dur avec la presse. Quel genre de contact aviez-vous avec lui?
- On s’entendait très bien, et ma caméra bricolée attisait sa curiosité. A côté de ça, il n’a jamais remis en question ma démarche, mais ne faisait par ailleurs aucune suggestion.
- Pourquoi sortir 65 Revisited maintenant, et pas 20 plus tôt?
- Il y a 20 ans, il aurait été difficile de distribuer le film, parce qu’il est trop court et inconsistant pour être projeté en salle. Il aurait été trop cher de le rendre diffusable. Maintenant, il y a le DVD.
- 65 Revisited contient plus d’enregistrements de concert que son prédécesseur.
- Quand Don’t Look Back a été tourné, Dylan chantait ces chansons à ses concerts, et ses disques étaient disponibles. Ces interprétations sont entrées dans l’histoire, et rien ne sera plus pareil. Alors il m’a semblé qu’elles accompagneraient bien le film de 65.
- Pourquoi suivre Dylan en 65? Pourquoi ce film à cette période?
- Je l’ai fait quand je l’ai fait, parce que Dylan et son manager, Albert Grossman, m’ont invité à les suivre en tournée. Je ne connaissais par vraiment Dylan avant. Pourquoi ils me l’ont demandé, je ne l’ai jamais vraiment compris, mais je savais que je devais le faire.
- Beaucoup de “personnages” hantent les deux films (Joan Baez, Tom Wilson, Alan Price, Bob Neuwirth, Donovan… les Beatles): pourquoi ne pas les mettre plus en lumière?
- Est-ce que le chat qui voit tout peut vous dire ce qu’il voit?
- Etes-vous parvenu à dépasser le personnage “fictionnel”, le mythe?
- Qui peut le dire? Parfois oui, parfois non.
- Qui choisiriez-vous d’immortaliser parmi les artistes contemporains?
- Je ne pense pas être capable d’immortaliser qui que ce soit. C’est à eux-mêmes de s’en charger. Mais j’aurais plaisir à filmer quelqu’un comme Tom Waits ou Leo Kotke. Ou même Sting. Simplement parce qu’ils n’ont jamais été bien filmés – ou peut-être que ça m’a échappé. Ou peut-être encore un orchestre de rue de Buenos Aires, qui passent leur temps dans la ville. Ils sont bons et ne font pas semblant.
A VOIR
- Un extrait de 65 Revisited: “It Takes A Lot To Laugh, It Takes A Train To Cry”, Bob Dylan au piano. (Pour les curieux, Don’t Look Back en pièces détachées sur www.youtube.com…)
DVD
- D.A. Pennebaker, Bob Dylan, Don’t Look Back 65 Tour Deluxe Edition (Sony BMG)
SITES
CONCERTS
23/4: Paris, Bercy
25/4, Genève, Arena
29/4: Zürich, Hallenstadion








Le film Don’t Look Back est vraiment un pur chef d’oeuvre même pour ceux qui comme moi ne connaissait pas vraiment Bob Dylan avant d’avoir vu le film… En voici une chronique, j’espère qu’elle vous donnera envie de regarder ce superbe documentaire:
http://www.foutraque.com/chronique_film.php?id=2264
DrBou
Qui est allé voir le concert de lundi à Bercy? Celui de mercredi à l’Arena de Genève? Qui peut donner son avis sur la tournée actuelle de Bob Dylan? Les avis sont apparemment partagés: mauvaise critique sur France Inter, plutôt laudative pour Le Monde… Je n’y étais pas: faites-moi connaître vos impressions, enthousiasmes peut-être, frustrations éventuellement, et réflexions en tout cas!
Après un rapide sondage auprès de personnes qui ont vu Dylan à Genève, ça va de pas terrible à nul. Donc, pas trop mal pour du Dylan.
je suis allée le voir à genève et j’ai trouvé plutôt nul. j’ai eu l’impression d’être spectatrice d’un orchestre, certes brillant, mais qui ferait l’intermède dans un match, mettons de basket (à ma décharge, je n’aime pas les grandes salles…): aucune âme là-dedans (ni de rock, hélas…)
Je l’ai vu à Grenoble ce jeudi 19 juin. Archi nul, archi déçu, comme la plupart du public. Nous avons eu l’impression qu’il s’ennuyait sur scène, il n’a joué que des morceaux ‘rock à billy’ qui ne correspondent pas à son parcours… Bizarre bizarre et archi nul.