Drum & Bass: Goldie, le jour et la nuit


La figure emblématique de la drum’n'bass montre ses deux visages lors de son apparition au Red Bull Music Adacemy de Barcelone

Un public nombreux se presse devant la scène apprêtée spécialement pour l’occasion sur la place de L’Arc de Triomphe à Barcelone. Au programme ce soir-là, on attend avec impatience d’assister au choc intergénérationel entre la légende de la drum & bass et les nouveaux tenants de la scène dubstep. Sans aucune surprise, Goldie entame un set dans la plus pure tradition Metalheadz. En enchaînant les classiques, il nous ramène instantanément à l’époque où les Doc Scott, Grooverider, Kemistry & Storm ou Ed Rush réformaient en profondeur la dance culture à coup de rythmiques syncopées et de basses profondes.

Malgré un set plus qu’honorable, le son proposé par Goldie ne manque pas d’être frappé d’obsolescence lorsque se soulèvent les basses puissantes de Skream et Benga. D’ailleurs, il semble être le premier réjoui par ce renouveau, au point de ne plus quitter la scène jusqu’à la fin du set des deux dauphins. Il danse et s’agite avec un rare enthousiasme, s’enquérant systématiquement sur les noms des morceaux joués. La nuit se poursuit dans un club bondé des Ramblas avec un Goldie toujours plus galvanisé qui, debout sur le bar, harangue la foule avec une énergie presque inquiétante. Une chose est sûre, au terme de cette nuit déchaînée, l’homme aux dents dorées ne renvoit pas directement une image de quiétude propice au raisonnement.

Il en va tout autrement le jour suivant, lorsqu’il est convié à expliquer sa démarche créative lors d’une conférence. Qu’il s’agisse de l’importance du graffiti dans sa perception de la musique, de son désir d’écrire un album pour sa mère, de l’influence de Kemistry ou de son intérêt pour Beethoven, Goldie approche toutes ces questions avec une profondeur et une sensibilité hors du commun. En parlant de Mother, un morceau introspectif et atmosphérique qui n’avait pas véritablement été compris au moment de sa sortie, il précise: “Mon seul devoir en musique, c’est d’essayer ce qui n’a jamais été fait. Et le seul moyen d’y parvenir et d’aller toujours plus en profondeur dans mon approche et mes sentiments. Dans ce cas précis, je devais faire ce morceau. Lorsque je l’ai passé à ma mère pour la première fois, nous avons pleuré pendant des heures.” Un sincérité qui pose le ton, par la suite Goldie exprime une intuition artistique et une sensibilité hors du commun dans chacune des ses déclarations.

Il se remémore ses débuts avec beaucoup d’humour. Notamment lorsqu’il passait tout l’après-midi chez un disquaire de l’Ouest de Londres dans l’attente de voir passer Grooverider: “On restait là pendant des heures avec Kemistry, juste pour pouvoir lui dire bonjour de loin. Ca m’a pris au moins une année avant d’oser aller lui parler directement.”

Chercheur invétéré, Goldie a également développé son propre système de notation musicale. A propos de cette méthode, il précise “j’ai transféré à la musique ma vision du graffiti. Un graf offre la possibilité de véhiculer un message complexe dans un seul signe et j’ai d’emblée cherché à répliquer cette approche pour composer mes morceaux. A chaque fois, je crée une sorte d’organigramme dans lequel tous les sons, tous les breaks sont inscrits à la seconde près. Cela me permet de prendre de la distance et d’avoir une image mentale de mon morceau jusque dans les moindres détails”. Puis d’ajouter, “de toute façon, l’important c’est toujours de croire en sa méthode.”

Puis, évoquant ces projets actuels, il confirme son désir de sortir son premier long métrage dans le courant de l’année prochaine. Une chose est sûre, Goldie n’a pas fini de nous étonner. “Toute ma vie, mon objectif a été de partager avec le autres. La musique reste la manière la plus directe et la plus efficace pour y parvenir” ajoute-t-il visiblement ému par ce parcours autobiographique. Deux heures passées en compagnie de cet écorché vif valent de l’or et le public, quelque peu abasourdi par ce talent brut, ne s’y trompe pas en lui réservant une standing ovation.

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