jazz: Andrew Hill, hommage

PHOTO: FRANCIS WOLFF

Le pianiste et compositeur est mort le 20 avril dernier. Impressionnismes de la mélodie, polyrythmies d’instinct: l’élégance, la modernité et l’intelligence

Il fallait l’écouter trois secondes. Dans son salon de bois clair, à Jersey City, enfilé dans un lainage à col roulé noir, un clope au bord du bec. On ne comprenait trop bien, au début, cette élocution en rafales, ce bégaiement à rebours. Comme Ornette Coleman, dont la voix semble être aspirée plus que portée, Andrew Hill parlait comme il jouait. Mort le 20 avril à 76 ans d’un cancer des poumons, le pianiste de Chicago appartenait à cette famille de musiciens (Eric Dolphy, Wayne Shorter, Charles Mingus) qui libérait l’espace sans renoncer à la structure.

Sur son piano long, il y avait encore des partitions de Chopin, des choses qui l’occupaient par inadvertance. C’était Earl Hines qui lui avait mis un piano sous les doigts, Paul Hindemith qui l’avait éduqué. Andrew Hill était au carrefour des musiques orale et écrite. Déjà, dans son premier album en 1959 (So in Love), il décalait les angles en trio. Avec son ami Malachi Favors, bientôt dans l’Art Ensemble. Andrew Hill peaufinait des polyrythmies d’instinct, des impressionnismes de la mélodie. Il était un dandy de la note tordue. Ses albums pour Blue Note le disent bien (Point Of Departure ou Black Fire qui s’enfilent insidieusement dans un swing claudicant).

Andrew Hill avait déserté la scène. Il était devenu professeur de composition, avait laissé ses cheveux blanchir devant un tableau noir. Jusqu’à ce retour en ville. A New York, dont il écumait les clubs en auditeur, fasciné par une nouvelle génération d’improvisateurs dont il était devenu le mentor. Le pianiste texan de Harlem Jason Moran prenait chez lui des leçons de style. Et ses récents albums pour Palmetto, puis Blue Note, affirment surtout l’extrême élégance, la parfaite modernité et l’intelligence du son. Andrew Hill, qui se rajeunissait volontiers de quelques années (il était né le 30 juin 1931), avait mis dans son jazz un goût d’aujourd’hui.

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