Dubstep: Benga, le guerrier afro


Benga, Barcelone, 1er octobre, 2008
PHOTO: Joël Vacheron

Un des pionniers du dubstep présente sa vision de la scène

Vous avez mis le DJing entre parenthèses pendant une période relativement longue. Quelle en était la raison ?

La production a toujours été mon activité principale et je cherchais à me concentrer surtout dans ce domaine. Comme tous producteurs, j’ai toujours mixé dans des soirées parce que je désire faire la promotion de ma musique moi-même et cela me permet de montrer dans quels types d’enchaînements j’imagine mes morceaux. D’un autre côté, le fait que la scène dubstep devenait toujours plus importante, il était important pour moi que le gens puissent mettre un visage sur mon nom.

Vous vous êtes retrouvé impliqué très jeune dans le dubstep, quelle est votre impression sur l’orientation prise par cette scène ?

Ce n’était absolument pas du tout prévisible. De nombreuses personnes nous disaient que notre son avait beaucoup de potentiel, que ça rappelait les débuts de la drum’n'bass, etc. Mais en ce qui nous concerne, on faisait ça de manière très instinctive, sans jamais imaginer que ça prendrait une telle ampleur. J’avais 11 ou 12 ans, lorsque j’ai commencé à me lancer dans la musique sous l’influence de mes grands frères et des radios pirates. C’est un âge où on est encore très loin de comprendre ce que cela implique de jouer dans un club, encore moins de lancer un courant musical.

Vous entretenez une évolution conjointe avec Skream depuis le début ?

Oui, lui et moi on a passé par les mêmes étapes en même temps. Dans mon entourage tout le monde écoutait du UK Garage, du R’n'B ou du hip-hop. En ce qui me concerne, j’ai rapidement commencé à produire des sons plus hard core, au point que les gens me disaient “mais qu’est-ce que tu fous?!”. Skream fût un des premiers qui appréciait mes productions et on a vite commencé à nous conseiller mutuellement.

Les soirées forward ont ainsi parfaitement joué leur rôle de tremplin?

Bien sûr! Pour moi, c’est un peu comme de me retrouver à la maison. C’est là qu’on peut expérimenter nos disques les plus originaux, sans jamais se soucier de ce que le public va penser. C’est une liberté rare qui nous a littéralement permis de nous éclater en allant dans toutes les directions.

Quand est-ce que ces expérimentations se sont cristallisées sous la forme du dubstep?

Je pense que c’est vraiment à partir de Digital Mystikz et des soirées DMZ qu’on a vraiment commencé à parler de dubstep.

Lors de votre concert à Barcelone dans le cadre de la Red Bull Music Academy, Goldie jouait en première partie de votre set avec Skream. Pourtant, il n’a pas quitté la scène et semblait être complétement emballé par votre musique. C’est presque une forme d’hommage.

Ce n’était pas la première fois que je jouais avec lui. Il m’a toujours dit qu’il ne considérait pas le dubstep en tant que genre particulier, mais plutôt par rapport à des productions spécifiques. C’est pourquoi, il venait continuellement me demander quel morceau je jouais. Mais c’est vrai que son enthousiasme faisait plutôt plaisir.

De manière générale, comment le public réagit-il en fonction des lieux dans lesquels vous jouez ?

Désormais, les gens comprennent d’emblée notre son. Il y a encore peu de temps, le public ne savait pas encore très bien comment se comporter, comment danser sur notre musique. Ce qui n’est désormais plus le cas, les gens deviennent littéralement fous.

Qu’en est-il de la production. Y’a-t-il déjà un album de prévu ?

Mon grand truc c’est la production, je n’ai donc pas perdu de temps avant de me lancer dans un second album après la sortie de “Diary Of An Afro Warrior”. Il sortira en mars prochain et, même si je ne peux pas encore trop en parler, je peux déjà dire qu’il sera beaucoup plus dur que “Diary.. “. Ça reflète un peu mon état d’esprit du moment, ce qui ne signifie pas que je vais toujours continuer dans cette orientation.

Dans quelle direction vous orientez-vous, y’a-t-il un style ou une influence particulière qui se dégage ?

Pas vraiment. C’est un peu le propre du dubstep, ça va dans tous les sens et les gens arrivent toujours à y déceler une influence plutôt reggae, plutôt techno. Ça vient du fait que l’on continue toujours à expérimenter de nouvelles formes de musiques, à prendre toujours des directions différentes. Un phénomène qui s’amplifie à mesure que le dubstep devient international.

VIDEO

  • Benga, Night, “Diary of an Afro Warrior” (Tempa)

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