R&B: Sly Stone, Coming Back For More


Sortie d’un documentaire et d’un livre sur le mythe de Sly Stone

La première du documentaire réalisé par Willem Alkema sur Sylvester Stone aura a lieu le 16.10.09 dans le cadre du Hot Spring Documentary Film Festival. Figure incandescente de la fin des années 60, Sly Stone est également reconnu comme l’un des reclus les plus célèbres de la pop music. À l’instar d’un Howard Hugues ou d’un Axl Rose, son existence est marquée par un retrait à tel point radical que beaucoup le pensaient mort. Des réalisateurs, des journalistes, des musiciens et des amis ont tenté en vain de le retrouver. En 2004, après deux ans de recherches, Willem Alkema a finalement réussi à le localiser dans une petite ville juste en dehors de LA.

Edwin & Arno Konings ont également annoncé qu’un livre “Thank You” The Story of SLy & The Family Stone” est également en cours d’écriture et devrait sortir dans le courant 2010. L’an passé, le retour sur scène de Sly Stone avait fait couler passablement d’encre et ce comeback polémique avait motivé l’écriture de ce petit essai.

Trailer “Coming Back For More”, 2009

LOOSE BOOTY: RETOUR SUR UN COMEBACK

Par Joël Vacheron

Loose Booty
Well, when you’re tryin’ to flee from any fakin’ grin
Tell you what to do, how to bring the money in
Find yourself some roots to let it all hang out
Get into some dancing, do what it’s all about

Loose booty
Life can be confusing, any given day
If you feel like losin’, get on out the way
This stuff will be amazing, here is all you do
How minutes turn to days in, doing what I do

Loose booty
Now I got to get on, see you in the mind
I want to stay your friend, oh, leave them blue behind
Only till you send me, watch me, all you’re free
Feel good to relax it, shake it on like me

Sly & The Family Stone, Loose Booty, 1974

Loose Booty, avec ses refrains syncopés et son énergie contagieuse, est exemplaire du style instauré par Sly & The Family Stone. Le morceau sort en 1974 sur l’album “Small Talk”, juste après la trilogie magistrale composée de “Stand!” (1970), “There’s a Riot Goin’ On” (1971) et “Fresh” (1973). Une période qui marquait le point culminant d’une carrière discographique entamée huit ans auparavant. Synthèse des musiques afro-américaines et des principaux courants contre-culturels de l’époque, Sly & The Family Stone exercera une influence déterminante et durable sur l’évolution de la pop music. C’est surtout le talent et la personnalité exceptionnelle de Sly Stone qui alimentait à elle seule toute la puissance du mythe. Sorte de dandy affranchi, il se situait quelque part entre le prêtre fervent, le souteneur flamboyant, la rock star défoncée et le politicien charismatique.

Fierté / Résistance

En 1975, dans un essai célèbre publié dans “Mystery Train: Images of America in Rock ‘n’ Roll Music”, le critique Greil Marcus associait le destin de Sly Stone à un personnage mythique de la culture afro-américaine dénommé Stagger Lee. Un gangster qui réunirait les qualifications les plus valorisées pour appartenir au gotha de la rue. Ce mythe provient d’un fait divers qui se déroula dans un saloon de St. Louis vers la fin du 19e siècle. Un dénommé Lee Sheldon assassina froidement un quidam qui lui avait brusquement arraché son chapeau de la tête. Une fois son forfait accompli, Lee s’abaissa vers le corps gisant de William Lyons, repris son bien et quitta les lieux calmement. Du blues, au gangsta rap, en passant par les romans de Chester Himes, l’idéologie des Black Panthers ou les films blaxploitation, le souvenir de ce cow-boy, fier et désinvolte, a été largement convoqué comme une figure insurrectionnelle radicale.

Bien qu’il n’a jamais tué personne, l’attitude irrévérencieuse de Sly étendait la portée de ce vieux mythe vers de nouveaux territoires. C’est surtout “There is a Riot Going On”, cette révolution tranquille, qui constitue un témoignage emblématique de résistance. Alors que tout le monde s’attendait à retrouver l’énergie incandescente qui avait enflammé Woodstock, Sly & The Family Stone réfutait ce rôle de héraut récréatif en proposant une plongée introspective et critique sur l’univers et les idéaux qu’il incarnait. Pour Marcus, cet album implique une permutation dans notre manière de considérer la pop music: “instead of merely orchestrating his confessions, Sly transformed them into a devastating work of art that deeply challenged anyone who ever claimed to be part of his audience, a piece of music that challenges most of assumptions of rock’n'roll itself”.

