octobre, 2011

Hip-hop: Pigeon John, l’air de rien


Les sourcils en circonflexes et l’air espiègle, John Kenneth Dunkin est à l’image du personnage dont il narre les péripéties dans des albums aux noms explicites, comme « Pigeon John Is Dating Your Sister » ou « Pigeon John Sings the Blues ». Avec « Dragon Slayer », on aurait plutôt quelque chose du type, Pigeon John s’initie à l’art de l’orchestration. En effet, après un premier essait particulièrement convaincant avec sur le titre Before We’re Gone, le rapper de Los Angeles était d’autant plus enthousiaste à déléguer l’intégralité de la production de son album à Hervé. « Jusque-là, j’avais toujours composé mes morceaux moi-même à l’aide d’un échantillonneur, » précise-t-il.

A ce titre, j’ai toujours considéré que le fait de rechercher une boucle sur un disque constitue déjà une forme d’écriture musicale. Du même coup, mon principal instrument c’est mon oreille. C’était donc une expérience magnifique d’entendre les petites mélodies qui traînaient dans le fond de ma tête de prendre forme de cette façon ». Certains titres, comme le bien nommé The Bomb, s’inspirent de l’énergie de Chuck Berry. De manière générale, l’album évoque une version hip-hop de l’insouciance californienne des années 50 et se présente comme un antidote à la morosité. « Brian Wilson, les belles voitures,les jolies filles…. Avec moi ce n’est pas la peine d’aller chercher plus loin », lance-t-il pour exprimer ça vision du hip-hop.

“D’ailleurs, je ne sais pas ce qui rend la côte ouest tellement particulière. Est-ce à cause du climat ? de l’herbe ? des femmes ? Même si j’essaie de faire du Mobb Deep, ça sortira toujours de manière totalement différente.” Une des raisons de ce décalage résulte peut-être également de règles de courtoisie qui ont guidé le parcours de Pigeon John dans l’univers du hip-hop. Après des débuts dans des circuits de groupes chrétiens, il a fréquenté assidûment les soirées du Good Life Café de Los Angeles durant lesquelles il était interdit de jurer ou d’utiliser des formules dégradantes. Même si c’est là que Jurassic 5 et les Black Eyed Peas ont débuté, John reconnaît que ce « n’était pas vraiment la meilleure manière pour faire partie des cool kids dans la cour d’école. » Ce statut de nerd l’a cependant aidé à trouver et assumer ce style singulier qui le démarque de tous les rappers de sa génération.

Extrait d’un article paru dans le magazine Vibrations n° 133 (avril 2011)

CONCERTS

  • 02.07.11 St-Denis de Gastines / Festival Au Foin De La Rue
  • 06.07.11 Paris / La Plage de Glaz’art
  • 07.07.11 Dijon / Festival Dièse
  • 08.07.11 Mulhouse / Bêtes de Scène
  • 09.07.11 Coutras / Festival Confluences
  • 10.07.11 Payzac / Les Quartiers De Lune
  • 16.07.11 Tarnos / Les Océaniques
  • 20.07.11 Arles / Les Escales Du Cargo
  • 21.07.11 Port Grimaud / Plage De Rock
  • 22.07.11 Nyon / Paléo Festival

Pigeon John, The Bomb, “Dragon Slayer” (2010)

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Erykah Badu aux platines

Erykah Badu est sur le point de sortir une mixtape sous le nom de Lo Down Loretta Brown. Le projet, plutôt orienté dance music, va selon elle faire fondre n’importe quel DJ.

Brésil: Pernambuco, l’autre vague psychédélique


Une compilation revient sur la période psychédélique brésilienne, plus particulièrement à Pernambuco, un état situé dans le Nordeste dont la principale ville est Recife. L’influence des migrations diasporiques a toujours été très présente dans le paysage culturel. Ce n’est peut-être pas une coïncidence si les deux figures majeures du mouvement tropicalisent Caetano Veloso et Gilberto Gil est originaire de Bahia.

Il n’est par conséquent pas surprenant que l’état voisin de Pernambuco vive également sa révolution psychédélique. Vers la fin des années 60 et le début des années 70, Zé Ramalho, Lula Côrtes & Alceu Valença ou Marconi Notaro se sont laissés emporter par la contagion révolutionnaire de cette période en teintant leur musiques de fragrances orientales ou de manipulation originale en matière de postproduction.

En prônant des paroles et des attitudes subversives, ces musiciens ont également subi de manière plus ou moins soutenue les mesures répressives du régime militaire. Lors d’un fameux épisode, Lula Côrtes & Zé Ramalho ont notamment été forcés de se réfugier dans la forêt bordant Récife pour enregistrer leur album “Paebiru”, un classique du courant psychédélique brésilien. Mr Bongo revient sur cette période avec cette vingtaine de titres qui présentent une face beaucoup moins connue du tropicalisme et qui permet surtout de rendre un bel hommage à Lula Côrtes qui est décédé en mars dernier.

Pour les personnes intéressées à découvrir l’actualité de la musique de Pernambuco, cette trilogie de podcast offre un éventail particulièrement représentatif.

COMPILATION

Lula Cortes & Zé Ramalho, “Maracas de Fogo” (1975)

» VOIR LA TRACKLIST

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Soweto Kinch

S’il devait quitter son Angleterre natale pour une autre île, le saxophoniste et MC Soweto Kinch aurait à choisir entre la Jamaïque de sa mère et la Barbade de son père. Pour varier les plaisirs entre soundsystems et steel-bands, voici les albums qui l’accompagneraient jusqu’au bout du monde.


