festival: Les Nuits de Fourvière mettent New York en lumière

Patti Smith

Le festival lyonnais a consacré quatre soirée à des artistes de la Grosse Pomme: Patti Smith, Laurie Anderson, Philip Glass et Lou Reed. Des spectacles intenses, rares, qui ont fait l’apologie de l’art critique de la société

PHOTOS: GUILLAUME PERRET

“Dites non à la guerre! Aimez vos enfants, aimez-vous!” Le chant de fin résonne telle une prière sur les pierres millénaires du théâtre romain. Patti Smith revient encore pour sentir l’énergie du public qui, captivé, chante “Gloria” debout. Elle a ouvert avec un solo de clarinette sur un arrangement plutôt réflexif de “Are You Experienced” de Hendrix et bouscule la dynamique à partir d’une intense version de “Helpless” de Neil Young. En communion avec un public mélangé de trois générations, la poétesse du rock chante Nirvana et Tears for Fears. Frénétique, enragée et, parfois, mélancolique, Patti Smith impose un rythme qui confirme, trente ans après Horses, que la valeur spirituelle de son cri de révolte est toujours d’actualité.

Un déluge – rien de minimaliste – s’abat sur Lyon et transforme Fourvière en marécage. Pourtant, Philip Glass et plusieurs centaines de spectateurs irréductibles, séparés par un rideau de pluie, fêtent les sept décennies du compositeur. Une performance inédite des “Etudes pour piano, éclairs et tonnerre”, souvenir inoubliable de l’Odéon. “Beau et apocalyptique, dit Dominique Delorme, directeur du festival. J’avais peur que la foudre nous tombe dessus.” Laurie Anderson écoutait sous la pluie…

Le lendemain, elle est sur la même scène avec Homeland. Une installation de bougies au sol et lampes suspendues, c’est le décor pour un surprenant manifeste poétique. Ça commence par une histoire d’oiseaux qui volent en rond et une alouette qui loge son père mort à l’arrière de sa tête: début de la mémoire. Laurie Anderson s’attaque à la méchanceté du pouvoir politique et militaire, à la banalité du consumérisme technologique et pornographique, à l’hypocrisie des valeurs catholiques et patriotiques. L’évolution de la musique, du solo de violon électronique au quatuor de cordes sur programmation électro-pop, progressant dans l’intensité et multipliant les effets dissonants, évoque la tristesse, la souffrance et la révolte. Une chanson amère revient sur la folie ordinaire des gens abrutis par la substitution du réel par l’image. La musique minimaliste et hypnotique en dépit de la sophistication des arrangements, la poésie emplie de tendresse et d’humour malgré tout, font de Homeland un chant émouvant contre la “way of life” étasunienne.

En 1973, le public américain boudait Berlin de Lou Reed. Vexé, il n’a plus jamais joué ce répertoire, jusqu’à cette année. Après New York et Sidney, c’est à Fourvière qu’est mise en scène cette dramatique histoire: Caroline divorce, s’enfonce dans la drogue, multiplie ses partenaires sexuels, voit ses enfants enlevés par les services sociaux et se tranche les veines dans son lit. Entouré par une quinzaine de musiciens et un chœur d’enfants, et accompagné par les images d’un film expérimental interprété par Emmanuelle Seigner, Lou Reed cite le Paradis pour mieux saisir l’Enfer. Le théâtre frémit, emporté par l’énergie d’un rock oscillant entre glam et hard, traversé de blues et soul, avec des séquences instrumentales très stimulantes (excellentes prestations de Steve Hunter et de Fernando Saunders). Une ovation décharge toute la tension portée par l’histoire.

Lou Reed

FESTIVAL

  • Jusqu’au 4/8: Lyon, Théâtres de Fourvière

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