live: Björk, la magie dans la voix, dans les pieds

PHOTOS: LIONEL FLUSIN

Hier soir, l’Islandaise, sur la grande scène du Paléo de Nyon, donnait corps aux chamanismes de son dernier album, et transfigurait avec force et plaisir ses classiques passés

Des poursuites bleues qui cherchent. Puis un noir relatif. Enfin un rouge vif. Björk entre sur la grande scène du Paléo Festival en sautillant, dans une robe écarlate presque aussi simple que l’attente de la découverte de ses atours était grande. La robe, comme le concert, révèlera ses beautés fluctuantes au fil des danses, au fil de son appropriation.

“Earth Intruders” est le premier morceau à faire enfler les membranes des enceintes. La puissance sonore est euphorisante, et se marie aux compositions avec une telle force que la voix pourtant majuscule est embrassée, tenue serré – sans être désarmée, sans capituler. Un choeur de cuivres (les Islandaises qui ont donné son identité au dernier album, Volta), un laptop, un clavier qui délivre mille sons de synthèse et la batterie ponctuelle de Chris Corsano encadrent les vocalises à la fois si brutes et tellement fines d’une diva qui sait trouver la justesse dans chaque chanson, l’émotion dans l’aisance. Là où on craignait la surenchère dans la mise en scène, de la prétention dans l’affirmation esthétique, il y a eu le jeu.

Magistrales, les versions, revisitées à l’aune d’orchestrations nouvelles portées par les cuivres, des classiques “Army Of Me”, “Bachelorette”… Simplement grande, l’interprétation de “Joga”. Complètement démesuré, le final “Declare Independance”. Les moments plus indéfinis, les titres plus poétiques, sont grandis aussi par l’intensité de la présence de Björk, et ces déclinaisons live tendent la main au public quand celles des disques la gardent parfois dans la poche.

Un demi-masque épidermique, une robe vivante, et Björk est la plus raffinée des sauvages. Jambes agitées, tête secouée, bras lancés. Transe corporelle explosive. La danseuse mêle avec la franchise du corps les plaisirs distincts du défoulement enfantin, et la naïveté corsetée des petits pas de comédie musicale. La foule crie quand l’Islandaise entame un titre phare, bien sûr. La foule hurle quand la belle pousse sa voix jusqu’au cri, évidemment. Mais la foule s’époumone aussi quand Björk tape du pied. Et quand elle frappe le sol au son d’un gong profond, on oublie la résonance du métal pour croire à la toute-puissance de son talon.

ALBUM

  • Björk, Volta (One Little Indian/Universal)

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