
Le Pasteur fait son grand retour. Samedi sur la scène de Jazz à Vienne, ses feulements irréels annonçaient le feu du Grand Rex parisien ce soir, et réglaient des comptes avec Motown…
Les premières mesures de “I Can’t Stop” résonnent. Le tempo est élevé. Costume noir, chemise blanche, nœud pap’: Al Green prend possession des lieux, il est 23h30. Les inflexions qui vous caressent l’échine, les montées dans les aigus et les cris qui ponctuent ses phrases sont bien là. Le groupe enchaîne avec une version musclée de “Let’s Get Married”, plus intense que celle que l’on entend sur l’album Tokio Live de 1981. Al Green poursuit avec “Everything ‘s Gonna Be Alright”, un titre de 1987. Percussions, cuivres, voix se succèdent pour un crescendo d’enfer.
Les musiciens qui entourent le soulman, pour la plupart originaires de Memphis, jouent terriblement funky. Le Pasteur reprend sa respiration le temps d’un “Amazing Grace” entamé a cappella, pour rappeler “où tout a commencé”. Al Green tombe la veste, trépigne, tape dans ses mains cernées de bracelets rutilants. Il est minuit et le chanteur enchaîne avec “Let’s Stay Together”. Le public se dresse. Falsetto habité, lancer de roses: le scénario a beau être rôdé, la chanson et l’artiste sont toujours aussi sublimes. Suit “How Can You Mend A Broken Heart”, plainte émaillée de feulements irréels: “Je ne sais pas d’où ces notes me viennent”, cabotine le chanteur. Un clin d’œil à Satchmo et le soulman remonte le temps avec “Here I Am (Come And Take Me)”. Les cuivres fusent. Break vertigineux. Reprise royale sur un rythme irrésistible.
Al Green revisite la Motown qui s’est jadis refusée à lui avec “I Can’t Help Myself” des Four Tops, “My Girl” des Temptations – “J’aurais pu être l’un des Temptations” glisse-t-il –, puis reprend Sam Cooke (”Bring It On Home To Me”) et Otis Redding (”(Sittin’ On) The Dock Of The Bay” et “I’ve Been Loving You Too Long (To Stop Now)”).
Le final est magistral. “I’m So Tired Of Being Alone”: “Je suis sûr que certains se demandent: “Est-il encore capable de monter dans les aigus et de décrocher son cri?” Sur “I’m Still In Love With You”, nerveux, le boss tance sa rythmique: “J’en ai marre de vous tirer!” Tout le monde serre les fesses pour un “Love And Happiness” endiablé, la foule debout. Al Green quitte la scène, l’orchestre continue de faire trembler les antiques gradins de Vienne.
Photos live de Jazz à Vienne: Romain Grosman
SITE
CONCERT
- 9/7: Paris, Grand Rex










Hmmmm… Je n’ai pas dû voir le même concert… Voilà le commentaire que j’ai laissé sur le post soul en me réveillant dimanche : “Si on pouvait trouver une petite place dans votre playlist pour le caught up de millie jackson… Personnellement je ne m’en lasse jamais. Toujours à propos de chanteurs soul, j’ai vu Al Green hier soir à Jazz à Vienne, et excusez moi l’expression, mais c’était vraiment du foutage de geule… Comment monter un groupe bidon pour déverser un set sans âme tout en jetant des roses au public en lui disant “I love you”… Très, très décevant. D’autant que je suis parti un peu avant la fin et que j’ai vu la star s’engoufrer dans sa voiture avec chauffeur pour rentrer à l’hôtel, alors même que le groupe continuait de jouer… Je veux bien qu’il soit vieillissant, mais bon… Heureusement on a eu droit à Magic Slim juste avant, un bluesman énorme dont je me souviendrai longtemps. Merci pour ce magazine et ce site web que je dévore goulument…” Donc je suis plutôt étonné de lire cet article élogieux… Mais pour en rajouter une couche, je dirais que même la façon qu’a eu Al Green de reprendre les standards de la motown, puis Sam Cooke et Otis Redding m’a semblé déplacée: à chaque fois, Monsieur Green ne chantait que 4 mesures des chansons concernées. Un medley aussi expéditif pour des chansons pareil, franchement… Désolé de gâcher l’ambiance, mais on peut quand même discuter, non?? Et puis j’étais vraiment sincèrement et profondément déçu de ce concert… A bientôt!
Et il va le remonter encore une fois, puisque pile 3 ans après cet article, il se produit ce soir à L’Olympia. Me remettant tout juste du concert de Stevie Wonder la semaine dernière ^^, je n’ai pas osé tenter la grand chelem. Quoique… je crois que je ne serais pas très loin de l’Olympia ce soir !