
PHOTO: DON HUNSTEIN/SONY JAZZ_John Coltrane, Cannonball Adderley, Miles Davis et Bill Evans
Suite et fin du reportage de John Lewis dans la ville natale du saxophoniste. Georgetta Watkins, sa cousine, touche droit au coeur
Cette intensité se retrouve dans la jeunesse du musicien. John Coltrane était très proche de son père, un tailleur. Après l’école, il le rejoignait dans son atelier, où celui-ci lui jouait du violon ou du ukulélé. Mais en 1939, alors que John avait 12 ans, son père mourut subitement d’une maladie qu’aucun docteur n’avait su diagnostiquer. Cette même année décédait également le père de Mary. Si ces morts provoquèrent chez lui des interrogations profondes, Georgetta Watkins dit que le saxophone que sa mère lui offrit amena non pas des réponses, mais une ouverture sur un large spectre de réponses émotionnelles. Quand Coltrane mit son saxophone au service du blues, il injecta une vie nouvelle aux ancestrales chansons de travailleurs et autres refrains venus des champs de coton. “Si vous écoutez attentivement, vous entendez aussi du Hamlet, dit Georgetta Watkins. Parfois aussi je jurerais que j’entends ces tristes et solitaires sifflements de trains.”
L’écrivain Ralph Ellison devait penser à la musique de Coltrane quand il écrivit que “le blues est une impulsion pour conserver dans sa conscience blessée les détails pénibles et les épisodes d’une vie brutale. Pour toucher cette mémoire écorchée et la transcender en lui arrachant un lyrisme proche du tragique.” Georgetta Watkins entend quelque chose de similaire quand elle écoute du jazz, en particulier la musique de son cousin. “Le jazz est ma thérapie, dit-elle. Quand je buvais – je ne bois plus maintenant – je pouvais me verser un grand verre, en écouter et évacuer mes problèmes. Aujourd’hui, quand je me sens mal, me passer du Coltrane m’aide toujours à me sentir mieux. Cela me donne de l’énergie.” Elle dresse la tête en direction de la stéréo. “Ecoutez-ça”, dit-elle en se précipitant dans le salon. Je la suis et la trouve assise sur le canapé, les yeux fermés, absorbée dans le solo de “Body And Soul”. “Il est différent, écoutez-le. Il a un son particulier. Il ne revient pas à la mélodie aussi souvent que les autres saxophonistes. Il est ailleurs.”
Je m’assieds à côté d’elle. Elle me prend la main et la serre dans la sienne. On reste assis un moment sans dire un mot, juste à écouter. Puis la cousine de John Coltrane me murmure quelque chose à l’oreille. “Je suis fière de lui.” Toute la journée, j’ai attendu d’entendre ça.
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- John Coltrane et Miles Davis jouent “So What”, en 1959.
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