Max Roach “Percussion Bitter Sweet”
Il y a chez Max Roach une philosophie politique, une conscience de sa culture et de son héritage, qui m’inspire énormément. La première chanson, « Garvey’s Ghost », est une sorte d’ode au panafricanisme, mais c’est l’ensemble, la manière dont chante Abbey Lincoln, la mélodie, le son particulier du groupe avec Booker Little, Eric Dolphy… Un casting incroyable, une musique intemporelle, qui conforte mon rêve d’une utopie panafricaine où la musique et les idées progressent ensemble.

Seamus Blake “Stranger Things Have Happened”
Je suis grand fan de Seamus Blake, qui est un formidable saxophoniste ténor contemporain. C’est un album surprenant, basé sur une écriture qui évoque plutôt l’indie rock. Il est accompagné de fabuleux musiciens dont Kurt Rosenwinkel à la guitare, et l’ensemble passe d’un swing rageur à un morceau chanté avec « Northern Light », dans un contraste inattendu et rafraîchissant. Une preuve supplémentaire de ce que disait Duke Ellington : il n’y a que deux types de musique, la bonne et la mauvaise. Un disque qui m’a confirmé qu’il est légitime de combiner le jazz et le hip-hop, si je le sens comme ça.

Fela Kuti “Zombie”
Là encore, en raison de sa capacité à faire de la musique pour provoquer un changement politique, adresser un message social profond. Sa dénonciation du rôle de l’armée, du cynisme du gouvernement, est d’autant plus forte qu’elle est servie par une musique abrasive, contagieuse, qui pousse à la transe. C’est si puissant que tu en oublies où tu es. L’afrobeat, et Fela Kuti qui en est le pionnier, sont incontournables.

Wayne Shorter “JuJu”
Je pense qu’on a tous un album qui a marqué notre adolescence en nous ouvrant un univers musical et je ne peux pas imaginer de meilleure façon de découvrir le jazz que ce disque. Les mélodies, le sens de l’espace et la manière d’improviser de Wayne Shorter, les musiciens qu’il a choisi, avec Elvin Jones et McCoy Tyner… Je peux encore chanter les solos de « Yes or No », « Mahjong », « House of Jade », je me rappelle de toutes les compositions comme si c’était hier.

Madvillain “Madvillainy”
C’est à mon sens une des meilleures rencontres entre deux artistes, autant qu’une référence majeure pour le hip-hop de ces dix dernières années. Des beats et des rimes extraordinaires, des concepts, cette relation symbiotique entre les mots de MF Doom et les pistes de Madlib, pfff… Toutes les chansons de l’album sont incroyables, « Accordion », « Meat Grinder », « Rainbows », « Curls »…

Jimi Hendrix “Electric Ladyland”
C’est un peu la même histoire qu’avec JuJu de Wayne Shorter, j’ai découvert cette musique à l’adolescence. Je crois que Levi’s avait acheté les droits de « Crosstown Traffic » pour une pub TV à l’époque. Ca m’a retourné la tête et je me suis mis à écouter tous les disques d’Hendrix. J’ai beau être passé à autre chose depuis, c’est la même claque chaque fois que je le réécoute. La musique de Jimi est toujours fraîche, tellement crue, tellement vraie, tellement blues… J’ai récemment découvert des choses sur les techniques d’enregistrement qu’il a employé sur ce disque, sa manière novatrice de jouer de la guitare pour obtenir certains effets, c’est une grande source d’inspiration.

Sonny Rollins “Freedom Suite”
J’aurais pu choisir n’importe quel disque de Sonny Rollins. Tout ce qu’il a fait est exemplaire ne serait ce que pour le son de son saxophone. Mais Freedom Suite se distingue par son message politique, par la conscience qui nourrit cette musique. C’est une chose qui n’a jamais cessé de m’inspirer. Il y a dès les premiers motifs une force émancipatrice, une foi en l’humanité, qui font de Freedom Suite un album exceptionnel.

Black Moon “Enta Da Stage”
Un album de hip-hop vintage qui remonte à l’époque où je commençais moi-même à produire des beats et à rimer. Il y aurait aussi Midnight Marauders de Tribe Called Quest, Bizarre Ride II The Pharcyde et quelques autres classiques, mais celui-ci a un grain particulier, un côté sombre, avec cette manière dont Buckshot défonce tout sur son passage… Tous les morceaux ont une personnalité différente, en même temps qu’ils se complètent les uns les autres. Le son de Brooklyn dans toute sa splendeur, brillant !

Duke Ellington & John Coltrane
Notamment pour leur version du standard « In a Sentimental Mood », pleine de mystère et de romance, un son irrésistible. Mais aussi parce qu’il s’agit d’une rencontre au sommet entre deux générations de l’histoire du jazz. Il y a une tendance à séparer les artistes de manière artificielle et si tu as moins de trente ans aujourd’hui, tu dois mettre du hip-hop ou de l’electro dans ta musique. Ce disque dit au contraire que tu peux avoir dans le même studio des jeunes loups comme Elvin Jones et John Coltrane d’un côté, avec ce père fondateur du jazz qu’est Ellington de l’autre, et que la rencontre est magique, nécessairement innovante.

