Suite à la disparition du rapper lundi dernier, nous republions ces deux articles publiés dans le magazine Vibrations à l’occasion de la sortie de “The Ownerz”, le dernier album de Gang Starr
Par David Commeillas
«Deux platines et un microphone.» À chaque interview, devant chaque caméra, chaque micro tendu, Guru répète inlassablement ses cinq mots. Comme si cette définition épurée du rap signifiait aussi «DJ Premier et MC Guru». Comme s’il était fondamental, à toute époque, de revenir à l’essentiel, et de rappeler leur éternelle allégeance à la culture hip hop. Les deux piliers de Gangstarr font désormais office de survivants, derniers miraculés d’une ère où cet art de rue revendiquait encore quelques valeurs chevaleresques telles l’honneur et l’authenticité. Parce qu’ils y croyaient sans doute plus fort que les autres, Gangstarr n’a pas connu le destin infortuné de A Tribe Called Quest, Nice & Smooth, Brand Nubian, Diamond D, Black Sheep et autres Jungle Brothers. Que reste-t-il de cette prétendue «new-school» new-yorkaise émergée au crépuscule des années 80? Busta Rhymes et Q-Tip lancés dans des carrières solos, Pete Rock exilé sur le label londonien BBE, et quelques groupes qui tentent à chaque album de retrouver en vain l’éclat du passé. Sombre Bilan. Rares sont les artistes ayant réussi à négocier le virage du nouveau millénaire sans déjanter.
Pourtant, l’étoile de Gangstarr brille toujours de la même intensité. «Le travail est la clé», explique Guru. «L’envie de rester compétitifs nous pousse à garder une productivité soutenue. Je ne me rappelle pas d’une semaine entière pendant laquelle j’aurais vécu sans écrire des rimes, composer un beat, donner un concert, enregistrer… On ne connaît pas de vacances, le hip hop est notre vie.» Guru oublie modestement un autre élément essentiel de leur réussite: le talent. L’inspiration et la technique canalisés en samples et rimes. Voilà ce qui transsude de chaque morceau de Gangstarr, communion de deux artistes surdoués, dont la puissance créative leur permettrait largement d’exister en leur propre nom: Guru, l’homme à l’incroyable voix noire et abyssale, rapper d’élite qui a également prouvé ces talents de producteur. À travers le projet «Jazzmatazz», il a définitivement réconcilié le rap avec ses origines.
Quant à DJ Premier, il est unanimement reconnu depuis une décennie comme le producteur le plus doué à l’est du continent nord-américain (laissons le funk californien à Dr Dré). Cet homme de l’ombre qui déteste les interviews ne s’exprime pleinement que devant son sampler ou ses platines. Son nom est synonyme d’excellence et sa réputation lui permet de choisir les artistes avec qui il enregistre, mais n’ayant plus rien à prouver, il préfère consacrer la majorité de son temps à révéler de nouveaux rappers comme il le fit avec Group Home, Jeru The Damaja, ou Afura. Bref, à ce stade de leur carrière dorée, ni DJ Premier, ni Guru n’aurait plus vraiment besoin de Gangstarr. Mais tous deux ont ENVIE de Gangstarr. Et cela s’entend. Gangstarr est la plage privée sur laquelle, environ tous les trois ans, ils viennent ensemble retrouver leur inspiration et débrider leur prolificité. Leur nouvel album «The Ownerz» se révèle sans doute le moins sombre, peut-être aussi le meilleur depuis «Daily Operation» en 1992. Des instrumentaux foisonnants d’idées. Des rimes lourdes de sens et épaisses de sonorité. Le cœur de Gangstarr bat toujours aussi vigoureusement. Cette nouvelle galette est chargée de pièces à conviction prouvant que, même après 14 ans de carrière, leur musique continue d’évoluer.
Fin mars, lors de la soirée d’écoute organisée dans les studios D&D, les nuques remuent comme des hochets, et les sourcils montent au plafond de surprise. Les journalistes assouvissent leurs tympans pendant que le crew de Gangstarr discute tranquillement dans le couloir. DJ Premier plaisante avec quelques mastodontes aux épaules carrées et aux chaînes en or étincelantes. D’autres regardent les clips à la télé. Puff Daddy, R Kelly, puis Lil’ Kim avec son dernier single aguicheur… Ici, on conspue ce rap siliconé que chérissent les médias grand public. Guru et Premier ne font pas partie de ce monde. Et s’ils apparaissent parfois dans l’œil du cyclone, c’est pour mieux en crever l’écran. Après avoir achevé une séance de dédicace pour une radio locale, Guru se laisse tomber dans un canapé pour se rouler un autre joint. Le moment idéal pour solliciter une discussion avec la voix de Gangstarr.

