Live: Ondes latines sous le ciel de Marciac

Roberto Fonseca

PHOTOS: PIERRE VIGNAUX

Le soleil étincelait la veille. À 36°, on croyait étouffer par un après-midi à La Havane ou à Salvador de Bahia. Une température familière à Gilberto Gil et à Roberto Fonseca. Pourtant, le jour de leurs concerts, la pluie s’est abattue sur Marciac, le baromètre en chute libre de 17° ! On comptait que sur leurs musiques pour chauffer la soirée.

Roberto Fonseca avait épaté jadis Marciac, accompagnant le regretté Ibrahim Ferrer, puis avec sa propre formation. Ce soir, le jeune pianiste cubain grelotte dans sa loge, mais il est prêt à surpasser les attentes à son égard. Le concert démarre avec le chant (enregistré) de sa mère poétesse et s’enchaîne subtilement avec le dialogue très prolifique entre le pianiste et le souffleur (sax, clarinette) Javier Salva. Après une longue séquence d’harmonisations voix-clarinette, un thème dédié à Cachaito Lopez est le prétexte pour entendre un énorme solo de contrebasse (Omar Gonzalez) au tumbao de guaguanco, tandis que le batteur et le percussionniste donnent une belle leçon de polyrythmie en finesse. La musique monte progressivement en intensité et Fonseca expose toute sa capacité d’invention, de ductilité et de sens rythmique peu communs, par un jeu très percussif, en complicité avec le batteur Ramsés Rodriguez, modulant aisément les paramètres.

Son « secret » est de laisser un grand espace à l’expression des autres musiciens, de gérer la densité du discours, multipliant les notes seulement dans des moments cruciaux. Son jeu maintient le public dans une grande concentration, une permanente expectative, un silence engagé dans une écoute plus qu’attentive. Il n’y a pas d’explosion banale ni d’évidence dansante, mais ça swingue et groove sans répit. Un hommage à Ibrahim Ferrer, « un petit vieux que j’aimais beaucoup », empli la soirée de tendresse, et quand soudain la progression martelée d’accords de septième rend le thème plus spectaculaire, la danse (évocation du son) arrive naturellement sur scène et prépare à un final de fête funky un rien déconstructive.

La suite s’avère très difficile pour le chanteur-ministre Gilberto Gil. Après un bel album acoustique, son nouveau projet « inspiré de la technologie digitale et la communication par haut débit, faisant converger culture, tourisme et politique », débute par des morceaux pop-rock très seventies( !), où Gegé joue Jagger esquissant des pas de danse assez peu inspirés. Desservies par un son démesuré, les propositions frevo-rock et samba-rock déroutent le public. Gil puisse dans le répertoire ancien, une samba de roda est suivie d’une reprise de Cartola. Mais l’illustre sambiste en version électrique sonne étrangement fade. Cela malgré les performances concluantes du percussionniste Gustavo di Dalva et du bassiste Arthur Maia. Une visite au samba-jazz de Jackson do Pandeiro redonne un peu de couleur et l’interprétation des vieux succès comme Aquele Abraço davantage de chaleur à la prestation du groupe. Néanmoins, l’heure tardive et la déception aidant, le public s’en va inexorablement. On aime bien Gil, mais ce soir il est assez loin de ses meilleures soirées.

SITE

PROCHAINS CONCERTS DE ROBERTO FONSECA

31/10 Bruxelles, Ancienne Belgique

07/11 Paris, La Cigale

08/11 Rouen, Hangar 23

Tags: , , , ,

0 Réponses à “Live: Ondes latines sous le ciel de Marciac”


  1. Pas de commentaires

A écouter

Archives