octobre, 2011

Melvin Van Peebles

Dix disques. Ou plutôt dix musiciens choisis par le cinéaste et compositeur Melvin van Peebles pour «peupler» son île déserte. «Je ne veux pas me résoudre à choisir tel ou tel disque. Je pense plus en termes de carrière, d’artiste global.» Le réalisateur du visionnaire «Sweet Sweetback Baad Asssss Song», et ancien collaborateur du magazine Hara Kiri, nous invite à revisiter son répertoire. «J’aurais pu aussi citer Dvorak, Vivaldi, Damia et même Tri Yann, pour une de leurs chansons… Ou encore mes vieux amis d’Earth Wind and Fire, que j’ai découverts alors qu’ils galéraient sur Hollywood Boulevard. Maurice (White) était l’ami de ma secrétaire. C’est comme ça que je les ai embarqués dans mon histoire… Mais cette fois, pas dans mon île.»

Jesse Fuller
Cet auteur est mort depuis trente, quarante ans. Il a entre autres écrit une fantastique ballade: «San Francisco Bay Blues». Quand j’étais petit, dans le SouthSide à Chicago, il y avait encore des musiciens aveugles ambulants. Eh bien, Jesse Fuller me fait songer à ceux-là, même s’il n’était pas aveugle. En revanche, c’était un orchestre à lui tout seul!

Aristide Bruand
J’aime ses chansons réalistes, cet univers très «parisien», très populaire. D’ailleurs, j’en reprends dans mon spectacle. Parce que la soul, c’est quelque chose de très large, si l’on ne s’arrête pas à la seule forme musicale. C’est un état d’esprit.

Jacques Brel
J’ai toujours adoré les chansons, la musique qui raconte une histoire et qui me fait penser. Et dans le genre, Brel est un poète qui créait avec son âme.

Bobby Bluebland
Je l’adore. En fait, à un moment donné, il m’a sauvé la vie sans même le savoir. Quand «Sweet Sweetback Baad Asssss Song» était à l’affiche d’un grand théâtre, il jouait en club dans la même ville, à Atlanta. Pour faire ma pub, je l’ai invité à venir le voir. Il a adoré! Si bien que pendant son show, il a fait un break pour le dire au public. Et là, pour moi, c’était parti!

Willie Nelson
Ses chansons, sa façon de les interpréter, celle de vivre ses histoires, tout me touche chez Willie Nelson.

Toots And The Maytals
Ce n’est pas du reggae formaliste. Non, c’est de la soul jamaïcaine. La meilleure que je connaisse!

Ike et Tina Turner
Beaucoup disent qu’ils étaient au meilleur ensemble. Moi, je les prends, mais séparément. Le dernier album d’Ike est tout bonnement fantastique. Et je ne me lasse toujours pas du «Private Dancing» de Tina…

Charles Mingus
Un truc comme «Better Git It In Your Soul»! Avec Thelonious Monk, Mingus est le plus narratif, le plus expressif, des jazzmen. Il y a aussi Raashan Roland Kirk quand il reprend du Scott Joplin. Terrible!

Melvin van Peebles
A ma période A&M, mes chansons étaient du rap avant l’heure. Pas du spoken word, qui est une adaptation du style beatnik! Ecoutez donc «Hundred and Fifteenth», une histoire de basket et de drogues!

Exposition: EUROPUNK, la révolution graphique


Illustration: “Asphalt Jungle” (Skydog Records) par Loulou Picasso

EUROPUNK présente une sélection d’objets qui, d’une manière ou d’une autre, cristallisent le zeitgeist du mouvement punk européen

Dans la culture anglophone, les qualités esthétiques et culturelles des mods, punks et autres gothiques sont depuis longtemps des indicateurs indispensables dès qu’on traite des mutations touchant les franges juvéniles.Dès le milieu des années 70, une génération de jeunes sociologues, rattachés au CCCS de Birmingham, posaient les jalons de ce qui allait devenir les cultural studies. A l’origine, leurs travaux visaient essentiellement à démystifier des pratiques sociales qui tendaient à être de plus en plus fréquemment stigmatisées, voire même diabolisées, par les médias et l’opinion publique.

