Débat: Le futur de la musique 2


ILLUSTRATION: Marc Kremers

Un commentaire de Dj A From E à propos de l’article de Laurent Chambon sur le futur de la musique

Bon article, ponctué par une pointe d’humour fort appréciable à lire.

Il aurait été toutefois intéressant d’associer à ce fameux apogée des années 90 l’argument que cette période correspond également à l’avènement du CD, que les consommateurs ont adopté avec engouement, souvent même au point de racheter toute une discothèque “numérique” qu’ils avaient déjà en vinyle! Qui plus est, les majors ont vampirisé tout le marché du disque, rachetant la quasi-totalité des labels indépendants à prix d’or dans le seul but d’imposer leur trust. Cela a nui à la créativité d’une manière inéluctable, et a généré une standardisation que la toile à naturellement contrecarré en offrant au consommateur une visibilité plus juste de la qualité de la scène actuelle.

Je rajouterais par ailleurs que cette « démocratie de marché » a suscité une désaffection du public pour le support disque de moins en moins attrayant, car de moins en moins exigeant en terme de recherche visuelle des pochettes et de leurs contenus…Inutile de parler du contenant…L’histoire prouvera que peu d’albums majeurs ressortiront des catalogues des majors dans ce début de 21e siècle…Alors que les années 90 étaient fortes prometteuses… Aujourd’hui les indés en France, c’est 5% du chiffre d’affaire de l’industrie du son….alors qu’ elle est de 20% en Angleterre…Par ailleurs, vous constaterez que le seul segment en évolution dans le disque est les musiques du monde. À croire que le mélomane a besoin d’air frais…

Puis, de nouveaux modèles économiques, trop peu abordés par les penseurs, ont émergé et biaisent quelque peu la diabolisation faite à l’encontre du téléchargement. Je fais allusion aux marchands de l’occasion qui vendent depuis plus de dix ans un volume physique gigantesque à des prix réalistes, et ce, à la barbe des statistiques et de l’industrie du disque… Aujourd’hui je serais un artiste signé en major que je me retournerais contre ces derniers pour faute et manquement à leur devoir de défense de mes intérêts. Ils pleurent une crise majeure que tout le monde, exceptés eux, a su voir venir avec l’explosion du MP3 et des sites de téléchargement dits illégaux, et scandent à tout va des lois Hadopi déjà caduques avant même d’être votées.

Par ailleurs, il serait bon d’arrêter de croire que ceux qui téléchargent sont des acheteurs reconvertis au piratage. À l’époque du vinyle ou du CD quand j’allais chez Monsieur tout le monde, j’étais rarement impressionné devant sa collection de disques… Tout le monde, moi y compris, avait le même disque de Céline Dion, de Johnny, de Bruel et achetait une fricassée de compilations douteuses pour les boums familiales qui devaient rapporter aux maisons de disques de substantiels profits. Naturellement, aujourd’hui les compils on en a plus réellement besoin, tout comme les disques ne recensant qu’un ou deux titres majeurs ou encore les singles à 30 francs ! Aujourd’hui Mr Tout le monde peut, grâce au net, élargir son spectre et moi je dis que c’est tant mieux!

Tags: , ,

4 Réponses à “Débat: Le futur de la musique 2”


  1. 1 Yves nov 29th, 2009 à 0:43

    Je souhaite exprimer un avis de surface qui ne concerne que le consommateur que je suis et le sujet du support.

    L’arrivée de supports numériques informatiques, maintenant de qualité avec les lignes d’accès à internet puissante dont nous disposons, je me réjouis d’avoir accès à plus de musique que jamais, et cela à un prix raisonnable comparé au support plastique du CD des années 90.

    Personnellement je me fiche du support réel et de la qualité moindrement supérieure du cd, pour la simple raison que je ne suis ni fétichiste et ni passionné de technologie hi-fi. J’ai un sound system plus que correct à la maison, un iPod, un ordinateur et ma vie de mélomane est bien plus simple qu’avant. Je vis dans un appartement de taille réduite et franchement, il y a encore dix ans, mes disques occupaient un espace trop important à mon goût. De plus, et c’est mon principal argument en faveur du support virtuel, habitant en périphérie de la périphérie (le Valais pour ceux qui connaissent), je goûte enfin à la joie urbaine d’avoir accès aux plus grands magasins de disques et aux plus spécialisés. Pour le boulimique de son que je suis, je dis : vive internet !

  2. 2 Pierre-Jean Crittin nov 29th, 2009 à 11:54

    OK. Laissez-moi vous faire partager une autre expérience.