Ty “Upwards”
Ty est le meilleur représentant de la musique britannique actuelle. Comme MC et pour sa présence scénique, j’ai beaucoup appris en le regardant et plus tard en travaillant à ses côtés. La production de cet album en particulier, avec Drew Beats, est une œuvre d’art, je pense qu’elle élève le hip-hop vers une autre dimension. Tous ses disques sont bons, notamment Closer, mais cet Upwards est tout particulièrement réussi.

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Rock: WU LYF, Lucifer in the Morning


Pour leur premier album, “Go Tell Fire to the Mountain”, WU LYF (pour World Unite Lucifer Youth Foundation) a inauguré une forme originale d’autopromotion. Très peu d’images, aucune interview jusqu’à récemment, des informations vaguement lacunaires ou contradictoires, des halos de chaos mystiques et élégants, il ne fait aucun doute que l’approche originale du groupe a été particulièrement efficace pour faire monter le buzz.

À tel point que même Michel Gondry aurait contacté le groupe pour en savoir plus et même Jay-Z s’était mis à tweeter à leur sujet. Pour ajouter un peu de mystère, l’album aurait été autoproduit dans une église abandonnée, une manière de donner encore un peu plus de présence aux orgues qui traversent l’album. Il ne fait aucun doute que leur manager, Warren Bramley publicitaire de son état, a apporté une pierre stratégique cruciale à cet édifice en provenance de Manchester.

Toutefois, tout cela n’aurait certainement pas pris avec la même ampleur sans réelles qualités. Avec ces lignes de guitares mélodiques la voix contractée de Robert, c’est apparemment le nom du chanteur, WU LYF échappe difficilement aux comparaisons avec Arcade Fire. Quant à leur imagerie vaguement satanique et leur nom en acronymes, elle évoque le OFWGKTA de la bande à Tyler. Ca se présente plutôt comme un bon départ pour un groupe venu de nulle part.

CONCERTS

  • 29.06.11 Point Ephémère / Paris
  • 01.07.11 Eurockeennes Festival / Belfort
  • 02.07.11 Jazz Café / Montreux Jazz Festival

Télécharger: WU LYF, Heavy Pop (2011)

WU LYF, Dirt, “Go Tell Fire to the Mountain” (2011)

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Gang Gang Dance relu par Lee Scratch Perry

Lee Scratch Perry nous offre un remixe de Mindkilla dans lequel il avoue une petite faiblesse pour le canibalisme lorsqu’il rencontre un policier dodu.

Gang Gang Dance, “MindKilla (Lee Scratch Perry Remix)” by The FADER

Une mixtape de Portishead

Cette année, c’est Portishead qui se colle à la propgramation du ATP, qui se déroulera le 23 et 24 juillet à Londres. Histoire de donner un avant-goût, ils nous offrent cette très belle mixtape de deux heures.

ATP I’ll Be Your Mirror London Mixtape by All Tomorrows Parties

Tracklist:
00.00 “…They Don’t Sleep Anymore on the Beach…” / Monheim – Godspeed You! Black Emperor
13.19 We Carry On – Portishead
19.44 A Cold Freezin’ Night – The Books
23.04 Gazzillion Ear – Doom
27.15 You Fucking People Make Me Sick – Swans
32.20 Yang Yang – Anika
35.11 Real Love – Factory Floor
42.32 Infinity Skull Cube – DD/MM/YYYY
45.51 Untilted – Helen Money
51.42 “Four Spirits In A Room” Excerpt – Alan Moore & Stephen O’Malley
56.50 Plaster Casts Of Everything – Liars
60.43 8 Steps To Perfection – Company Flow
65.23 Written On The Forehead – PJ Harvey
68.49 Arabic Emotions – The London Snorkeling Team
71.27 Wulfstan – BEAK>
77.28 When My Baby Comes – Grinderman
84.09 Paris Signals – S.C.U.M.
88.30 Lovers With Iraqis – Foot Village
92.18 Gratitude – Acoustic Ladyland
96.29 Violence – The Telescopes
100.01 Hannibal – Caribou
106.15 Walk In The Park – Beach House

Omar Souleyman remixe Björk

Un petit avant-goût de “Biophilia” le prochain projet multimédia de Björk avec ce remixe d’Omar Souleyman.

Film: Arthur Russell, les lois du partage


Kenneth Goldsmith ne cesse décidément pas de nous surprendre à travers son site UbuWeb, le projet altruiste et révolutionnaire incontournable qu’il nourrit patiemment depuis près de 15 ans. Poésie, vidéo, musiques expérimentales, cette zone d’autonomie temporaire ne cesse de s’étoffer, offrant le catalogue le plus exhaustif du net en matière de création expérimentale. En guise d’amuse-bouche, les amateurs de musiques électroniques sauront apprécier cette vaste compilation de près de 500 morceaux mis en ligne il y a quelques jours seulement.

J’ai toujours été un collectionneur“, me confiait-il récemment à propos des motivations qui ont participé au lancement de ce projet. “Je collectionne des livres et toutes sortes de choses différentes… Je suis tout simplement un collectionneur compulsif. Internet s’est d’emblée présenté comme un moyen de partager mes collections avec d’autres personnes, de puiser dans des collections numériques privées pour en partager les contenus avec un plus large public. Si on ne peut pas partager une collection à quoi cela sert-il d’en avoir une ?

