La biographie de Rashaan Roland Kirk remet au premier plan l’importance du saxophoniste fantasque dans l’univers du jazz et de la culture populaire
Rashaan Roland Kirk avec sa femme Dorthaan à San Francisco. Avec l’aimable autorisation de Les Scher
Comme Sun Ra, Ornette Coleman et peut-être Don Cherry, Rashaan Roland Kirk est l’un des rares musiciens de jazz à avoir trouvé une bonne partie de son public fanatique parmi les amateurs de rock – voire de punk rock! Sa musique en effet était toute d’énergie faite, d’audaces, de débordements, elle était aussi bien ancrée dans le blues et le rhythm’n'blues.
Roland Kirk avec Bruce Woody and His Chips, vers 1955-1956. Avec l’aimable autorisation de Listen For The Jazz Archive, Columbus, Ohio
Il y avait également l’élément visuel – Rashaan et ses innombrables saxes, flûtes raccommodées au sparadrap – qui en faisait un showman incroyable. À Montreux, Claude Nobs se souvient encore de ses folles jam-sessions d’après concert dans les Catacombes, une minuscule cave où Rahsaan ne manquait pas de s’époumoner toute la nuit. Encore aujourd’hui, dans la discothèque de certains amateurs de rock, Roland Kirk a une place de choix. Au journaliste du magazine anglais Q, Björk avouait un jour : « Prenez cinq Roland Kirk et cinq Sun Ra et vous aurez probablement mes dix disques favoris de tous les temps. Et si vous me forcez à n’en choisir qu’un seul, alors ce sera The Inflated Tear de Roland Kirk. »
Rashaan Roland Kirk en train de faire le bœuf avec le Preservation Hall Jazz Band, sur un bateau dans la baie de San Francisco, en 1970Avec l’aimable autorisation de Les Scher
John Kruth est un de ces fans venus du rock. Musicien, il a joué avec les Violent Femmes et Laurie Anderson. Critique, il a écrit un livre sur le ténébreux songwriter Townes Van Zandt. Sa biographie de Rashaan Roland Kirk vient de paraître dans une traduction française de Pascal Nuoffer. C’est un ouvrage rempli d’anecdotes, à l’écriture alerte. Kruth n’a pas connu personnellement son sujet (décédé en 1977), mais a accumulé une quantité astronomique de témoignages, et pas seulement de musiciens.
Couverture de Down Beat, mai 1967
L’auteur a le grand mérite de replacer Kirk au centre de la culture en général, et pas seulement du jazz. Il évoque ses jam-sessions avec Hendrix ou Clapton, ses rencontres avec le prêtre de l’acid-rock Ken Kesey. Kruth s’efforce également de cerner le caractère et la personnalité fantasque de Roland Kirk, sans ménager ses parts d’ombre.
Le seul défaut du livre réside dans son absence de critique des œuvres. Cela aurait pu être comblé par une discographie commentée en fin de volume.
La couverture de l’édition française parue en mai 2008
A LIRE
- John Kruth, Rashaan Roland Kirk, Des moments lumineux, sa vie, son héritage (InFolio, 2008)
VIDEOS
Roland Kirk au festival Supershow à Londres en 1969. Il vola la vedette à Buddy Guy, Led Zeppelin…
Roland Kirk dans le film Sound. Il apparaît aux côtés de John Cage (sans l’avoir rencontré)











Je voulais juste attirer votre attention sur le documentaire réalisé par Adam Kahan, dont l’achèvement est imminent: http://rahsaanfilm.com/