
Bunny Wailer
Un réalisateur français plonge dans les scènes reggae et dancehall: gros budget pour musiques en cinémascope. Made In Jamaica sort demain sur les écrans français
Le réalisateur français Jérôme Laperrousaz a mérité sa réputation sur les terres de Marley en 1980, lorsqu’il publia un excellent documentaire sur le groupe Third World sélectionné au festival de Cannes, Prisoner In The Street. Cette fois, il orchestre un projet titanesque intitulé Made In Jamaica, avec 4 millions de dollars de budget. Parrainé par Wim Wenders, le film assume l’étiquette de Buena Vista Social Club de la musique jamaïquaine. Le traitement de l’image y est pourtant bien différent, et Made In Jamaica ne s’applique pas seulement à exhumer les vestiges d’un passé brillant. Le casting rassemble les derniers vétérans du reggae roots comme Gregory Isaacs et aussi la nouvelle génération dancehall comme Vybz Kartel ou Bounty Killer. Il sera soutenu par une B.O. en plusieurs disques composée de titres enregistrés spécialement pour l’occasion. Cet ouragan jamaïquain atteint les côtes bretonnes ce mercredi.
- Outre le fait de tourner en 35 mm, en quoi Made In Jamaica se distingue-t-il d’un simple documentaire ?
- Jérôme Laperrousaz: Nous l’avons tourné comme un film de fiction, ce qui signifie plusieurs prises, des mouvements de caméras répétés, une lumière extrêmement précise… Le reggae est une musique majeure, donc elle implique une qualité esthétique et formelle. Mais du coup, tout devient compliqué: il faut mettre en place la lumière, les cadres, et le reste. J’avais la même volonté esthétique pour la musique, ce qui veut dire des multipistes, sonoriser des endroits pas évidents… Je voulais un son parfait, mais qui garde la fragilité du “live”, la qualité de l’instant.
- Quel est l’objectif du film ?
- J’ai sélectionné les artistes comme on choisit des acteurs. J’ai travaillé avec mes filles pour choisir tous les titres avant le tournage, car le fil rouge, l’épine dorsale du film, c’est vraiment la musique, surtout les paroles des chansons. Par exemple, j‘ai écouté trente heures avec Toots Hibbert en studio, soit presque toutes ses bandes des vingt dernières années. C’est un perfectionniste comme moi, et finalement, on n’a gardé seulement trois titres. On a passé toute la nuit du nouvel an 2005 à travailler dans son studio.
- Quels sont vos pires et meilleurs souvenirs du tournage?
- Quand Bunny Rugs a chanté “Slavery Days” devant la plantation, c’était très émouvant. Il y eu aussi des moments difficiles: quand le danseur Bogle s’est fait assassiner trois jour après notre interview, ce fut un choc très éprouvant. La violence rend les choses compliquées. C’est très difficile de tourner en Jamaïque. L’industrie anglo-saxonne refuse d’y mettre les pieds car cela implique trop de risques. On a dû surmonter de vrais problèmes, mais il y a eu aussi et surtout des instants formidables. Chez la majorité des artistes jamaïquains, il y a une telle générosité, une telle force… Quand Bounty s’est mis à chanter sur le bateau, il est devenu impossible à arrêter. Je lui disais de s’économiser entre les prises, mais il a chauffé la foule pendant deux heures entières avec ses chansons.
- Le message social est également essentiel…
- Ces artistes sont des rebelles militants, chacun à sa façon. Ils militent pour leur cause, ils insistent sur des sujets qui nous gênent comme la pauvreté, le cloisonnement des classes sociales, et les effets secondaires de la colonisation… Voilà pourquoi il me semblait si important de leur donner enfin la parole.
LE FILM
- Made In Jamaica, Jérôme Laperrousaz (sortie en salles le 13 juin)
ALBUM
- Made In Jamaica, double CD (Harmonia Mundi). Avec Toots Hibbert, Gregory Isaacs, Sly Dunbar & Robbie Shakespeare, Beres Hammond, Bounty Killer, Elephant Man, Vybz Kartel, Lady Saw, Tanya Stephens, Capleton…
SITE
VIDEO
- La bande-annonce (en anglais)











bravo à tous, reportages, sîte, et ce merveilleux film made in jamaïca, encore bravo à jérome, j’aimerai avoir ou écouter en entier la chanson de docteur marshall “déjà vu”, sur le documentaire il y est que partiellement, merçi de votre réponse. Léo