Au centre d’une telle posture, on trouve bien entendu un rejet radical en matière de droits d’auteurs. Même si cette situation génère son lot quotidien de lettre d’avocat et de boîtes de production, Kenneth reconnaît qu’il n’a jamais été poursuivi pour héberger et diffuser du matériel. La raison est très simple. “Nous ne sommes pas en train de proposer le dernier album de Lady Gaga, tous ce que nous diffusons à travers UbuWeb n’a aucune valeur financière, c’est avant tout proposé dans un but pédagogique. Qui peut bien s’intéresser à essayer de vendre une conférence de Joseph Beuys. Une fois que je leur explique ma démarche, il est rare que les gens qui me contactent décident d’engager des procédures. Au pire, je retire l’enregistrement incriminé et tout rentre dans l’ordre.”

Phil Niblock, “Arthur Russell: Terrace of Unintelligibility” (Part 1)

En vérité, c’est plutôt le phénomène inverse qui s’opère. UbuWeb est devenu à tel point incontournable que ce sont désormais les artistes eux-mêmes qui le prient de poster leurs oeuvres sur son site. C’est probablement ce qui c’est passé avec ces deux films, disponibles en DVD en série limitée avec la réédition en 2004 de l’album “World of Echo”, que Phil Niblock a réalisé sur Arthur Russel. “Terrace of Unintelligibility” (1985) et “Some Imaginary Far Away Type Things/AKA Lost in the Meshes” (1985) sont construits autour des mêmes procédés.

Dans la note accompagnant les vidéos, il est indiqué que seul le premier film est véritablement monté, l’autre se présentant plus comme une succession de rushs. Dans les deux cas, on découvre Russell, en solo, à trace à des plans très rapprochés qui tendent vers le noir en blanc. On entrevoit sporadiquement des contours de son visage et de sa bouche, avant d’être plongé dans une obscurité totale. Au milieu de ses effet de flous intimistes, la voix de Russell se dégage avec une clarté et une qualité surprenante qui accentue ces effets d’alternance entre des atmosphères apaisantes ou claustrophiques.

Quelques séquences intercalées sur ces mains rappellent et son jeu de violoncelle rappellent les prises de vues qui caractérisent également The Magic Sun (1966), le magnifique film que Niblock a consacré à Sun Ra. Aant de devenir un des pionniers en matière de compositions minmale, Niblock a longtemps été photographe de Jazz. Cela explique peut-être cette aptitude à retranscrire avec beaucoup de finesse et de profondeur les atmosphères de Russell. Goldsmith ne se trompe pas en déclarant que ces deux films constituent probablement les plus beaux reliquats audiovisuels laissés par le compositeur décédé sept ans après ces sessions.

Phil Niblock, “Arthur Russell: Terrace of Unintelligibility” (Part 2)

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Squarepusher

Dix disques, ceux qu’emporterait sur son île déserte Squarepusher. Dans la vie, il parle vite, très vite. En musique, il joue fort, très fort. Bassiste de formation et raver de déformation, Tom Jenkinson joue avec les limites, entre musiques mécaniques et jazz rauque, entre bruit et splendeur. Une radicalité qu’il cultive depuis près de vingt ans sur le label Warp.




Miles Davis “Circle In The Round”
La plupart de ses disques sont importants, particulièrement entre 1955 et 1970. Cela correspond à un moment très important dans ma connaissance de la musique. Le thème-titre est l’un de mes favoris, un chef-d’oeuvre qui met en valeur le quintet, une équipe qui tourne alors à plein régime, surtout le drumming de Tony Williams, à la fois libre et très tenu.

Iannis Xenakis “La légende d’Eer”
C’est un disque extrêmement brutal, agressif mais plus encore pervers, parce que le public était supposé le recevoir assis tranquillement. Xenakis est un pionnier dans l’assemblage de centaines de sons, pour créer des parasites et du bruit. Il y a là un traitement du son d’une modernité incroyable !

Augustus Pablo “Rockers Meets King Tubby”
Le dub est la première musique que j’ai vraiment écoutée. Cette conception de l’espace et de la diffusion m’a impressionné. C’est un archéo-mix qui sonne encore terrible, avec des effets garantis !

Derrick May “The Innovator”
Jusqu’en 1990, je n’ai pas particulièrement écouté de musique électronique, juste du hip hop et de l’electro à la radio. Et puis, j’ai eu ce disque, qui m’a procuré une sensation inédite! C’est une musique simple et humble, mais en même temps visionnaire et belle. J’aime ce mélange de froideur et de sensualité.

Yes “Yes Album”
C’est un retour à mon enfance, quand j’ai vu cette couverture chez mes parents! Je n’ai jamais été versé dans le prog-rock, mais cet album m’a servi à jouer de la basse. Quoiqu’en fait, de ce point de vue, le «Led Zeppelin 2» est sans doute plus important?

Pita “Get Out”
Des héritiers autrichiens de Xenakis. J’aime cette conception dans la musique électronique, des sons chaotiques. Du bruit, très agressif, mais surtout une volonté de destruction pour susciter une autre création. C’est un album qui m’a beaucoup inspiré, qui m’a invité à oublier la mélodie pour ne me consacrer qu’aux sons.

Jimi Hendrix “Isle Of Wight”
Tous les albums d’Hendrix, mais celui-ci pour le film. Quelle claque! Il ouvre des portes, et surtout il invite tous les musiciens à se lâcher, à oublier les questions d’instrument, les trucs de virtuosité. Il faut juste y aller!