Posée sommairement, la fonction des sous-cultures visait avant tout à compenser des lacunes ou à résoudre certaines contradictions héritées de la génération précédente. Ces diverses formes de rituels se présentaient comme des réponses pour gagner de l’espace, se construire une relative autonomie. Les musiques populaires, ainsi que les différents lieux, les médias et les vêtements qui leur étaient associés, devenaient des marqueurs privilégier pour affirmer des identités et des styles de vie alternatifs et spectaculaires.

Plus de trente ans après son apogée, les procédures de canonisation des formes d’expressions propres aux sous-cultures semblent timidement se mettre en place dans le monde francophone. Par exemple, il aura fallu plus de trente ans pour que l’étude sémiologique de Dick Hebdige sur le mouvement punk, “Subculture: The Meaning of Style”, fasse enfin l’objet d’une traduction.

Cet univers constitue le thème d’”EUROPUNK, la culture visuelle punk en Europe, 1976-1980″, une exposition proposée par Éric de Chassey et Fabrice Stroun à la Villa Médicis de Rome. Cette exploration des franges indignes de l’histoire de l’art, permet de (re)découvrir notamment l’approche radicale des membres légendaires Bazooka. Portés par un goût pour la subversion hérité du situationnisme, les membres de ce collectif parisiens ont hardiment sabordé les normes et les conventions graphiques de cette période.

De Actuel à Metal Hurlant, en passant par des pochettes pour Elvis Costello ou Starshooter, on retrouve leurs collages DIY dans une bonne partie de la presse alternative française de la deuxième moitié des années 70. Leur sens de l’activisme proche du commando a pris une dimension particulière en 1977. Suite à une requête de Serge July, Bazooka avait été convié à réorganiser à leur guise le contenu du journal avant que les épreuves ne partent à l’impression.

EXPOSITION

  • Villa Médicis / Rome du 21 janvier au 20 mars 2011
  • Mamco / Genève du 8 juin au 18 septembre.

SITES

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Afrobeat: Professor Wouassa, une bande de kokos


Photo: Céline Michel

Après le jazz éthiopianiste de l’Imperial Tiger Orchestra, un autre groupe romand dénommé Professor Wouassa nous invite à explorer l’héritage des diverses traditions issues du continent africain. Afrobeat, high-life ou ethio-jazz, les six musiciens compulsent les genres pour offrir un son original et une énergie redoutable.

Pour ce premier album, le professeur s’est entouré d’autres experts dans le domaine avec Black Cracker (Grand Pianoramax), de Korbo (Fanga), de Didier Awadi (Positive Black Soul) ou encore de Duke Amayo et Chico Mann d’Antibalas. “Dangerous Koko!” a également été mixé et masterisé par Jason Jaknunas du Soul Jazz Orchestra.

Professor Wouassa, Intro, “Dangerous Koko!” (2011) Intro by Professor Wouassa

Cool Zen feat. Duke Amayo (Antibalas), “Dangerous Koko!” (2011) Cool Zen feat. Duke Amayo (Antibalas) by Professor Wouassa

CONCERT

  • 04.02.11 Le Bourg / Lausanne

  • 05.02.11 Chat Noir / Genève

  • 12.02.11 L’Hacienda / Sierre

  • 01.04.11 Cully Jazz Festival (1ère partie de Seun Kuti & Egypt 80)

ALBUM

  • Professor Wouassa, “Dangerous Koko!” (Chiz Records / Namskeio Distribution), sortie le 04.02.11

Expérience: Girl Talk, l’ordinateur en sueur


En offrant une nouvelle série de mashups avec “All Day”, Girl Talk mettait un terme à une décennie décisive en matière de propriétés intellectuelles et de droits d’auteurs

Le 15 novembre dernier, le label Illegal Records marquait un grand coup en offrant “All Day”, le cinquième album de Gregg Gillis, aka Girl Talk, en téléchargement gratuit. Assailli par des dizaines de milliers de fans, leur serveur a même fini par crashé, amplifiant encore un peu plus la légende du producteur de Pittsburgh dans les différentes arcanes du Web 2.0. Une reconnaissance telle que la ville de Pennsylvanie, où batifolait également le jeune Andy Warhol, a même décrété le 7 décembre comme étant le “Gregg Gillis Day”.