Grâce à cette mise en abîme déroutante, Sly parvenait à effacer le rôle et les limites qu’il s’était lui-même assignées. Durant cette même période, les concerts annulés et les performances désastreuses s’accumulèrent, participant à raffermir la réputation fantasque de Sly. Nile Rodgers affirmait: “half the of the fun going to a Sly concert was wondering if he was going to show or not”. En dérogeant, symboliquement et physiquement, aux contraintes propres à son statut de star, Sly confirmait à quel point il se moquait des conventions et restait réfractaire aux standards dictés par l’industrie musicale.

Disparition / Réapparition

Cette propension aux contre-pieds prendra une tournure encore plus radicale au début des années 80, lorsque Sly Stone se coupa totalement du monde, entamant l’une des retraites les plus obscures de l’histoire de la pop music. Cette disparition hors norme, qui dura environ vingt ans, provoqua son lot de divagations selon lesquelles le chanteur pouvait aussi bien vivre dans une villa cossue de Beverly Hills, être interné dans un établissement psychiatrique ou croupir dans un état végétatif au fond d’une crack house. Totalement ruiné, certains l’auraient même aperçu en vendeur ambulant de savonnettes, alors que pour d’autres le bad boy avait tout simplement fini par avaler sa chique .

En 2006, contre toute attente, Sly Stone mettait un terme à ses supputations en opérant un comeback inattendu lors de la cérémonie des Grammy Awards. Vêtu d’un manteau d’argent et d’un iroquois platine de 20 centimètres, il entonna fébrilement deux couplets avant de quitter soudainement la scène au milieu du morceau. Toutefois, ce n’était que partie remise. Quelque semaine plus tard, il annonçait qu’une tournée de plusieurs dates était planifiée. À vrai dire, le terme “apparition” semble plus à même de signifier l’impression qui subsistait après avoir été confronté à cette icône quasi momifiée.

Lors de sa prestation au Festival de Montreux en 2007, sa voix rocailleuse, flirtant avec la rupture et l’inaudible, se déroulait telle une sourde incantation. Écho lointain de sa période incandescente, le public et les commentateurs furent particulièrement désarçonnés face à ce fantôme au groove incomparable. Souvent proches du lynchage, les critiques concernant cette performance invoquaient de manières indifférenciées les conséquences déplorables de la coke, la sénilité ou l’avidité frauduleuse d’agents et de programmateurs. Choqués par tant de désinvolture, les commentaires cherchaient tant bien que mal à justifier ce manque de présence. Malgré son caractère exceptionnel, ce retour était globalement perçu comme une impertinence. En s’avilissant de la sorte, on lisait en filigrane que Sly endossait un rôle de Loose Booty.

Pourtant, la performance de ce revenant au corps disloqué peut tout aussi bien être envisagée sous l’angle de la sincérité et des impressions spectrales étonnantes qu’elle pouvait générer. En effet, en relisant Marcus, on est frappé de voir à quel point cette prestation laconique et discordante étend un peu plus la comparaison avec le mythe de Stagger Lee. Loin de se cantonner à une exhibition pathétique, le retour de Sly prouvait que, même transfiguré par la vieillesse et les excès, il savait encore se montrer subversif. Il s’offrait même le luxe de faire une mise à jour des fantasmagories que sa personnalité a pu générer. Loin de chercher à raviver des chimères, ce retour disruptif nous obligeait à prendre pleinement conscience de l’instant. De plus, en neutralisant d’emblée tout élan nostalgique ou expurgatoire, le comeback de Stagger Lee nous renvoie aux limites de nos moeurs idolâtres.

Stagger Lee started off walking
Down that old railroad track
He turned and told Billy
“Don’t be here when I come back”
Lloyd Price

Essai publié dans le catalogue de l’exposition “Loose Booty”, (2008)

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2 Réponses à “R&B: Sly Stone, Coming Back For More ”


  1. 1 Christophe oct 14th, 2009 à 21:44

    La comparaison avec Stager Lee est surprenante, bien que la dimension mythique des 2 soit indiscutable. En passant, je conseille la ou plutôt les versions de Stagger Lee enregistrées par Dr. John et Pacific Gas And Electric. Pour en revenir à Sly, j’pense et je suis même sûr du fait qu’il n’y a plus rien à attendre de lui. Quand la passion s’est evaporée il n’y a plus d’espoir à avoir. J’pense qu’à ce niveau le mieux serait qu’il arrête totalement de se produire sur scène afin d’éviter de ternir encore plus son image. A la limite en studio il pourrait faire quelque chose de pas mal s’il était bien entourré (George Clinton, Amp Fiddler, D’Angelo, Prince…). Quoi qu’il en soit respect à lui pour toutes ces perles qu’il a produit jusqu’à la fin des années 70.

  1. 1 vibrationsmusic.com : Sly Stone a signé un contrat! Pingback sur déc 10th, 2009 at 14:43

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