Herbie Hancock “Headhunters”
Ce n’est pas que la musique, mais la production de ce disque. Peu d’effets pour beaucoup d’effets! Comme un retour de trip de «Bitches Brew». Et puis la batterie est tellement funky, tellement au-delà aussi, plus sale. Je ne l’ai toujours pas épuisé!

Nightmares On Wax “Word Of Science”
Un disque très spécial, daté de 1991 qui a changé la façon de faire de la musique en Angleterre. Des putains de collages dans tous les sens.

John Coltrane “Ascension2
Mon disque préféré de musique improvisée. Ils ont atteint une telle intensité qu’il leur est naturel de briser les conventions formelles du jazz. D’autres l’avaient déjà fait, mais après celui-là, tout est possible. Je n’étais pas né, mais je peux imaginer l’impact de ce disque sur les musiciens à l’époque.

Club: Diplo, attaque sur tous les fronts


Depuis quelques années, Diplo déploie une énergie peu commune pour parcourir le globe, envoyer des twitts toutes les 20 minutes, s’occuper de son label Mad Decent, monter une ONG ou encore produire des morceaux à une cadence métronomique.

Cette jours-ci, il revient sur presque tous les fronts en même temps. Tout d’abord, il vient de mettre en circulation une nouvelle mixtape, intitulée Moombahton 2k11, dans laquelle on peut apprécier son art du mashup, ainsi que sa collaboration avec Skrillex sur l’infectieux “Amplifire”.

MDWWR #67 Diplo’s Moombahton 2k11 Mix by diplomaddecent

Diplo & Skrillex - Amplifire [NEW] NO FAKE by Sellex

Ensuite, il est de retour avec le projet bodybuildé Major Lazer, le laboratoire dans lequel il expérimente les cadences jamaïcaines avec son compère Diplo. Le duo a d’ailleurs passé passablement de temps au Gee Jam Studios de Port Antonio afin de terminer “Major Lazer in Jamaica” qui est attendu incessamment, le clip du premier single devant sortir cette semaine.

Enfin, toujours avec Switch, ils ont profité de ce séjour dans les Caraïbes pour sortir une remixe dancehall du Don’t Play No Game That I Can’t Win, extrait de “Hot Sauce Committee Pt. 2″ des Beastie Boys, dans lequel on retrouve également Santigold. Même si la formule reste souvent la même, c’est toujours aussi efficace.

Beastie Boys - Don’t Play No Game That I Can’t Win (Feat. Santigold) (Major Lazer Remix Edition)

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Amy Winehouse de retour en studio

Amy Winehouse refait parler. Tout d’abord après un concert à Belgrade à tel point particulier que que même le ministre serbe de la défense, Dragan Sutanovac, à communiqué son mécontement en qualifiant sa prestation comme une “honte et une déception énorme”. Cela ne fait pas peur à Tony Bennett qui l’a invité, tout comme Sheryl Crow, Nora Jones et Mariah Carey, à l’accompagner pour son “Duets II” qui doit sortir en septembre prochain. Il s’agira du premier enregistrement de la chanteuse depuis 2007.

Album: Thundercat, tendance solidaire


Ce n’est pas un secret, l’entourage de Flying Flotus offre un vivier dans lequel se bousculent quelques-uns des musiciens les plus talentueux et innovants de la côte ouest. Miguel Atwood-Ferguson, Daedelus, The Gaslamp Killer ont déjà largement investi la place avec leurs compositions disloquées. Au milieu de ces freak brothers cartoonesques, Stephen Bruner est resté plutôt discret.

Bassiste attitré du légendaire groupe hardcore Suicidal Tendencies, il sait également relâcher le tempo, quitte à parfois faire le grand écart. On a pu apprécier son influence au milieu des circonvolutions cosmiques de “Cosmogramma” ou sur les derniers albums d’Erikah Badu et de Shafiq Husayn.

Thundercat, Daylight (prod. Flying Lotus)

Avec “The Golden Age of Apocalypse”, il signe son premier album solo et FlyLo semble lui avoir rendu la pareille en produisant l’album sur son label Brainfeeder. Avec For Love I Come, une reprise de George Duke, et Daylight, porté par un beat de FlyLo, les deux premiers singles en circulation sont prometteurs. De plus, après avoir vu le chat sur scène, on peut s’attendre à de très belles performances.

Télécharger: Thundercat, For Love I Come

  • Thundercat, “The Golden Age of Apocalypse” (Brainfeeder), sortie le 28.08.11

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Mixtape: DJ Lengua, pluies tropicales d’acides


Echo Park Records n’est pas à proprement parler un label puisque son fondateur, Alexis Rivera, se présente tout d’abord comme un manager et surtout comme un promoteur de soirées. Celles-ci se veulent aussi éclectiques que la ville: “A LA, tout le monde couche avec tout le monde”, déclare-t-il.” C’est pourquoi la nourriture, la musique et tout le reste est mixé”. Histoire de rajouter encore quelques couches au boxon ambiant, Rivera ne manque pas d’inspiration et d’énergie.

Depuis quelques semaines, le website d’Echo Park donne un aperçu de cet engouement en proposant une série de mixtapes. C’est le cas par exemple de cette “Acid Sonidero” de DJ Lengua qui offre une ballade en trompe l’oeil à travers les différentes cultures latines du continent américain. On trouve également des contributions de Jacques Renault ou de Poolside qui nous offrent quelques fragrances de l’été californien.

