
Photo: Joel Vacheron
Réalisé sans aucun budget, en solitaire, UbuWeb est exemplaire des énormes potentialités d’Internet en matière d’agrégation et de mise à disposition de production artistique. A l’origine de ce projet Kenneth Goldsmith a suivi un leitmotiv sans équivoque: « Les droits d’auteurs?… On s’en fout ! ». A l’heure de la sortie de son ouvrage « Uncreative Writing« , il revient sur cette saga hors du commun.
Universitaire et poète à la verve truculente, amateur de bourbon et dandy au style impeccable, Kenneth Goldsmith est une belle expression de la prodigalité de New York pour fournir des personnalités hors-norme. Par-delà la finesse de ces vers, ce gentleman quinquagénaire est également le créateur du site légendaire UbuWeb. L’aventure débute en 1996, lorsqu’il décide de mettre en ligne quelques recueils de poésie concrète achetés au kilo dans des brocantes poussièreuses.
Goldsmith a toujours été un collectionneur acharné, notamment de vynils, et le site se transforme progressivement en archive colossale de documents sonores ou visuels introuvables sur Internet. Post après post, UbuWeb.com s’est profilé rapidement comme une référence unique en matière d’avant-gardes artistique. Après plus de 15 ans d’activités, le succès énorme rencontré par cette expérience vaguement déphasée permet de tirer un certain nombre d’enseignements.
Tout d’abord, Goldsmith a d’emblée appliqué un précepte aussi lacunaire que radical : « Les droits d’auteurs… On s’en fout ! » Cette posture provocatrice est justifiée en grande partie par le caractère non monnayable des oeuvres proposées. « Si j’offrais en téléchargement Madona ou Lady Gaga, je serais rapidement poursuivi, » reconnaît-il. « Mais qui peut bien s’intéresser à perdre du temps pour un court-métrage expérimental ou de la poésie concrète ? Les dépositaires des droits ne se sentent pas lésés, car ils ne peuvent pas les vendre. Donc, pourquoi ne pas donner ce qui ne peut pas être vendu ? » De Marcel Duchamp à Andy Warhol, en passant par Yoko Ono ou Dali, UbuWeb foisonne des plus grands artistes du siècle dernier. Toutefois, ces oeuvres non marchandables peuvent (encore) circuler et être téléchargées en toute impunité.
À noter que Goldsmith a rapidement choisi de se soustraire aux recensements des moteurs de recherche : « Tout le monde essaie de monter d’améliorer son classement sur Google, en ce qui me concerne je vais tout pour en disparaître. Bien que les choix soient infinis. Internet est pensé depuis trop longtemps de la même manière. Pourquoi ne pas essayer autre chose ? » Cette approche élective a probablement contribué à imposer UbuWeb comme une référence incontournable et, ironie du sort, ce sont désormais les artistes eux-mêmes qui quémandent pour que leurs travaux soient intégrés dans cette collection.
De manière étonnante, UbuWeb joue le rôle d’intermédiaire de référence qui devrait incomber aux institutions culturelles. « Il est évident que le projet aurait pris une forme totalement différente s’il avait été conçu par le MoMA », précise-t-il à ce sujet. « En ce qui me concerne, je ne suis pas curateur, ni critique d’art… J’ai juste ressenti qu’il était quelque chose d’important à faire et je l’ai fait. Tout simplement.» Cela permet surtout de faire l’impasse sur une montagne de contraintes administratives, un luxe auquel les instances officielles ne peuvent prétendre.
Goldsmith inscrit son projet dans les transformations engendrées par ce qu’il nomme l’émergence des innombrables archives populaires (folk archives) lancées par des profanes. Ces collections de données, accessibles gratuitement, bénéficient encore d’une légitimité restreinte. En particulier lorsqu’il s’agit du champ artistique, chasse gardée des musées et autres garde-fous institutionnels. Une situation qui est en passe de changer : « On prend de plus en plus conscience de l’importance de ces initiatives individuelles qui, à partir d’un simple site, sont en train de réinventer des histoires. Les amateurs sont en train de prendre le contrôle ! »
SITE










Point de vue intéressant, celui de Goldsmith. Un peu extrême, quand même : les droits d’auteur, ça se respecte ! Mais il va à contre-sens, et c’est vraiment pas mal.
cette bibliothèque est assez extraordinaire … en effet …
ou comment le net fait plus que n’importe quelle institution bouffie de subventions et de professionnels de la profession parfait, merci beaucoup au taulier d’ubu ainsi qu’à vous qui faites le passeur
– aller* quelle époque jf le scour, 2012 *je sais, je sais, je revendique
je n’avais pas lu le commnetaire précédent et bien j’y réponds ici href= »http://ready.thecroute.com/2012/05/04/ubu-premier-web-3366″>http://ready.thecroute.com/2012/05/04/ubu-premier-web-3366
– aller* quelle époque jf le scour, 2012 *je sais, je sais, je revendique
ben, vous avez « croqué » ce que j’envoie quand on parle de droits et de devoirs d’auteurs ? il sent mauvais mon site ! – aller* quelle époque jf le scour, 2012 *je sais, je sais, je revendique