Thurston Moore

A quelques jours du concert parisien de Sonic Youth, et peu avant la sortie de son nouvel album, Thurston Moore nous propose une sélection de disques de jazz obscurs.


Dave Burrell Echo A l’automne 69, le free jazz atteignait son sommet. Les traditionalistes étaient outragés par ces types en dashikis et sandales qui soufflaient leurs tripes. Ces musiciens ne trouvaient pas d’engagement à New York. Beaucoup de ces musiciens installés à Paris comme Sunny Murray ou Dewey Redman sont sur cet album.

Milford Graves with Don Pullen Nommo Milford Graves a construit sa batterie lui-même et il a vraiment un jeu unique. Il alterne des moments intenses et tribaux avec des silences et des plages méditatives. Cet album a été enregistré live à l’université de Yale et les artistes l’ont sorti et distribué eux-mêmes en 1967.

Arthur Doyle Plus 4 Alabama Feeling Arthur est un type étrange. Peu de gens savent d’où il vient. D’Alabama, je suppose… Durant les années 70 on pouvait entendre sa musique mystique dans les lofts new-yorkais. Il joue toujours et j’ai eu le privilège de sortir un disque de lui en 1993 sur mon label Ecstatic Peace.

Sunny Murray Sonny’s Time Now Sunny était le premier batteur à jouer free. Sur cet enregistrement super lo-fi, on retrouve Albert Ayler, Don Cherry et le poète Leroi Jones qui lit son superbe poème «Black Art». Cette musique ressemble beaucoup à celle d’Ayler, mais elle est plus bizarre et débridée.

The Ric Colbeck Quartet The Sun Is Coming Up Ric était un saxophoniste blanc assez cool qui traînait à New York avec les musiciens de la Loft Generation. On le connaît surtout pour avoir accompagné Noah Howard sur son premier album pour le label ESP. A propos, les disques ESP sont aujourd’hui tous réédités et sont un must pour tout amateur de free jazz.

Rashied Ali and Frank Lowe Duo Exchange Frank Lowe développe son propre style au saxophone ténor depuis des dizaines d’années. Aujourd’hui, il est dans une phase Lester Young, mais dans ce disque du début des années 70, il crachait du feu. Rashied Ali, de son côté, était le batteur de Coltrane. Quand il est arrivé, Elvin Jones est parti parce qu’il trouvait Rashied trop hardcore. Ils jouent comme des malades en duo. C’était des putains de bonnes années.

John Tchicai and Cadentia Nova Danica Afrodisiaca Quand ce géant moitié-danois moitié-congolais est arrivé à New York à l’invitation d’Archie Shepp à la fin des années 60, il a troué le cul à tout le monde. Ici il est en compagnie de vingt-cinq autres musiciens européens avec lesquels il crée un véritable ouragan sonore. Quand à la fin de la face une, tous les vingt-cinq jouent ensemble et qu’arrive la distorsion, c’est un moment tout simplement MERVEILLEUX.

The Peter Brötzmann Sextet/Quartet Nipples La scène européenne était tout aussi intéressante que sa voisine américaine avec des types comme Evan Parker, Derek Bailey, Han Bennink et le saxophoniste allemand Peter Brötzmann. Ce condensé d’énergie enregistrait pour le label FMP (Free Music Productions) qui, entre parenthèses, est toujours en activité.

The Marzette Watts Ensemble The Marzette Watts Ensemble Cet album sur Savoy faisait partie d’une série produite par le compositeur Bill Dixon. Tout ce qu’a sorti Marzette Watts et Dixon (particulièrement «Intents and Purposes» sur RCA Victor) vaut la peine d’être écouté.

Marion Brown In Sommerhausen … ou encore «In Paris» du Black Artist Group, «Uhuru Na Umoja» du Frank Wright Quartet, «Seikatsu Kojyo Linkai» de Dr Umezu, «Indent, Part 2» de Cecil Taylor. La liste est infinie… Il y a des magasins de disques d’occasion partout dans le monde qui sont susceptibles d’abriter de telles curiosités. Mais attention: le marché se raréfie et les prix augmentent.

Sélection réalisée pour le magazine Grand Royal © Grand Royal 1999

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