Guru et Donald Byrd lors de la sortie du premier Jazzmatazz
Depuis le premier disque de Gangstarr, l’alchimie demeure parfaite entre votre voix et les instrumentaux de DJ Premier. Comment vous êtes-vous trouvés l’un et l’autre?
Guru: Avant qu’on se rencontre, Primo était DJ sur son campus à Houston. Il composait déjà des beats sur un quatre-pistes dans sa petite chambre d’étudiant, et il les envoyait à des labels comme Wild Pitch. De mon côté, j’étais à Boston avec ma petite équipe de DJs, graffiteurs, danseurs et rappers. Mais j’avais l’impression d’accomplir tous le travail seul: financer les cassettes démos, dénicher des petits concerts… Wild Pitch nous promettait de nous signer si on s’y mettait plus sérieusement, alors j’ai pensé: «Allons à New-York, parce que c’est là-bas que tout se passe!» Mais comme personne dans mon équipe n’était prêt à me suivre, j’y suis allé seul, avec seulement quelques billets dans ma poche et le cerveau plein de rêves hip hop. Et j’ai signé avec eux. On a d’abord sorti quelques maxis produit par 45 King, un excellent producteur qui mixait déjà le rap avec du jazz. Ce fut sans doute le premier à faire ce mélange, parce qu’à l’époque tout le monde samplait James Brown et Al Green. Mes maxis sonnaient bien, mais je n’étais pas pleinement satisfait. 45 King travaillait avec d’autres rappers, il avait son propre crew, et moi aussi je voulais monter mon groupe. Alors je passais des après-midis entières dans les bureaux de Wild Pitch et je fouillais dans l’énorme carton du directeur artistique pour écouter toutes les démos qu’il recevait. Quand je suis tombé sur celle de DJ Premier, je l’ai remarqué tout de suite. Je l’écoutais dans le métro, et je rappais par dessus la voix des autres gamins avec qui il enregistrait à l’époque. Quand on s’est parlé pour la première fois au téléphone, il y a eu un déclic: on écoutait les mêmes disques, on aimait les mêmes artistes et l’on a même commencé à parler de concept pour nos futures chansons… On voyait le hip hop, la rue et tout cela de la même façon. En raccrochant, on savait tous les deux qu’on avait trouvé un partenaire de crime. (rires) On a enregistré le premier album «No More Mister Nice Guy» en une semaine et demie! C’était d’ailleurs une compilation, un résumé de ce que l’on était, plus qu’un véritable album, mais bon… On avait tellement de matière! Il fallait que ça sorte! Le premier beat que Primo m’a donné était celui du morceau «Words I Manifest».
Votre amitié a toujours été un moteur essentiel de votre collaboration artistique ?
Guru: Parce qu’on vient de la rue et du ghetto, on sait que certaines valeurs sont plus importantes que la réussite. Le succès ne nous suffit pas, on vit selon d’autres critères: la sincérité, la fidélité…Premier et moi, on est comme les deux jambes d’une même personne, s’il y en a un qui traîne, Gangstarr ne marche pas droit. Depuis le premier jour, on partage beaucoup de choses en plus de la musique. On a même vécu dans le même appartement au début. C’était quelque chose de sauvage, avec des disques partout le long des murs et par terre, on pouvait à peine marcher, et pourtant, il y avait beaucoup de monde qui passait.
Et déjà, vous aviez volontairement décidé de partir dans cette direction musicale très jazz, ou ce fut un choix inconscient ?
Guru: C’était une époque, une tendance. La soul avait été pillée par les producteurs des 80’s et tout le monde cherchait un nouveau son. Avec Premier, nous avons simplement suivi nos inspirations. Ma voix est un don de naissance, et je pense qu’elle sonne jazz naturellement, je ne l’ai pas choisi. Mais on a toujours refusé d’être enfermé dans la catégorie «Jazz-Rap» parce que c’est trop restrictif. C’est pour cela que j’avais créé Jazzmatazz, pour protéger Gangstarr de cette étiquette, de cette mode. Parce que quand tu y réfléchis, tous les groupes qui ont sauté dans le train «jazz-rap» ont ensuite disparu, comme Dream Warriors par exemple. Nous, on ne s’est arrêté à aucune frontière musicale, jamais. On pourrait sampler ma sonnerie de téléphone, ma chasse d’eau ou ma machine à laver… Une idée simple peut parfois suffire pour un beat de Gangstarr. On ne cherche pas à sonner «jazz» absolument. C’est naturel.