Une manière involontaire de nous rappeler le Grey Tuesday, lorsque The Grey Album de Danger Mouse avait été mis en ligne par des centaines de fans à travers le monde suite à son interdiction par EMI. C’était le 24 février 2004 et grâce à cette combinaison de la voix du rapper de Marcy et des mélodies des icônes de Liverpool, le grand public découvrait les nivellements apportés à la pop music par les bootlegs et autres mashups. De plus, l’abandon des poursuites judiciaires par les maisons de disques avait officieusement contribué à la reconnaissance de pratiques déjà exploitées depuis quelques années à travers les remixes ou les versions.

Un mashup consiste à utiliser deux, ou plusieurs morceaux, afin de composer un morceau inédit. Le vieux et l’actuel, le kitsch et le sérieux, le riffs et les kicks, le folk, le hip-hop, la house, etc., peu importe les époques ou les genres, tout est potentiellement apte à être combiné afin d’offrir de nouvelles directions esthétiques. Tournant définitivement le dos à quelques idéaux artistiques telles que l’authenticité ou l’unicité, Girl Talk est probablement le personnage le plus emblématique de cette tendance. Chacun de ses albums ou de ses lives est ainsi submergé par des essaims d’extraits, “All Day” en compte 373 au total, qui se fondent et s’entrechoquent les uns avec les autres avec un entrain frénétique.

AIMER TOUT, A PRIORI

De plus, pour parfaire ce plaisir échangiste, il opère ces citations en toute illégalité, mettant le doigt sur les problèmes de désynchronisations qui touchent l’industrie musicale à l’ère de la reproductivité numérique. En effet, dans “Good Copy Bad Copy“, il explique que cela prendrait tellement de temps et d’argent pour obtenir les droits sur tous les morceaux, que cela rendait l’opération totalement impossible. Plutôt que de se sentir brider face à toutes ces tracasseries, Gillis a choisi un credo très simple: “Rien à cirer”.

A l’écoute de ces cultes du syncrétisme et de la transpiration, on peine à imaginer que c’est dans les atmosphères flegmatiques de la musique expérimentale et bruitiste que Gregg Gillis a fait ses premiers pas. Comme il l’explique dans un article du New York Times, il s’est peu à peu ouvert en suivant un principe du type. “Plutôt que de partir que je n’aime pas a priori, j’ai préféré partir du principe que j’aimais tout, jusqu’au moment où je suis convaincu que non“. Devenant en quelque sorte fan de toutes les musiques, il s’est engagé à traduire cette curiosité gourmande à travers ces productions “Je me suis simplement dit que si tout cela pouvait partager le même toit, ça pourrait donner une pagaille plutôt intéressante“.

Collecter, échantillonner, combiner, archiver, etc. les nouveaux logiciels lui ont permis de transformer l’art du sampling en une véritable procédure scientifique. Le résultat est plus que satisfaisant, en particulier lors de ses performances live qui semblent tendre vers une sorte de climax perpétuel. Tel un nerd sorti de sa boîte, les exultations de Gillis parviennent même à donner à l’ordinateur une aura toute rock’n'roll. Décidement, quelque chose a bel et bien changé durant cette décennie…

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Hors Série: David Bowie, l’homme qui venait d’ailleurs


Photo: KM Mazur ©Wire Images

Est-il David Robert Jones ou David Bowie ? Ziggy Stardust ou Thin White Duke ? Sa musique est-elle pop, rock, soul ou electro ? Aucun artiste de pop music ne s’est autant transformé dans sa carrière que David Bowie. Véritable éponge et avide de nouveautés, David Bowie a créé l’artiste pop ultime, canalisant les énergies autour de lui et donnant à son tour de nouvelles pistes à suivre pour des générations de jeunes musiciens.

Pourtant, les débuts n’ont pas été simples et ses tenues et attitudes provocantes ont été autant de freins au lancement de sa carrière qui démarre véritablement avec le succès de « Space Oddity » (1969) et la vogue du Glam-rock (T-Rex, Garry Glitter). Mais Bowie ne reste pas en place, ne se laisse pas cataloguer. Il sort son plus gros succès en 1972, l’album The Rise And The Fall Of Ziggy Stardust, détruit son personnage devenu trop envahissant et part conquérir l’Amérique avec un disque de soul (Young Americans).