DJ Lengua - Acid Sonidero mixtape by echoparkrecords

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Disco: Bernard Fevre, grooves endiablés


La saison semble propice pour réveiller les vieux démons disco. À peu près en même temps que le Locussolus de DJ Harvey, c’est une autre légende de la face obscure qui refait surface. Bernard Fevre et Jacky Giordano ont lancé le projet Black Devil Disco Club en 1978. L’album est rapidement devenu un collector et, séduit par ces lignes de percussions trempées dans des bains d’acid, Aphex Twins a décidé de ressortir l’album sur son label Rephlex en 2004. Une reconnaissance tardive appréciable pour ce projet qui n’avait jamais particulièrement attiré l’attention.

Cela a surtout motivé Bernard Fevre a reprendre du service, en proposant trois projets sortis chez Lo Recordings. Il revient avec “Circus”, un nouvel album composé de morceaux inédits dans lequel on retrouve une impressionnante palette d’invités. Nancy Sinatra, Afrika Bambaataa, Jon Spencer, The Horrors’ Faris Badwan, YACHT ou encore Cocknbullkid, tous posent leurs voix sur ces compositions qui perpétuent les productions moroderiennes hallucinées de Bernard Fevre.

CONCERTS

  • 18.06.11 Temps Machine / Tours
  • 23.06.11 Rex Club /Paris (gratuit)

Black Devil Disco Club feat. Nancy Sinatra - To Ardent from Lo+LOAF TV on Vimeo.

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Club: SBTRKT, un autre producteur masqué


Acteur désormais rattaché à la scène dubstep, on lui doit notamment un show hebdomadaire sur Rinse FM, SBTRKT a également pas mal louvoyé dans des registres plutôt house. Ses dernières années, son nom était généralement évoqué grâce aux différents remix qu’il a réalisés pour M.I.A, Basement Jaxx ou Mark Ronson. Chacun semblant apprécier une technique sophistiquée et sa flexibilité de touche-à-tout.

YT043 - SBTRKT - Step in Shadows EP by Young Turks

Même s’il a décidé de ne pas totalement sortir de l’ombre, il continue en effet à se produire masqué et on ne sait pas grand-chose sur son identité, il s’apprête à sortir son premier album à la fin du mois chez XL Recordings Young Turks, le label de The XX. La série de singles précédant cette sortie laisse envisager que ce LP devrait offrir une bonne synthèse des différents sous-genres qui rythment actuellement les clubs anglais. Quoi qu’il en soit le languissant Wildlife s’annonce déjà comme un complément estival idéal.

SBTRKT, Wildfire, ft. Little Dragon

ECOUTER TOUT L’ALBUM EN STREAMING

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Hip-hop: Blitz The Ambassador, Out of Africa


Blitz The Ambassador est sans conteste l’un des rappers qui tentent le plus explicitement de renforcer les liens entre le continent africain et l’univers du hip-hop. À travers des rythmes bien sûr, mais également des textes, déclamés quelquefois dans le dialecte ghanéen Twi, “Native Sun” continue ce travail d’assimilation en nous immergeant continuellement dans des référents culturels africains.

Blitz the Ambassador - Dear Africa ft. Les Nubians by embassymvmt

Blitz a également invité d’autres africanistes notoires à se joindre à cette incursion. On retrouve notamment Chuck D dont le flow impérieux accompagne The Oracle, les Nubians qui apporte leur touche veloutée à “Dear Africa” ou encore Corneille qui tempère l’enlevé Best I Can.

CONCERT

  • 18.06.11 Rio Loco / Scène Pont Neuf - Prairie des filtres

Native Sun • A short film by Blitz the Ambassador & Terence Nance from MVMT on Vimeo.

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House: DJ Harvey, une vie à facettes


S’il fallait envisager le clubbing comme un grand navire, il ne fait aucun doute que DJ Harvey ferait partie des mercenaires de la timonerie aux côtés de François K ou Andrew Weatherall. Batteur dans un groupe punk à l’âge de 13 ans, il s’offre sa première paire de platines après avoir découvert le hip-hop lors d’un voyage à New York au début des années 80.

Une précocité qui lui a valu d’être considéré comme l’un des pionniers de la scène house garage en Europe, organisant des soirées dans lesquelles on retrouvait régulièrement Larry Levan avec qui il partageait une même passion pour les edits.

Largement reconnu pour les Sarcastic Disco et son label Black Cock, il a également initié un certain nombre de projets. En particulier Locussolus, à travers lequel il compose des univers syncrétiques évoquent les influences multiples qui ont jalonné une existence résolument placée sous le signe de l’hédonisme. Ce n’est donc pas un hasard si on pourra le retrouver sur la riviera cet été dans le cadre du Worldwide Festival.

ALBUM

  • Locussolus, “Locussolus” (International Feel Recordings)

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Rétro: Massive Attack, 20 ans en samples

wildbunch

Avec Blue Lines, sorti le 8 avril 1991 pour les hagiographes, Massive Attack parvenait le coup de force définir un nouveau genre musical dès leur premier album. Une réussite plutôt convaincante pour ces trois branleurs autoproclamés de Bristol qui doivent beaucoup à leur amie Neneh Cherry pour avoir trouvé la motivation nécessaire pour mener à bien ce projet. Même réduit à deux, le groupe insuffle sa vague trip-hop à travers des productions et des concerts qui préservent cette même torpeur enfumée.