Jazzmatazz était quand même un projet plus ambitieux que cela…
Guru: 1993 fut une année d’évolution importante pour nous deux. Premier avait besoin de s’épanouir et il avait envie de composer pour d’autres gens. Moi j’avais envie de rendre hommage et de collaborer avec tous les artistes qu’on samplait. Je voulais qu’ils jouent en «live » sur des instrumentaux hip hop. Donald Byrd a été le premier à s’enthousiasmer pour le projet, et grâce à sa caution, j’ai pu ensuite demander à n’importe quel musicien de participer. J’avais un argument plutôt persuasif: «Donald Byrd sera sur le disque!»
Comment êtes-vous entrés en contact avec la scène jazz pour la premiêre fois?
Guru: Quand Spike Lee a entendu «Jazz Music» sur notre premier album, et il nous a spontanément appelés, sans même nous connaître. Il voulait qu’on travaille avec Branford Marsalis sur «Mo’ Better Blues». Spike ne savait pas que je connaissais déjà Branford, puisque nous avions été dans le même collège à Atlanta pendant quatre ans. Ensuite, les rencontres se sont enchaînées naturellement, parce que les jazzmen eux-mêmes ont compris que le hip hop était un moyen de rajeunir leur musique sans perdre leurs racines.
De Wild Pitch à Virgin, en passant par Capitol et autres, vos changements de labels vous ont-ils freinés artistiquement ?
Guru: Pas vraiment. On en a profité pour s’évader un peu chacun de notre côté. Et je pense qu’au final, ça a été bénéfique pour notre duo, parce qu’on avait tellement envie de retrouver Gangstarr. On se disait «Yeah, let’s Do It Again!!». Notre travail ensemble ne ressemble pas à ce que nous faisons pour les autres. Nos styles sont tellement spéciaux que leur symbiose donne un résultat unique. Premier sait que ma voix et ma diction peuvent convenir à des beats qu’il n’oserait pas proposer ailleurs. Et inversement, quand j’écris pour Gangstarr, je ne prends pas le même stylo que pour un simple «featuring».
Pour ce nouvel album, quel a été votre processus de création?
Guru: Chez nous, tout débute par le thème. En dehors des singles qui servent juste à t’accrocher l’oreille, tout le reste du disque est conçu autour d’un thème central. C’est un concept global, comme un film. On fait un tracklisting avec tous les titres de l’album, les thèmes de mes textes, et quand Premier les a acceptés, il me donne des beats et je commence à vivre avec: je les écoute quand je conduis, quand je prends ma douche, quand je déjeune… Les idées viennent petit à petit, les rimes aussi, mais souvent, je n’écris rien. Finalement, je m’enferme dans le studio longtemps, seul avec le beat qui tourne en boucle et j’écris la chanson juste avant de l’enregistrer, de façon à conserver une certaine fraîcheur et une certaine spontanéité par rapport au texte.
Donc Premier ajuste la musique en fonction des titres et des textes?
Guru: On peaufine chacun de notre côté, avant de se retrouver pour fusionner nos deux parties. Parce que si on laisse juste notre inspiration voguer en liberté, elle risque d’aller toujours dans le même sens et nos albums se ressembleront trop. Premier garde toujours son style. On peut le reconnaître facilement, c’est du rap hardcore aux samples de jazz aiguisés comme des couteaux. Mais sa force, c’est qu’il étudie parfaitement les styles des rappers pour qui il compose, même avant la session d’enregistrement. Ses musiques sont comme des gants parfaitement à ta taille. Quand il m’a fait écouter le beat qu’il a composé pour Snoop Doggy Dogg, j’avais l’impression d’entendre déjà la voix de Snoop sur le tempo. Pareil pour le titre avec MOP, ou avec Fat Joe.
