LUFF: Diamanda Galás, les lois de La Peste

octobre 7, 2011
Par


PHOTO: Kristofer Buckle

Diamanda Galás ouvrira la 10e édition du Lausanne Underground Film Festival (LUFF)

Diamanda Galás se nomme au pluriel, force le respect et le trait d’une extase antinomique – parce que genèse d’une addiction à la douleur, ou quand le Beau sublime la Terreur – et impose au regard comme à l’écoute un bouleversement vicéral propre à renverser jusqu’à la génétique des habitudes perceptibles de notre temps.

Des nombreux qualificatifs qu’elle emploie elle-même pour se définir vis-à-vis du monde – dont elle sait arracher la chair odorante, celle qui se gangrène là où les yeux se cachent et les cupides se confondent – c’est celui de Peste qui semble tutoyer le plus honorablement les atours que Diamanda poète, Galás cantatrice, Merde de Dieu en duel avec le genre humain revêt comme un manteau épidermique d’où naît une contagion incontrôlable.

Elle parle – hurle – d’amour comme de mort, jusqu’à magnifier la confusion d’images tour à tour synonymes et euphémismes, mais toujours elle opère une dialyse de la contrefaçon, une dissection du bien-pensant révélant de son coffre les joyaux noirs d’évidences qu’on asphyxie. Furie, elle condamne, chasse et maudit « [ceux] qui choisissent de rester ignorants, car ils sont poltrons et aiment courir en bandes. » dirigeant les foudres de ses rituels déclamatoires à l’endroit des majorités morales – notamment la droite religieuse américaine pour sa qualification de l’épidémie de SIDA de « rétribution divine » et sa stigmatisation de la communauté homosexuelle. In situ c’est de l’esprit du public que ses performances cathartiques arrachent l’inconscience par la violence de fond des réalités qu’elle déclame, et l’ intransigeance théâtrale de leur mise en forme. Au-delà de l’Homme et de ses lois, La Diva des dépossédés développe une symbolique de la vengeance et personnifie l’incarnation d’une justice radicale avec pour glaive la distorsion sacrificielle des mots et des usages.

Ses collaborations avec John Zorn, Iannis Xenakis ou John Paul Jones (Led Zepplin) ou ses interprétations de textes de Pier Paolo Pasolini, Gérard de Nerval ou Henri Michaux sont autant de facettes de son répertoire infini qui tire ses références tant de l’expressionnisme allemand, des chœurs grecs antiques ou des « poètes maudits » que du blues et du jazz américains. Galás incise ses liturgies d’un spectre artistique aussi large que sa tessiture vocale: elle devient un monument trônant non sans heurts entre les icônes de Maria Callas et de l’Antéchrist.

Si Diamanda Galás ouvre le LUFF et s’insinue en apôtre exceptionelle des 10 ans de l’événement, c’est bien sûr par le caractère unique que sa présence confère à cette ouverture (ses trois derniers concerts en Europe ayant été annulés) mais aussi parce qu’elle souligne une spécificité essentielle du festival dans l’approche multilatérale des médiums musicaux et cinématographiques qu’il défend en bannière. Galás, ayant signé la BO du Dracula de Coppola et de Tueurs Nés d’Oliver Stone, avouant écouter celle de L’Exorciste jusqu’à la distorsion, n’est ainsi pas innocente à l’histoire du 7e art et fait aussi notamment référence, comme influences de son travail, aux films Les Yeux sans visage de George Franju et Soeurs de sang de Brian De Palma; ce sang, ce Feu Sacré récurrent qui dans ses veines nourrit la rage de cette voix démultiplicatrice. Galás n’est pas que musique, elle est la fréquence parasite d’un système complexe dont elle fusille les représentations homogènes, elle est La Peste, la figure proclamée d’une croisade du bruit contre le silence.

CONCERT

  • 15.10.11 Les Docks – Lausanne

PROGRAMME LUFF:

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