
Ikonika
Photos: Churumba Vision
Depuis 1999, le festival Mutek branche Montréal à haut débit, sur l’actualité de la culture digitale et des musiques électroniques. L’édition 2010 a embrassé la nouvelle décennie avec la même philosophie : rester curieux et bon enfant.
Le volet Culture Digitale, qui s’exposait par le biais des huit programmes « Expériences » et « A/Visions », a interrogé la musique électronique sur ses limites sonores, son ludisme ainsi que son rapport avec l’image. Alors que le duo canadien Aun explorait le volume de la noise/shoegaze jusqu’à la transformer en un monolithe de musique ambiante, les Anglais de Nurse with Wound lui préféraient la tangente impro, free-jazz pour tester ses capacités à rebondir. Dans le registre de l’extrême, personne n’est allé aussi loin que Ben Frost. C’est comme s’il essayait de glisser ses doigts dans la gorge de la musique pour lui faire sortir ce qu’elle a de plus viscéral: De puissants râles de basses et de longues périodes d’agonie à 120 dB.
Tout aussi aventureux, mais plus léger, la symphonie de faxs et d’imprimantes de [The User] a amusé autant qu’interrogé sur la musicalité de ces objets quotidiens. Le duo Matmos a quant à lui prouvé que la musique électronique était un terrain d’expérimentations. Pourquoi ne pas utiliser des plaques d’aluminium et des jouets pour chien au milieu de morceaux psychédéliques et prototechno ? Ces deux-là ne se posent plus la question depuis longtemps.

Nathan Fake
La vidéo constitue souvent un prolongement des musiques électroniques, et vice et versa. Plusieurs performances ont choisi d’interroger cette relation. Par exemple, la chanteuse Videovoce diffusait sur grand écran, une projection de sa voix qui évoluait, s’étirait selon les fréquences atteintes. Intrigant. La Canadienne Freida Abtan a tenté de fusionner musique et visuels sur le thème de la liquidité et de la féminité. The Caretaker, sosie officiel de Polnareff, nous a lui entrainé dans une sorte de « Near Death Experience » en diffusant un montage sur les derniers mois de son quotidien, qui nous plaçait entre voyeurisme et hommage vidéo post-mortem. Très intrigant.
Côté dancefloor, l’édition 2010 promettait de belles choses dont de nombreuses premières mondiales et nord-américaines, certaines très attendues. À commencer par Matias Aguayo et son collectif Comemé qui ont sablé le champagne du programme des Nocturnes, dans une folie décomplexée toute latine. L’Anglais Jon Hopkins ne déchainait pas forcément les passions sur le papier, mais son live a tout simplement retourné les fans d’IDM. Tel un Arturo Brachetti du MPC, il la faisait apparaître tantôt progressive et futuriste, tantôt shoegaze ou breakée. Une claque qui allait en appeller d’autres lors de cette soirée du jeudi. Notamment, les vétérans allemands de Mouse on Mars, qui ont poursuivi leur travail de déclinaison de la musique break. Puis, Nathan Fake qui a perché tout le monde avec sa techno percussive et ouatée.

Theo Parrish
Les « bassheads » auront eu leur temps fort avec les excellentes prestations de King Midas Sound et Ikonika. Nouveau projet personnel du producteur londonien The Bug, le premier a trouvé une formule qui risque bien de faire son chemin, en radicalisant le son Massive Attack dans un dubstep abyssal. La seconde a plus que confirmé les promesses de son premier album en déposant un savant mix dubstep/techno. Enfin, le week-end s’est terminé en feu d’artifice avec les sets en plein air de Minilogue, DJ Koze et Paul Kalkbrenner, sur une petite île juste en face de Montréal. Décor bucolique pour communion électronique.
Les clubbers indoor avaient, quant à eux, l’opportunité de se trémousser sur une formule techno live avec le groupe de Guillaume & The Coutu Dumonts. L’enfant du pays a démontré que la chaleur instrumentale pouvait augmenter le degré de fièvre de la musique. De leur côté, Henrik Schwartz et Dixon s’étaient sûrement mis d’accord pour livrer des mixs techno les plus deep possible. Ce qui a eu son petit effet sur une foule déjà transpirante de plaisir. Il ne restait plus à Pépé Bradock, Moritz Von Oswald et Theo Parrish de terminer le travail, entre house filtrée et errances techno dub et jazzy.
Damien Baumal











[...] suite de l’article sur le site internet du magazine Vibrations [...]