Beaucoup de vos refrains ne sont que des orchestrations de scratches, un élément pourtant de moins en moins utilisé dans le rap moderne…
Guru: C’est un élément de base du hip hop, et Gangstarr tient toujours à représenter cette culture. Ce sont les radios qui ont incité les DJs et producteurs à effacer les phases de scratches de leurs chansons, parce que le grand public trouve ça indigeste. De la même façon, les maisons de disques incitent les producteurs à tout rejouer en studio pour ne pas avoir à payer les droits d’édition des samples. Sampler et scratcher, c’est la base du hip hop. C’est la façon hip hop de travailler le son, et il n’y en a pas d’autres. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, c’est aussi une façon de rendre hommage aux jazzmen et aux soulmen qui nous ont inspirés. Je préfère voir un artiste qui assume un sample et le paye à l’auteur original, plutôt qu’un imposteur qui rejoue note par note une chanson des Sixties et qui clame «Hey, j’ai tout créé moi-même!». Il y aura toujours des scratches sur les albums de Gangstarr, et même s’il arrive qu’on rejoue certaines séquences au lieu de sampler, on n’oublie jamais leurs origines et on respecte les auteurs.
Après 14 ans de collaboration, comment vous situez-vous dans le nouveau paysage de la scène rap aux USA?
Guru: J’apprécie beaucoup de jeunes artistes, même certains dont on qualifie la musique de «commerciale». Je respecte le succès quand il s’appuie sur un vrai talent. Le problème n’est pas le succès, mais l’accès. L’accès aux contrats, l’accès aux médias. A chaque fois qu’un artiste sans talent signe un contrat, et à chaque fois que son clip passe à la télé, c’est celui d’un artiste avec talent qui ne passe pas. Aujourd’hui, pour chaque rapper original, il y a dix pantins derrière lui qui copient son style et font des hits avec la même recette. Par rapport à tout cela, notre album «The Ownerz» représente notre plus haut degré d’indépendance dans ce jeu et cette industrie. Notre hip hop nous appartient, alors que d’autres doivent louer leur place. On veut montrer qu’on est toujours au top. C’est une bénédiction pour nous de rester «in the mix». Et c’est pour cela que l’on vit, et que l’on survit à travers les années, grâce à cet esprit de compétition positif qui est à la base du hip hop. À nos yeux, Gangstarr représente plus qu’une simple distraction. Je le résumerais en trois éléments: la musique, le savoir de la rue, la spiritualité. On essaie de représenter un canot de sauvetage pour le monde moderne qui sombre dans le chaos. On ne sauvera pas la planète tout seul, mais on peut y contribuer grâce à une musique créative qui répand un message honnête et réaliste.
Pendant qu’Eminem et Nelly fanfaronnent aux American Awards, un autre hip hop agonise. Le studio D&D, refuge de Gangstarr, en était l’ultime bastion. Il ferme ses portes à la fin du mois
Quatrième étage d’un building de la 37e rue de Manhattan, une heure du matin. «Mais qu’est ce qu’on va faire, les mecs?» Le corpulent Melachi, l’un des rappers de Group Home (deux excellents albums produits par DJ premier), n’en revient toujours pas. Il se dandine nerveusement, debout sur le seuil de la porte du bureau de D&D studio, en dévisageant les deux patrons, Doug & Dave, qui viennent de lui apprendre que leur studio dépose le bilan. Melachi liquide les dernières gorgées de son énorme canette de bière, la froisse nerveusement entre ses gros doigts comme une simple boulette de papier, puis baisse les yeux vers ses Timberland avec un profond dépit. «Je viens ici depuis que j’ai 14 ans… Et j’en ai 26 maintenant! J’y suis tellement souvent que c’est comme ma putain de résidence secondaire!» Assis derrière leur bureau recouvert de piles de papiers et d’enveloppes de courriers, Doug et Dave sourient tristement, surpris et touchés par sa réaction. Une discussion s’engage sur la santé du hip hop new-yorkais: «Tous les labels de Manhattan ont fermé: Tommy Boy, Rawkus, Loud Records…», lui explique Doug. «C’étaient nos meilleurs clients, mais le marché les a avalés. Quand tu dépenses trois cent ou quatre cents mille dollars dans une vidéo, il faut ensuite vendre beaucoup de disques pour rentabiliser. DJ Premier est toujours chez nous, à travailler dans le studio B comme d’habitude, mais ce n’est plus assez pour se payer 200 m2 à Manhattan. Avant, on venait de partout pour enregistrer chez nous: Allemagne, Japon, France… Ce n’est plus le cas. Le 11 Septembre a dissuadé le monde entier d’atterrir à New-York. Et chacun enregistre désormais dans son propre home-studio. Les gens n’achètent plus de CD, tout le monde fait des copies. Les distributeurs en souffrent, les labels meurent et nous aussi…»