Sa trilogie berlinoise (”Low”, “Heroes” et “Lodger”) clôt véritablement un cycle. Mais l’artiste continue à être créatif tout au long des années 80 et 90. Il fonde le groupe Tin Machine, puis se frotte aux genres electro et drum’n’bass. Aujourd’hui, on n’attend plus que son retour. Dans le grand brassage des musiques actuelles, David Bowie reste l’étoile majeure à laquelle se réfère la musique pop.

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Tété

Dix disques. Ceux qu’emporteraient le chanteur et guitariste Tété dans son île, qu’il n’imagine « pas forcément tropicale, mais plutôt verte, avec des forêts et des prairies, genre l’Irlande. Avec une petite laine et du tweed… ».

John Coltrane “My Favorite Things”
Tous ses albums en général, sauf les live que j’ai découverts plus tard et qui correspondent à une autre période de ma vie. C’est le son que ma mère écoutait quand j’étais gamin. Du coup, je trouve ça rassurant.

The Temptations “Wish It Would Rain”
Cet album que j’ai découvert en mai 2003 lors d’un voyage à Montréal a clos une période de deux ans où j’ai beaucoup bloqué sur la période des années 70. C’est la bande-son d’un moment-charnière de ma vie.

The Beatles “La compilation Bleue”
Le dimanche après-midi en famille, entre cinq et neuf ans. Pendant longtemps, je n’ai connu que ce disque d’eux. Et puis, j’ai découvert tout le reste. Enorme. C’est un groupe qui balise ta vie, sur lequel tu reviens régulièrement. A chaque fois, tu découvres d’autres choses.

Tom Waits “Rain Dogs”
Tous les disques jusqu’à Black Rider. C’est encore lié à ma mère, c’est toujours affectif. J’ai détesté ça pendant des années et puis un jour, j’ai découvert ses mélodies, ses parti-pris. Magnifique.

Keziah Jones “Blue Funk Is A Fact”
Dix-sept ans, la claque ! C’est lui qui a ouvert cette porte-là : montrer qu’avec une guitare, on pouvait aller n’importe où, recréer sa bulle. On peut être noir et jouer sur tous les registres… Cet album, c’est aussi et surtout une couleur, quelque chose de mélancolique qui n’a rien de larmoyant. Il y a là une vraie énergie, une réelle classe.

Jimi Hendrix “Axis Bold As Love”
Pour le personnage, pour la musique, pour les parties de guitare. Les versions studio, ça m’a scotché ! Du blues métissé à une espèce de pop révolutionnaire, en phase avec l’époque. Freaky et funky. Il l’a fait comme ça, et sûr qu’il serait allé beaucoup plus loin si…

The Cardigans “Emmerdale”
Il y a deux époques chez ce groupe. Les premiers disques sortis sur le label suédois Trampolene s’appuyaient sur de superbes arrangements, avec des hautbois, une batterie et une guitare jazz jouées avec une énergie pop, quelque chose de sucré-acidulé. Cet album que j’ai découvert à mes vingt ans est un bon témoignage de ma vie et de ma sensibilité à cette époque.

Bob Marley “Catch A Fire”
Je choisis les mixes jamaïcains, ceux qui sont ressortis il y a deux ans. Juste avant que Chris Blackwell ne mette les guitares rock pour réussir le crossover. Il y a un son âpre, avec une basse chaleureuse, un côté crépusculaire et prophétique dans le son. Sombre et sexuel.

Bob Dylan “Free Wheelin”
Tous ces morceaux que j’ai toujours écoutés sans savoir que c’était lui… Voilà un album fondamental, avec ce retour du folk américain, entre blues et country, et par-dessus, la poésie beat.

Urban Dance Squad “Persona Non Grata”
Le groupe mythique de mes quinze ans ! Les premiers en Europe à mélanger funk, rap et rock. La réponse aux Red Hot Chili Peppers. En plus “Persona Non Grata” est un disque de blues précurseur, terriblement moins ennuyeux et convenu que tous ceux qui les ont suivis.

