Les Trans: Les punks africains squattent à Rennes

PHOTOS: Nicolas Joubard

Les punks quadragénaires de The Ex et le saxophoniste Getachew Mekuria reprennnent des thèmes éthiopiens aux Transmusicales

En parcourant le programme des réjouissances, plusieurs spectateurs se coincèrent les sourcils dans les cheveux: Aucune vedette, aucune star internationale, ni Fugees, ni Beastie Boys… Et tant mieux. On préfère quand le Parc Expo de Rennes se transforme en immense caverne d’Ali Baba, et que chacun repart avec l’impression d’avoir découvert quelques trésors bien à lui. Outre les guitares soulfull de The Heavy ou la déflagration funk de Galactic accompagné des rappeurs Boots Riley (The Coup), Chali 2na (Jurassic 5) et Lyrics Born, le public s’envola sur la harpe de Serafina Steer pour explorer la pop lunaire de Tunng, le tout mis en orbite par les bricolages digitaux de Buck 65. Cette ballade céleste fut l’un des moments magiques de cette 29éme édition. Pour en vivre un autre, il fallait se lever tôt, avant 16 Heures. Puis il fallait traverser Rennes à pied sous la pluie, sans trop s’attarder dans la terrible « rue de la soif », afin de trouver un siège au balcon de la salle de La Cité. Un combo de punk quadragénaire avait squatté les lieux. Ce qu’on aime chez The Ex, c’est d’abord leur incapacité à jouer de la guitare en restant immobiles: Terrie et Andy trépignent de droite à gauche, les jambes raides comme du bois, et on jurerait qu’ils se retiennent de pogoter à chaque morceau.

Le groupe hollandais avait à nouveau convié le saxophoniste Getachew Mekuria, 73 ans, l’un des pères du free-jazz éthiopien dans les années 40. Étrange idée: Rejouer des thèmes classiques éthiopiens avec des riffs de guitares impétueux, et ponctués de solos cuivrés, d’une sensualité renversante. Les contrastes se juxtaposent sans heurts, avec une souplesse impressionnante, résultat de trente concerts ensemble depuis l’année dernière. Le secret de cette improbable fusion, c’est aussi que ces punks-là connaissent déjà un peu l’Afrique: La batteuse Katherina chante en amharique, ce qui n’est pas donné à la première hollandaise venue, et le guitariste Terrie a fondé un label de musique éthiopienne, Terp Records à Amsterdam. Il y a d’ailleurs publié ces fabuleuses excursions africaines avec Getatchew Mekuria.

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2 Réponses à “Les Trans: Les punks africains squattent à Rennes”


  1. 1 oui oui déc 12th, 2007 à 13:46

    C’était un concert absolument absolument absolument beau. C’était une définition toute entière de la musique. C’était une rencontre offerte aux yeux et oreilles. C’était une musique sans étiquette et toute ouverte. C’était du temps suspendu, un moment d’éternité. C’était un concert comme on les aime. C’était de la générosité du début à la fin. C’était du postpunkjazzyfianethiopique C’était mahmoud ahmed en 1936 en espagne C’était à Rennes samedi soir

  2. 2 jacques déc 13th, 2007 à 7:41

    salut

    moi aussi grand fan du saxophoniste (terrible chorus en bout de piste de son album sur Ethiopiques), et plus largement des productions TERP (jimmy mohammed…). Joli compte-rendu, visiblement conquis… Mais une petite interrogation tout de même : sachant que Getachew a 73 ans, que nous sommes en 2007, comment a-t-il pu être le père du free jazz dans les années 40 ? D’autant plus que le terme free jazz, marque non déposée et sujette à controverses depuis, est né début 60. (si l’on s’en tient à l’album d’ornette). Pour rajouter du piquant, Getatchew avait-il ouïe tout cela ? Ou plus prosaïquement, ne pensez-vous pas qu’il y a une sublime concordance des temps entre ce qu’il joue dans la deuxième des années 50 (un thème traditionnel qui donne du courage aux guerriers, de mémoire) et ce que va bientôt jouer Albert Ayler (apôtre du blues “tripal”) ?

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