À travers ce mix qui regroupe une belle enfilade de morceaux samplés ou repris par le MA, DJ Hudson nous rappelle que c’est tout d’abord en tant que DJ et MC, au sein du crew Wild Bunch formé en 1983, que 3D, Daddy G et Mushroom ont parfait leur culture musicale. Les grands fans ne devraient pas avoir trop de peine à deviner, pour les autres, ils sauront se laisser bercer par ces gorgées de soul lascive.

Télécharger: DJ Hudson, “Wild Bunch Sound: The Music of Massive Attack 1988-98″

» VOIR LA TRACKLIST

Hors série: Pink Floyd, un mur porteur


A l’heure où les deux membres restant du groupe (David Gilmour et Nick Mason) ont signés un nouveau contrat discographique, l’influence de Pink Floyd ne cesse de croître. Les classiques du groupe sont toujours en haut des ventes de rééditions et toute une nouvelle vague de groupes américains, comme Animal Collective ou Grizzly Bear, se réclament de ses architectures sonores. Même le monde du reggae et du hip hop se ressource aux ambiances psychédéliques du Floyd!

En parallèle à la biographie de référence de Glen Povey, ce numéro collector propose une plongée dans l’univers visuel du groupe et dans les époques qu’il a traversées. Du début du psychédélisme jusqu’à la démesure des années 80, en passant par la période classique des années 70.

CONCOURS

À l’occasion de la sortie du Hors-Série Pink Floyd de Vibrations, le magazine vous invite à participer à un concours pour le concert que Roger Waters donne à l’occasion des 30 ans de “The Wall” à Paris Bercy le 1er juillet.

Pour participer, il suffit de répondre à la question suivante: En page 46 du hors-série, quelle est la réaction des autres membres de Pink Floyd lorsque Roger Waters annonce qu’il veut construire un mur derrière le groupe sur scène ? Adressez votre réponse avec vos nom, prénom, adresse et n° de téléphone à concours@vibrations.ch avant le 28 juin. Il y a 1×2 places à gagner et le ou la gagnant/e sera averti directement.

Easy Star All Stars, Money, “Dub Side of the Moon”

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Mixtapes: The Very Best, The Retour


En 2008, le duo de Radioclit scellait son association avec Esau Mwamwa grâce à une compilation d’une poignée de titres gratuits et originaux dans lesquels on retrouvait notamment M.I.A ou Santogold. Avec l’arrivée des beaux jours, The Very Best sont de retour sur tous les fronts pour donner un aperçu de leurs récentes prospections en matière de mashups et de nouvelles sonorités world.

Tout d’abord avec leur nouvelle mixtape “Super Mom”, sortie pour la fête des mères et (accessible sur leur website), dans laquelle on retrouve une collaboration remarquée avec Cee-Lo Green. Plus récemment, ils ont également été conviés à produire un dernier Fact Mix trépidant et rebondissant.

FACT mix 254 - The Very Best (Jun ‘11) by factmag

The Very Best & Kate Bush, Running Up That Hill, “Super Mom Mixtape” (2011)

VOIR LA TRACKLIST DU FACT MIX

  1. Unknown Artist – In My Life
  2. DJ Clock – Hypersonic
  3. Gus Gus – David
  4. Bujo Mujo – Ngifuna Wena
  5. Gregory Salto feat Helen Mendes – Bao Viagem
  6. The Very Best & Moroka – Ndekha
  7. P Diddy Dirty Money – Coming Home (Dirty South remix)
  8. Toddle T/Dillon Francis – Take It Back (We Don’t Belong In Pacha remix)
  9. Banana Seat – Champipple
  10. High Powered Boys – work
  11. The Very Best – Kamphopo (Lazy Flow remix)
  12. Dj Znobia – untitled
  13. We Don’t Belong In Pacha – BadBoy†onigh†
  14. The Very Best & Rusko feat Vocal Slender & Afrikan Boy – Africa To California Anthem
  15. Buraka Som Sistema – Hangover (BaBaBa)
  16. Jessie J – Do It Like A Dude (Jakwob remix / Dj Riot edit)
  17. Sensato Del Patio feat Voltio – La Fila India remix
  18. Copia Doble Systema – One Day Revolution (Schlactofbronx remix/ CHLLNGR vocal version)

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Un hommage musical à GSH

L’équipe de Push Up, notamment Ji Drû et Sandra Nkaké, rend hommage à GSH avec ce titre inédit intitulé “A Place For You”. Sur un riff du Inner City Blues de Marvin Gaye, le refrain emprunte un texte extrait de I Think I’ll Call It Morning. Le morceau original est mixé par Blackjoy est une série de remixes, par Doctor L, Loik Dury, Grant Phabao, etc., seront bientôt disponibles.

Télécharger: A Place For You, Un hommage à GSH

Film: Charlie Mingus, un documentaire refait surface


En 1968, le réalisateur Thomas Reichman filme plusieurs longues entrevues avec le musicien et les monte accompagné de séquences de concerts et d’autres archives. Le résultat prend la forme d’un documentaire intimiste qui révèle différentes facettes du contrebassiste, aussi bien son caractère paternel touchant que son amertume lorsqu’il aborde les questions raciales et politiques. L’une des raisons qui a poussé Reichman à mettre en place ce projet était motivée par le fait que, faute de pouvoir payer son loyer, le musicien était sous le coup d’une expulsion imminente de son loft new-yorkais.