CONCERTS

  • 04.02.11 Le Cargo / Caen
  • 05.02.11 Espace Jean Lurcat / Juvisy Sur Orge
  • 26.02.11 Espace Montgolfier / Davezieux
  • 11.03.11 Espace Culturel André Malraux /Six-fours-les-plages
  • 17.03.11 Festival Chorus au Magic Mirror / Courbevoie
  • 19.03.11 Salle de l’Agora / Commentry
  • 25.03.11 Salle Verdun / L’Aigle
  • 26.03.11 Salle des fêtes / Coutances, FRANCE

Club: 10 producteurs à suivre en 2011


Le magazine anglais Fact présente dix jeunes producteurs à suivre en 2011. Des nouvelles fragrances du dubstep et du UK funky, en passant par le revival 80’s, cette sélection offre un très bon panorama des tendances actuelles en matière de club culture.

Le premier de la série, qui est âgé de 18, s’appelle Melé et fait déjà preuve d’une sérieuse maturité. Actif dans la musique depuis quatre années, il admet que ses seules références à cette époque étaient Dr. Dre, Dave Clarke et So Solid et définit son style quelque part entre la house et le grime Un EP est annoncé sur le label de Sinden, Grizzly Records.

Producers to Watch 2011: #1 Mele by factmag

Quelques part entre le hip-hop, le r’n'b et le UK Funky, Brenmar est originaire de Chicago mais vit à New York depuis quelques années pour incorporer le groupe These are powers. Un mini EP est prévu sur le label de Ikonika et d’Optimum, Hum & Buz, et un single doit également sortir sur le label de Sinden dans le courant de l’année.

Producers to Watch 2011 #2: Brenmar by factmag

Superisk est basé à Bristol et, accompagné de cinq vocalistes, il fait partie du collectif Central Spillz. L’introduction, toute en variations polyphoniques, démontre qu’il dispose d’une vaste palette de références pour composer des textures atmosphèriques et vrillées.

FACT Producers to Watch 2011 #3: Superisk by factmag

Trio émergent de la scène UK Funky, le trio de Funkystepz a poussé le genre vers des zones proches du bleep, produit des rythmes sautillants, à la limite excédants. For U constitue un classique dans le genre et leur single Fuller sortira le mois prochaine chez Hyperdub.

FACT Producers to Watch #4: Funkystepz by factmag

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Rock: Wire, un groupe obscur


Issu du bouillonnement punk rock anglais des années 70, Wire a rapidement acquis un statut particulier grâce à trois premiers albums très influents. La suite de leur carrière, en grande partie inspirée par une posture résolument situationniste, consistera à élargir toujours plus le champ des possibles. Le trio se gagnera ainsi une réputation d’expérimentateurs en élaborant des structures originales, accompagnés de paroles aux contenus souvent obscurs et d’arrangements toujours plus atmosphériques.

Après une courte séparation au début des années 80, le groupe se reforme tout en décidant de ne pas rejouer leur ancien répertoire et d’intégrer des instruments électroniques. Des Cure à Black Flag, en passant par Fisherspooner, Wire a eu une influence très large sur différents courants et à continué à sortir sporadiquement des albums jusqu’à l’annonce de cette longue tournée.

CONCERTS

  • 12.02.11 Point Ephémère / Paris
  • 24.02.11 Les Docks / Lausanne

Wire, The 15th (live à la télévision allemande, 1979)

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Film sur l’album “Tongues” de Steve Reid et Kieran Hebden

Hip-hop: Chief, la bonne école


Après les collaborations fécondes à l’origine de son projet précédent, Chief revient en solo avec une collection d’instrumentaux regroupé dans le projet “Drone Beats & Electric Waves”. Comme à son habitude, il s’inspire de différents styles musicaux pour composer des atmosphères downtempo, traversées par quelques résonances spectrales. Avec ce cocktail parfaitement maîtrisé, il ne fait aucun doute que le jeune producteur marche dans les pas de toute une tradition d’illustres prédécesseurs, de DJ Spinna à Flying Lotus.

ALBUM

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Exposition: CCS, les transfigurations de l’écho


Jeremy Deller, Bless the acid house (2005)

La première programmation de 2011 du Centre culturel suisse de Paris (CCS) est consacrée à la musique et en particulier aux rapports entre arts visuels et musique. Les artistes plasticiens s’intéressent à la musique de multiples façons, établissant souvent diffférentes formes d’échanges réciproques.