S’il dramatise un peu, Doug n’est pas si loin de la vérité. Pendant qu’Eminem et Nelly fanfaronnent aux American Awards, un autre hip hop agonise. D&D en était l’ultime bastion, un peu comme les studios Stax des années 70 représentaient le côté obscur et brut de la musique noire, bien moins solvables que les productions Motown. Ce célèbre laboratoire sonore a vu naître ce rap-soul minimaliste cousu autour de l’agencement du beat, de la basse et des boucles de samples cuivrés. Quelques-uns des plus grands albums des années 90 ont été conçus ici: «Enta Da Stage» de Black Moon, le premier et le meilleur opus de Jay Z («Reasonable Doubt»), «Runaway Slave» de Showbiz and AG, quelques illustres albums de KRS One et bien sûr tous les disques de Gangstarr et les productions de DJ Premier… Autant de classiques sur lesquels on peut entendre et sentir cette texture du son propre au studio D&D, ce charme impalpable, presque mystique. Même en grattant la peinture des fresques de graffitis qui recouvrent les murs, impossible d’en révéler le mystère. Il faut connaître l’endroit sur le bout des doigts pour en transmettre l’esprit à sa musique. Les producteurs comme les propriétaires ont du mal à l’expliquer. «Ce n’est pas le meilleur équipement qui soit, tout est dans la vibration de l’endroit, la sonorité des murs… Et aussi dans la sensation de se sentir comme à la maison. Certains lieux vous invitent naturellement à vous décontracter, c’est exactement ce dont les artistes ont besoin.»
Une culture en fumée
Pour Dave Lotwin et Doug Grama, l’aventure débute dans leur quartier de Long Island, vers 1980. «Un jour, je vois une publicité pour Institute Of Audio Research à la télé. Je dis à Dave: et si on essayait de devenir vraiment ingénieur du son?» Doug aménage leur premier studio dans le Bronx avec une minuscule table de mixage quatre-pistes. Un an plus tard, grâce à leur sens aigu du commerce et de la débrouillardise et en placardant partout des centaines de publicités imprimées en noir et blanc à la photocopieuse, le studio déménage à Manhattan. Doug E Fresh et les Fat Boys sont les premiers artistes à y enregistrer un album entier. Et le studio connaît son premier succès international suite au tube international «Groove Is In The Heart» signé Deee-Lite. Le reste de l’histoire se lit en caractères minuscules sur les crédits des plus illustres albums de rap. Si D&D a grandi et vécu au rythme du hip hop depuis 20 ans, le studio fut aussi très fréquenté par des stars jamaïquaines et de la house.
A une époque, Kenny Dope réservait le studio toutes les semaines, comme Todd Terry ou Louie Vega. Un âge d’or dont il ne reste que les disques de platine et les posters dédicacés accrochés aux murs. Un parfum de nostalgie flotte autour du billard au tapis aussi râpé que les canapés de la salle d’attente. Doug et Dave s’y affalent parfois pour mieux se rappeler quelques anecdotes mémorables. «Les plus intenses souvenirs sont les discussions entre artistes», reprend Dave. «Certains soirs, il pouvait y avoir Jay Z, KRS 1, DJ Premier, Big Daddy Kane et Big L, tous enfoncés dans ces canapés à discuter. Et tu les écoutais parler du bon vieux temps comme un gamin écoute les fabuleuses histoires de son grand-père.» Certains de ces instants ont été capturés par la caméra amateur de Dave, et ils seront bientôt compilés dans un double DVD. Les deux compères n’ont pas dit leur dernier mot. «On a trouvé des locaux moins chers et plus grands à Brooklyn. Et cette fois, on a la dernière table de mixage Pro-Tools, la plus moderne.» L’authentique son digital du D&D serait donc bien mort et enterré? Peut-être pas, grâce à l’amour des artistes pour ce lieu mythique. DJ Premier, MOP et les Beatminerz réfléchissent à créer une association pour reprendre le bail de location. Car comme le déclare Guru avec amertume, «cet endroit ne peut pas disparaître. Après 20 ans d’existence, il représente un morceau de notre histoire. Sa fermeture définitive, ce serait un musée du hip hop qui brûlerait, notre culture qui partirait en fumée.» - D.C
Article publié dans le numéro 52 du magazine Vibrations (avril 2003)













Rest in Peace, Big Man
rest in peace guru je suis un rappeur underground senegal guru il ma infliance sur la hip hop j’aime des personne comme guru