    Ayant passé beaucoup trop de temps sur le Net à écouter de la musique que je n’avais pas envie d’écouter, de découvrir des groupes que je n’avais pas envie de découvrir, je suis revenu à ma vieille manière d’écouter de la musique: sur CD et sur vinyle (il me faut juste réparer cette sacrée enceinte droite dont les basses ronflent, mais, croyez-moi, ce sera fait un jour).

    Comprenez-moi bien. Si j’ai envie d’écouter de la nouvelle musique de danse, des tracks que je ne connais pas, je vais en club (assez rarement ces jours-ci), ou alors je me branche la journée sur une de ces web radios de DJ’s connus ou inconnus. Je ne suis pas DJ, chacun son métier.

    Personnellement, je rechigne à me balader un i-Pod dans les oreilles. L’écoute baladeuse ne me branche pas. Bientôt on croisera des mutants avec un masque sur la bouche et un putain de casque entre les oreilles, et je n’ai pas envie de ressembler à ça. J’aime mieux entendre le bruit de la ville et les engueulades des passants. J’aime aussi regarder le visage des gens.

    Les bons vieux disques, donc. Cette année, j’ai eu encore bien du plaisir à en acheter. A preuve du contraire, je ne pouvais télécharger nulle part les confidentiels CD de Tishawn Sorey (That/Not) ou le triple album du compositeur Julius Eastman (Unjust Malaise). Et ces cons d’Universal France n’ont pas daigné sortir le CD du chanteur Miguel Poveda, Coplas de Querer, malgré le coup de pouce d’Almodovar… J’ai du l’acheter sur un site espagnol! Merci les multinationales. Et figurez-vous que je me suis pris d’un amour inconsidéré pour le dernier disque de Keith Jarrett. Trois CD live à Paris et Londres. Pas téléchargeable.

    Peut-être suis-je trop paresseux. Mais quand je rentre chez moi le soir (tard), une fois fait à manger pour mes deux petites filles, passé un moment avec la femme que j’aime, je n’ai pas envie de me remettre à mon ordinateur. Comme tout le monde, je regarde une connerie à la TV, ou je prends un bouquin. Avec Jarrett, je n’arrive pas à lire et à l’écouter en même temps. Je l’écoute, point barre.

    L’argument “j’habite un coin paumé, je n’ai pas accès aux nouveautés” me semble un peu biaisé. Avec Internet, précisément, on peut recevoir chez soi en quelques jours le CD ou le vinyle qu’on a pré-écouté et commandé. Même chose pour les livres. L’attente fait partie du plaisir. La vitesse contre la patience. L’éjaculation précoce face à l’amour en profondeur. Tel est le débat.

    Bon, peut-être suis-je vieux jeu. C’est possible. en tous cas, Internet n’a rien changé pour moi dans ma façon d’écouter ou d’acheter la musique. Je suis content qu’il existe. Mais à choisir entre l’invention de la poste et celle du www, je considère la première plus importante!

  3. 3 kkwet nov 30th, 2009 à 22:32

    Merci pour ce débat autour d’une vraie question : quid du support pour le son ?

    Je lis attentivement les propos des uns et des autres, me sens tout petit face à ces réflexions fort bien menées, comprend l’approche et le point de vue d’Yves (je ne suis qu’un simple mélomano-consommateur de base…). Si je me permet de répondre ce soir, c’est à vous M Crittin que je m’adresse principalement. Je suis un boulimique de musique, toutes directions confondues, toutes époques aussi. J’ai 30 ans, et suis instit. Des CD et des vinyls je m’en suis gavé et re-gavé. Mon banquier n’apprécie que peu. J’ai changé mes habitudes consommatrices (j’achète moins pour être clair) mais je ne crois pas pour autant que l’on puisse dire que j’ai fait le choix de l’éjaculation précoce plutôt que celui de l’amour en profondeur…. L’argument me semble un peu court. J’étais plus en accord avec vous quand vous disiez ne plus vouloir vous remettre derrière un écran pour écouter un Keith Jarret.

    Voilà. Pas une grande contribution, juste une réaction. Longue vie à Vibrations

  4. 4 Kalcha déc 1st, 2009 à 0:47

    L’argument économique est certes à prendre en compte, mais il a parfois le dos large (je ne juge pas le cas de kkwet que je ne connais pas). C’est juste que j’ai tellement souvent entendu l’argument “j’ai plus de thunes, je le téléchargerai” en voyant la personne se commander un cinquième pinte, et entamer son deuxième paquet de clopes de la journée…

    On est souvent fauché quand ça nous arrange, non? :)

    Je le répète, kkwet, ce n’était pas du tout une attaque ou un jugement. Juste une réaction, moi aussi. :)

    Longue vie aux lecteurs de Vibrations (sans cancer du poumon)!

    K.

Exprimez-vous!




Vibrations Jukebox


Archives