De la correspondance entre Arnold Schönberg et Wassily Kandinsky au film “Rock my religion” de Dan Graham (1984), de l’intérêt de Piet Mondrian pour le jazz et le boogie-woogie aux affinités électives entre Steve Reich, Philip Glass, Richard Serra, Sol Lewitt, Bruce Nauman ou encore Michael Snow, en passant par les nombreuses pochettes de disques conçues par des plasticiens ou des figures essentielles actives dans les deux disciplines comme Laurie Anderson ou Christian Marclay, le champ de convergence entre les deux formes artistiques est riche et fertile.

Parallèlement aux deux expositions programmées, le CCS a souhaité impliquer des artistes présents dans l’exposition comme Saâdane Afif ou Hugues Reip dans la conception des soirées et permettre de nouvelles collaborations artistiques inédites. Une série de concert sera notamment organisée dans laquelle on retrouvera le groupe GOL et le musicien Anton Bruhin ((23.02), That Summer, Vale Poher et Rainier Lericolais (25.02), Rhys Chatham jouera avec le batteur Christian Pahud (1.03). Ce dernier présentera encore une performance avec le groupe SpliTt (3.03)

EXPOSITION

  • 28.01.11 - 10.04.11 “Echoes” / Centre Culturel Suisse - Paris

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Roy Ayers

Dix disques, ceux qu’emporterait le vibraphoniste Roy Ayers sur son île, lui qui s’en contenterait finalement d’un seul, «Kind of Blue» de Miles Davis, mais qui a consenti à élargir sa liste, non sans difficulté.

Miles Davis “Kind Of Blue”
Mon disque favori de tous les temps. Miles est l’un de mes héros, la quintessence du cool. Il n’essayait pas d’être cool. Il l’était par nature. J’ai toujours rêvé de jouer avec lui, mais malheureusement, il ne m’a jamais appelé. On se connaissait pourtant. Lorsque j’ai joué avec Herbie, celui-ci m’a prévenu. Il m’a dit: «Lorsque tu es à côté de Miles, contracte toujours tes abdos, car à tout moment il peut t’envoyer un direct au foie, pas pour te faire mal, non, juste pour te tester, pour voir si tu es en condition.» J’ai appliqué ses conseils à la lettre. Et un beau jour, j’ai eu droit à mon direct au foie!

Marvin Gaye “What’s Going On”
Cet album touche au divin. Il n’est qu’à voir les titres des morceaux: «Flying High (In The Friendly Sky)», «Save The Children», «God Is Love»… Quand aux paroles, c’est bien simple, on dirait que Dieu s’exprime à travers les mots de Marvin.

Erykah Badu “Mama’s Gun”
Je joue sur un titre de cet album, «Cleva», sur lequel sa voix se mélange très bien à mon vibraphone. D’ailleurs je l’ai invitée en retour sur mon prochain album.

Stevie Wonder “Innervisions”
Un timing parfait, du style, des chansons toutes plus incroyables les unes que les autres. Bref, un classique.

Prince “1999″
Chez lui, j’aime la dimension mystérieuse et mystique. Le côté sexy de sa musique également.

Pharell Williams “Frontin’”
Je ne savais pas qu’il était capable de chanter comme ça, avec ce merveilleux falsetto. Pas de doute, ce type est doué.

Merry Clayton
C’est une diva de la vieille école. Elle a commencé sa carrière derrière Ray Charles, mais elle est surtout célèbre pour sa participation à «Gimme Shelter» des Rolling Stones. Elle chante sur «Brand New Feeling», le premier single tiré de mon album «Virgin Ubiquity», avec Carla Vaughn. Je leur avais juste donné les paroles et une vague ligne mélodique, pour qu’elles s’amusent, mais elles se sont tiré la bourre, quelque chose de sérieux. Chacune voulait surclasser l’autre. Au final, elles chantent toutes deux tellement bien que c’en est ridicule.

Lionel Hampton “Flying Home”
L’Amérique serait dans un belle merde sans Lionel Hampton. Lui et Armstrong sont les deux meilleurs ambassadeurs que ce pays ait jamais eus.

Sly Stone “Stand”
À cause de cette phrase, dans le morceau-titre, qui dit: «There’s a midget standing tall and a giant besides him about to fall.» Incroyable! J’en suis encore sur le cul.

