Beastie Boys: Ad-Rock en interview, deuxième partie

Alors que le compte à rebours a commencé (parution de l’instrumental The Mix-Up le 26 juin), Adam “Ad-Rock” Horovitz, au bout du fil, fait l’apologie paradoxale de l’art du sampling… Et dit qu’il n’a rien à dire

Votre musique a presque toujours tourné sur des beats. Sur The Mix-Up, pas une seule boucle: vous ne samplez pas vos propres instruments, comme vous l’aviez fait pour Ill Communication… Etes-vous fatigués du sampling? A-t-on fait le tour du genre?
Le sampling, c’est super. C’est mon hobby, et mon job. C’est tellement fun de trouver des samples. Et c’est intéressant de voir à quel point le sampling fait partie intégrante de notre manière d’écouter des disques. On se dit: “Voilà qui ferait un bon sample…” Et ce n’est pas un travers de musicien: maintenant tout le monde le fait.
Qu’est-ce qui fait un bon sample?
C’est différent pour tout le monde. C’est ce qui fait que la musique est bonne. Les gens qui utilisent les samples se posent souvent la question: est-ce la chanson, ou juste l’extrait? Il y a des tonnes de boucles issues de chansons merdiques. Billy Joel a quelques samples. Mais je ne suis pas un fan de Billy Joel. J’utiliserais son sample, mais n’écouterais pas sa musique à la maison…
Choisir tel sample est donc bien loin de l’affirmation d’un palmarès personnel…
L’affirmation, c’est “ce qui a été fait est maintenant ce que je fais”. Les gens disent qu’on emprunte: mais on prend! On vole! On s’approprie ce que d’autres ont fait. Voilà comment ça se passe. Les gens qui samplent se disent qu’ils sont meilleurs que Billy Joel, parce qu’ils se sont approprié sa musique. Par contre même si James Brown est très samplé, personne ne se dira jamais qu’il s’est approprié sa musique. Mais c’est une manière de jouer à son niveau. C’est assez punk.
Jouer des instruments, c’est aussi la plupart du temps s’approprier un genre.
C’est aussi une forme de vol. Mais c’est ce que fait tout musicien. Tu ne peux que rêver de t’approcher de tes influences, et donc tu les copies. Tout le monde fait ça. Tu veux être le plus cool. Tu veux peindre comme Picasso.
Il faut avoir un certain culot pour se mesurer à ses influences.
C’est d’où vient le punk. Et le hip hop. En fait, tu dois dire “fuck it”. “Je m’en fous: c’est ce que je fais, et je le fais.” Peu importe qui aime ça, ou si c’est bon ou mauvais, tu le fais…
En plus de vos qualités de rhéteurs, vous avez toujours su l’ouvrir pour défendre des causes sociales ou politiques. Alors que rien ne va plus, vous sortez un album instrumental. Ne serait-ce pas le moment de dire quelque chose?
Peut-être que d’une certaine manière, c’est une prise de position politique que de dire que nous n’avons rien à dire… L’Amérique est tellement foutue ces temps que je ne sais pas quoi dire. Je n’insinue pas que c’est ce que les gens devraient faire. Je veux encourager les gens à faire état de leurs opinions, et s’ils se sentent maltraités par leur gouvernement, ou pas écoutés, ils devraient dire ce qu’ils ont à dire. C’est important. Spécialement maintenant. C’est pas comme si nous n’allions plus jamais rien dire. Mais ces temps, nous écoutons simplement de la musique. Dans un monde foutu, peut-être faut-il une échappatoire…

ALBUM

  • Beastie Boys, The Mix-Up (Capitol) sortie le 26 juin

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