Palmarès des 25 meilleurs albums soul: rangs 13 et 12

13
The Temptations

Anthology (Motown)

Parce qu’ils étaient la perfection faite groupe, tant sur le plan de la musique – arrangement, mélodie, chant et harmonie – qu’au niveau de la présentation de celle-ci – chorégraphies et costumes impeccables –, ils incarnaient mieux que quiconque le “Sound of Young America” cher à Berry Gordy, et ce y compris lorsqu’ils se mirent à chasser sur les plates bandes de Sly Stone avec Cloud Nine. Alors que l’Amérique était sens dessus-dessous, les Temptations portaient le psychédélique proprement – déjà ce côté vieille dame respectable. En vénérable institution qu’ils étaient, ils semblaient pouvoir résister sans dommage à l’affront du temps comme aux changements de personnel successifs. Et puis il a bien fallu se rendre à l’évidence. “Papa Was A Rolling Stone” avait des allures de chant du cygne. Eddie Kendricks, Paul Williams et David Ruffin partis, les Temptations n’étaient plus vraiment les Temptations. “My Girl”, “Ain’t To Proud To Beg” et “Don’t Look Back” appartenaient à un passé révolu, et pour reprendre les paroles d’une de leurs plus belles chansons (”Since I Lost My Baby”), “le soleil était froid et le nouveau jour semblait terriblement vieux”. Heureusement albums originaux, coffrets et anthologies sont là pour nous réchauffer le coeur. VT

The Temptations: “Papa Was A Rolling Stone” (extrait)


12
Gil Scott-Heron

Pieces Of A Man (Flying Dutchman/BMG)

L’année précédente, il s’était révélé sous les traits d’un poète révolté qui, sur un simple tapis de percussions, déclamait avec conviction des textes enflammés. Et voilà qu’on découvre un chanteur encore plus précieux, un de ces anges magnifiquement touchant dont on observe, captivé et troublé, les évolutions parce qu’on ne peut s’empêcher de craindre à tout instant qu’il s’écrase au sol. Mais miracle il y a, puisque la catastrophe maintes fois annoncée est sans cesse repoussée. Magnifiquement entouré par la crème des musiciens jazz-soul du moment (Ron Carter, Bernard Purdie, Hubert Laws), Gil Scott-Heron peut alors convoquer les fantômes de Lady Day et John Coltrane, ou bien encore conter d’une voix fragile et désabusée des petites histoires de rien du tout, bouleversantes d’humanité. VT

Gil Scot-Heron: “Pieces Of A Man” (extrait)

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