Quincy Jones “Gula Matari”
Je l’adore pour sa palette de couleurs, à nul autre pareil. Il est capable de marier les timbres et les harmonies comme personne. Idem pour ce qui est de mélanger les instruments acoustiques avec l’électronique. Et puis, il est incroyablement polyvalent. À une époque, il avait tellement de commandes de musiques de film qu’il refilait en douce le boulot à des gars comme Gerald Wilson, Oliver Nelson, Shorty Rodger et Benny Golson. Mais une fois qu’ils avaient abattu le gros du travail, il reprenait leurs partitions et en deux temps trois mouvements, il y ajoutait sa touche personnelle, de manière à ce que personne ne puisse soupçonner quelque chose.

Propos recueillis par Vincent Tarrière

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Club: Chase & Status, une réalité augmentée


En décembre dernier, une vidéo créait un buzz conséquent sur Internet. On peut y suivre les pérégrinations d’un groupe de jeunes mancuniens dans une rave party au début des années 90. Grâce à un style home video très réaliste, on est rapidement plongé dans l’authenticité de ces fêtards à l’accent tranché au point de se laisser emporter par quelques remontées d’empathie.

La préparation du matos, les coups de fil agités, les virées en voitures, la communion extatique et quelques grincements de dents dans les brumes matinales, on ne manque pas d’être impressionné par l’éventail et la précision des détails de ces escapades historiques. Pour un peu, on ne prête pas vraiment attention à la superposition d’une bande-son aux relents d’acid-house quelque peu anachronique.

Le titre du morceau, intitulé “Blind Faith” de Chase & Status avec Liam Bailey, donne pourtant un indice de lecture précieux. En effet, ce que l’on prend aveuglément comme une vidéo d’époque authentique consiste en réalité en une reconstitution parfaitement orchestrée par Daniel Wolfe. Le réalisateur et son équipe avaient déjà démontré un certain talent pour les faux-semblants accompagnant Life Goes Down de Plan B. Avec cette recomposition plus intimiste et confondante, ils atteignent encore un niveau de perfection supplémentaire.

Chase & Status, Blind Faith, feat. Liam Bailey (Dir. Daniel Wolfe)

Chase & Status ‘Blind Faith’ Directors Cut from Trim Editing on Vimeo.

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Label: 7even Recordings, basses de Nantes à Tokyo


Fondé à l’époque des tous premiers wobbles du mouvement dubstep, le label français 7even recordings s’est rapidement distingué en gravant un sillon original, entre dubstep, techno et house. Encensé par Mary Anne Hobbs et tracklisté par de nombreux DJs, le catalogue de ce jeune label s’impose petit à petit dans la bass music. Greg G, son fondateur, raconte sa découverte du dubstep et l’évolution humaine de son label.

Comment as-tu découvert le dubstep ?

Ca a été une progression logique. Mes amis du crew L.A. Represent et moi même présentions une émission de radio pendant plusieurs années sur les stations Jet FM et Prun’ à Nantes. Nous passions déjà des mixs jungle, drum&bass, UK garage, grime, breakbeat. Le dubstep n’est qu’une composante de ce pan de la musique underground britannique que nous avons toujours suivi.

Comment t’es venue l’idée de fonder 7even Recordings ?

Cela est venu des nombreuses rencontres que j’ai pu faire grâce aux soirées Basement Ltd. que j’organisais au Nouveau Casino de Paris avec Synaptic. Grâce à ces soirées et au forum créé par Synaptic, nous avons pu faire connaissance avec tous les acteurs d’un mouvement français encore microscopique. Au même moment, j’ai eu une discussion avec Likhan’, un de mes amis de L.A. Represent. Il composait des morceaux depuis plusieurs années, que nous jouions à l’occasion dans les soirées. Je lui ai dit : « Pressons 300 copies de tes deux morceaux, ‘Terre’ et ‘Uwill’, et voyons si ça peut intéresser du monde”. En une semaine les 300 copies étaient écoulées.

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Le Batman de Sun Ra en LP

Le légendaire album que Sun Ra avait enregistré sur les aventures de Batman et Robin a été réédité en vinyle par Universe.

Club: Lefto & Simbad, la grande famille


Comme première résolution de ce début d’année, Gilles Peterson a décidé d’élargir un peu plus le cercle des collaborations au sein de son label grâce à la série Worldwide Family. Il demande à deux DJ’s de proposer un mix susceptible de saisir les sensibilités du moment en matière de breakbeat et de grooves globalisés.

