
PHOTO: CATHERINE CERESOLE
Ghost (I Don’t Live Today), une pièce inédite de l’artiste complète le portrait d’une personnalité célébrée par une exposition à la Cité de la Musique, et dont une des oeuvres est jouée samedi
Une parution inédite vient parfaire la discographie de l’artiste helvético-américain Christian Marclay. Ghost (I Don’t Live Today), enregistrement de 1985, voit Christian Marclay jouer à la “phonoguitare”, un phonographe porté en bandoulière, des extraits de disques de Jimi Hendrix. L’artiste Francis Baudevin, ami du musicien, instigateur de la sortie de ce vinyle et co-concepteur (avec Philippe Oberson) de la pochette, laisse percevoir les qualités d’une oeuvre musicale et artistique.
- Sur Ghost (I Don’t Live Today), Christian Marclay scratche les disques de Jimi Hendrix, comme on ferait un riff de guitare: une performance qui a ouvert une brèche?
- C’est une pièce qui se situe relativement au début de ses performances (”early works”, comme disent les Américains). Les DJ de hip hop ne sont encore qu’émergents. Par la suite, la technique du scratch va fasciner d’avantage le public, mais à ce moment là, les jeunes ne tentaient pas encore d’imiter la gestuelle d’un DJ. C’était plus excitant encore d’appréhender la guitare électrique, et notamment au niveau de l’héroïsme du geste. Cette pièce est d’autant plus emblématique du fait qu’elle se situe au croisement de ces deux disciplines.
- Justement, comment différencier la démarche de Marclay de celle des DJ hip hop, plus ou moins contemporaines?
- On peut distinguer les deux approches principalement par le background: les sources de Marclay sont très clairement issues de la modernité. Ses références sont d’avantage tournées vers Duchamp, John Cage, et la performance. Les prémices ont déjà été avancées de longues dates: Lazlo Moholy-Nagy a préconisé des possibilités du phonographe pour le développement d’une nouvelle musique et John Cage les a utilisés lors de concerts.
- Si Marclay s’inscrit dans la continuité, qu’a-t-il donc amené qui lui soit propre?
- Je dirais utiliser les disques comme improvisateur et en tant qu’instrument. Alors que chez John Cage, le rôle de la partition est encore présent et organise les différentes actions, avec par exemple l’utilisation de disques qui sont désignés comme des citations de la “grande” musique. Très tôt, Marclay va non pas collecter auprès d’un seul domaine, qui serait celui légitimé par la musique contemporaine, mais faire usage de toutes les musiques: opéra, easy listening, folklore, jazz, enregistrements pour apprendre une langue, etc…
- Mais ici Christian Marclay reprend une source qui relève déjà de la démarche artistique.
- Une question de contexte: ici il apparaît comme soliste. Lorsqu’il joue des disques hétéroclites, c’est plutôt dans le cadre d’une improvisation, où il sera confronté à un John Zorn, à Elliott Sharp. D’ailleurs, s’approprier Hendrix à travers ses disques, c’est révéler un partenaire idéal pour un artiste qui a beaucoup observé à travers sa gestuelle certaines des inventions du génial guitariste, et ceci dans le contexte d’une musique expérimentale. Ici, Marclay prévoit le début, le développement et la fin de la pièce, ce qui n’est pas toujours le cas dans l’improvisation. Il doit donc intégrer des notions de composition.
- Ghost (I Don’t Live Today) est-il réservé aux fans, ou se laisse-t-il apprivoiser par le profane? Ses qualités sont-elles purement cérébales, ou pleinement musicales?
- Un fan de Hendrix qui serait un tant soit peu curieux va y trouver son compte. Il s’agit là d’un prolongement assez risqué de sa musique, mais avec une vraie réussite. Mais ça révèle aussi les intentions musicales de Marclay, même si on ne trouve ici qu’un seul aspect de sa musique. Si on disait que l’œuvre est avant tout “cérébrale”, ce serait une sorte de caution du type: “C’est intéressant, mais on n’est pas obligé d’écouter”. Or ça va au-delà. On ne peut pas faire l’économie d’une écoute, et même d’une écoute à haut volume. Je pense qu’un amateur de Sonic Youth devrait y trouver son compte. Ou qu’un fan de Dinosaur Jr pourrait trouver ça cool.
EXPOSITIONS
Replay Marclay jusqu’au 24/6: Paris, Cité de la musique
2-26/5: Serie “Snapshots”, Paris, Colette
EVENEMENTS
5/5: Paris, Cité de la Musique. “Screen Play”, partition musicale sous forme de projection vidéo de Christian Marclay, interprétée par trois groupes menés l’un par Elliott Sharp, l’autre par Erik M, le dernier par Steve Beresford
6/5: Paris, Cité de la Musique. “Up And Out”: projection du film de 1998, qui mélange les images de Blow-Up de Antionioni et le son de Blow Out de De Palma.
DISQUE
- Christian Marclay, Ghost (I Don’t Live Today) (Eight & Zero/Cabinet des Estampes, Genève) A commander sur notre page Shop
A VOIR
Christian Marclay explique sa démarche à une marionette.











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