Dans les nombreuses séquences mémorables qui composent le film, il reconnaît son penchant pour la morale de la rue et, en manipulant un fusil semi-automatique, il admet qu’il ne se laissera pas évacuer facilement. Toutefois, il conserve son calme lorsqu’il quitte finalement son appartement, entouré par un escadron de policiers et de journalistes. Une fin qui donne un aperçu poignant d’un quotidien qu’on a tendance à oublier et qui refait surface sur YouTube.

“Charles Mingus”, Réal. Thomas Reichman (58min, 1968)

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Dub: Compilation, les sons du futur antérieur


Depuis quelque temps, Soul Jazz ne cesse de proposer des compilations thématiques qui défrichent toujours plus large en matière de traditions musicales. Toutefois, s’il devait avoir une filiation qui semble prépondérante, ce pourrait être un intérêt constant pour l’importance et les contrecoups des musiques jamaïcaines.

Avec “Invasion Of The Mysteron Killer Sounds”, Kevin Martin (plus connu sous le sobriquet de The Bug) et Stuart Baker (l boss du label) sondent le versant futuriste du dub à travers une sélection appartenant aussi bien aux pionniers du genre qu’aux jeunes producteurs actuels. Afin de compléter encore un peu plus cette anticipation, le coffret est agrémenté d’une petite BD réalisée par le dessinateur italien Paolo Parisi. On y retrouve quelques figures mythiques dans une aventure pleine d’un suspense afrofturiste.

ALBUM

Expérience: Villalobos & Loderbauer, électronique en ré


Ricardo Villalobos associé à Max Loderbauer ont enfin fini de réaliser leur série de remixes du catalogue d’ECM. L’annonce du projet “Re:ECM“, peut-être une référence aux nombreux emails échangés pour attaquer ce gros morceau, avait déjà été annoncée il y a près de deux ans et, initialement. Il s’agissait de marquer un coup dans le cadre du 40e anniversaire du label de Manfred Eicher.

Signe d’ouverture et de confiance, le mentor leur a laissé une liberté totale dans leur choix. Au final ce sont on retrouve des relectures de Christian Wallumrød, Alexander Knaifel, John Abercrombie, Miroslav Vitous, Louis Sclavis, Wolfert Brederode, Paul Giger, Enrico Rava/Stefano Bollani/Paul Motian, Arvo Pärt et Bennie Maupin. Une expérience qui permet à Villalobos de reconnaître le chemin que la techno doit encore parcourir pour parvenir à atteindre la richesse du jazz.

Selon lui “la musique électronique est encore très loin des enregistrements acoustiques. Le gars derrière son instrument qui joue depuis 40 ans, celui qui s’occupe du mixage, le placement des micros, tout cela a une histoire. Comme les enregistrements de jazz, il y a souvent un espace et une atmosphère incroyable dans les enregistrements analogiques. C’est superbe! Tous les jours, mon but est d’atteindre cette richesse”. “Re:ECM” devrait donc procurer quelques éléments de réponse.

ALBUM

  • Ricardo Villalobos & Max Loderbauer, “Re:ECM” (ECM), sortie le 20.06.11

GSH: Maison blanche, voix noire (3)


Photos: Mischa Richter

Afin de terminer cet hommage à Gil Scott-Heron, revoici le texte que Damien Bonelli écrivait l’an passé à l’occasion de la sortie de “I’m New Here” (en écoute intégrale ici). Cela nous permet également de réentendre la superbe relecture de l’album réalisée en collaboration avec Jamie XX en début d’année. Intitulée “We’re New Here”, elle constitue à l’heure actuelle la dernière pièce de sa discographie.

Gil Scott-Heron est aux abonnés absents. Le téléphone de ses bureaux de Harlem, obtenu au terme d’une négociation épique avec son label, sonne obstinément dans le vide, jusqu’à ce que le message d’accueil de son répondeur se déclenche pour la énième fois depuis trois jours. Les difficultés à le joindre sont telles qu’on est presque tentés d’accréditer les rumeurs les plus folles qui circulent à son sujet : sa longue histoire avec les drogues aurait-elle eu raison de lui ? Serait-il à nouveau incarcéré ? À moins qu’il n’en ait tout simplement plus rien à foutre ? Tout récemment, deux journalistes venus de Londres pour le rencontrer à New York sont repartis bredouilles. Il ne s’est jamais montré, n’a jamais appelé.

Gil Scott-Heron n’existe pas, c’est une légende urbaine. De lui resterait donc une voix, aussi grave et spectrale que celle d’un Leonard Cohen black, celle de la conscience poétique d’une communauté en lutte pour son émancipation et son intégration complète à la société américaine. La désastreuse gestion de l’après-Katrina et l’hostilité à laquelle se heurte aujourd’hui le premier Président noir des États-Unis témoignent au besoin que le chemin à parcourir est encore long, alors que l’Amérique se prépare à observer, en ce mois de janvier, le jour férié proclamé en l’honneur de Martin Luther King et le premier anniversaire de l’inauguration de Barack Obama. Plus que jamais, l’Amérique a besoin d’entendre la voix de Gil Scott-Heron, poète et écrivain, pianiste et protest singer, griot et législateur du rap.

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