Pour ce premier volume, c’est le Bruxellois Lefto et le franco-londonien Simbad qui proposent leurs sélections respectives. De Cooly G à Kalbata, en passant par Onra ou Ku Bo, ces 27 titres défrichent l’évolution du paysage sonore en matière de breakbeat pour les mois à venir.

ALBUM

  • Lefto & Simbad “Worldwide Family Volume 1″ (Broownswood)

Lefto & Simbad present Worldwide Family Vol.1 // Lefto Teaser by Brownswood

Lefto & Simbad present Worldwide Family Vol.1 // Simbad Teaser by Brownswood

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Expérience: Pierre Schaeffer, une réflexion visionnaire


Photo: Pierre Schaeffer au GRM (1967), Laszlo Ruszka ©ina

“En rencontrant Pierre Schaeffer, j’ai eu immédiatement le sentiment d’avoir trouvé ce que serait le sens de ma vie de musicien: l’excitation toujours intacte de fabriquer des objets sonores que ce soit devant un magnétophone, avec de la bande magnétique, des ciseaux et du scotch, devant un synthétiseur analogique ou enfin devant un ordinateur aujourd’hui, grâce aux logiciels numériques”. C’est ainsi que que Jean-Michel Jarre évoque l’influence décisive de Schaeffer alors qu’il suivait des cours au GRM (Groupe de Recherches Musicales) au tournant des années 60.

En prônant une approche expérimentale de la musique fondée avant tout sur les sons, les objets sonores, plutôt que sur les notes ou les harmonies, il a participé de manière décisive à faire concorder l’expérience musicale avec les avancées technologiques de son temps. À ce titre, c’est en grande partie grâce à des différents mandats au sein des départements de recherche des services de radio et de télédiffusion que Schaeffer peut opérer ses manipulations hors-norme de la matière sonore. C’est là notammentqu’il développe certains outils inédits par exemple le loop qui avec l’avènement des techniques d’échantillonnage dans les musiques populaires.

Pour fêter le 100e anniversaire de sa naissance, les Disques Dreyfus ont édité un vinyle en série limitée. Grâce à “5 études de bruits” (1948) et « Études d’objets” (1956), cet hommage offre un aperçu synthétique des origines de la musique concrète. A savoir, cette aptitude à créer de la musique avec n’importe quel son. Les énoncés scientifiques des morceaux, du séminal Études aux chemins de fer aux Objets rassemblés, témoignent de cette mise à distance des normes de la tradition musicale.

Une belle manière de relever l’influence déterminante que les visions du père de la musique concrète a pu avoir dans l’histoire de la musique électronique. En effet, comme le souligne Jean-Michel Jarre, “de Pierre Henry à Daft Punk, de Pink Floyd à Aphex Twin, de tous les styles de compositions contemporaines au travail des DJ’s, la musique telle qu’on la conçoit aujourd’hui n’existerait pas sans l’extraordinaire réflexion visionnaire de Schaeffer”.

ALBUM

  • Pierre Schaeffer, “5 études de bruits 5 études aux objets” (Disques Dreyfus)

Pierre Schaeffer, “etude aux chemins de fer” (1948)

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Janelle Monae, “The ArcAndroid” (Atlantic)

Konono n°1, “Assume Crash Position” (Crammed)

Marc Ribot, “Silent Movies” (PI recordings)

Afrocubism, s/t (World Circuit)

Gil Scott Heron, “I’m New Here” (XL)

Sophie Hunger, “1983″ (Universal Jazz)

The Black Keys, “Brothers” (Nonesuch)

Aloe Blacc, “Good Things” (Stones Throw)

Galactic, “Ya-Ka-May” (Anti-)

Chocolate Genius Inc, “Swansong” (One Little Indian)

Femi Kuti, “Africa For Africa” (Label Maison)

Robert Wyatt and Gilad Atzmon, “For the Ghosts Within” (Domino)

Hindi Zahra, “Hand Made” (Blue Note)

Chucho Valdes, “Chucho’s Step” (World Village)

Miles Davis, “Bitches Brew Boxset” (Sony)

Les activités sur le site reprennent le 6.01.11





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