Alain Bashung

Dix disques. Ceux qu’emporterait sur son île déserte Alain Bashung, en marge de ces deux dates à l’Olympia. «Il y a aussi Marianne Faithfull, Dusty Springfield, Marvin Gaye. C’est un jeu cruel….» Une sélection inspirée, histoire de bien repartir sur la route après des années d’abstinence.

Righteous Brothers “Soul And Inspiration”
Un duo très complémentaire: les premiers Blancs à chanter comme des Noirs, avec des modulations incroyables. Un mec avec une voix dans les aigus et l’autre plus proche du timbre de Ray Charles. La magie totale! On découvrait aussi le son de Phil Spector, ce mélange de rock et de Wagner.

Serge Gainsbourg
Tous les disques où il y a le guitariste Elek Bacsik et des percussions. Sur l’île, ça me rappellerait l’époque où je suis arrivé à Paris, j’avais une dizaine d’années. J’avais rencontré un couple qui peignait des poulbots à Montmartre et se marrait bien. Ils avaient une pile de disques de jazz: Miles Davis, Art Blakey… Et Gainsbourg.

Françoise Hardy une compilation
Pour son timbre, naturel et charmant. Ce n’est pas étonnant qu’elle ait séduit des pays étrangers, avec le son de sa voix qui racontait la fragilité. Je sais qu’elle ne me lassera jamais.

Pia Colombo “Chante Kurt Weil”
Sans doute la chanteuse la plus authentique sur ce répertoire. Kurt Weil, j’écoutais ça gamin. Ses dissonances, les mélodies pas si simples, ont fait le tour du monde. C’est le premier rockeur européen.

Léo Ferré “Et basta”
Un disque où il n’y a qu’une chanson. Un exercice de liberté assez sérieux. Avec lui, il y avait du piano, puis ça se cassait, puis il criait. Ça continue de me hanter!

Brigitte Fontaine “Comme à la radio”
Je l’ai réécouté récemment, j’ai trouvé ça terriblement bien foutu… Un grain, authentique. Très très en avance…

Michel Polnareff Un best of
Là encore, une histoire de timbre, quelque chose d’essentiel. C’est peut-être le premier à s’être lancé dans la musique et avoir réussi comme compositeur, mais en chantant.

Mark Hollis “Mark Hollis”
Peut-être le plus beau disque de pop. L’enregistrement a duré un an, il y avait des chandeliers, toute une ambiance… Certains musiciens sont partis avant la fin. Il paraît qu’il y a 25 bandes par titre, pour saisir l’instant magique. Un truc tout en retenue. Le silence, c’est l’inverse du punk, mais peut-être encore plus violent, plus mental.

Scott Walker Scott “1″
Je l’ai découvert quand j’ai fait un des premiers concerts pop en France, au Palais de Sports. J’étais en lever de torchon d’une pléiade d’artistes anglo-saxons, les Pretty Things, Cream, Ronnie Byrd… Et les Walker Brothers, qui avaient un mur du son comme Spector. Plus tard, j’ai découvert les «Scott 1, 2, 3»… des trucs avec des cordes, des reprises de Brel. La new wave s’est inspiré de cette espèce de grandiloquence.

Nina Simone Un best of
Son timbre, superbe. Elle n’a pas le côté fatigant de la chanteuse de jazz qui fait plein de notes, dans la démonstration. Là, c’est plus brutal, et en même temps très doux.

Propos recueillis par Jacques Denis

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