Miguel Atwood-Ferguson, en attendant la suite

mai 21, 2012
Par


Photos: Joël Vacheron

Build an Ark est un projet initié il y a une dizaine d’années par Miguel Atwood-Ferguson et Carlos Niño. Si le barbu s’est déjà fait connaître en Europe grâce à son imposante discographie, et ses programmes radios, la carrière de Miguel Atwood-Ferguson reste encore relativement discrète. Pourtant, à bien des égards, ses diverses collaborations incarnent parfaitement les aspirations cosmiques qui émaillent de nombreuses productions west coast à l’heure actuelle.

Entre deux prises dans le studio improvisé de son appartement de Silver Lake, Miguel Atwood-Ferguson revient de manière laconique le fait qu’il a toujours été impliqué dans le hip-hop et le funk, tout en suivant un cursus rigoureux en musique classique. « Tout cela s’est imposé très naturellement. C’est certainement dû au fait que je suis à moitié blanc et à moitié noir ». Il ne fait aucun doute qu’il serait un prétendant sérieux pour interprêter le rôle de Joe Grant s’il devait y avoir un remake hollywoodien de « J’irais cracher sur vos tombes ».

Toutefois, si son avenir doit se passer au cinéma, ce serait plutôt dans la composition de bande-son qu’il pourrait donner la pleine mesure de son talent. Compositeur et multiinstrumentiste, il a rapidement su mettre à profit ses capacités à jouer les passeurs pour s’engager dans des projets ambitieux. A ce titre, sa carrière a pris un virage significatif en 2009 suite au remarquable « Suite for ma Dukes ».

Pour ce projet, il a assuré l’adaptation philharmonique de quatre morceaux de J Dilla. Cette adaptation a été interprétée par à un orchestre de 40 musiciens lors d’un concert unique auquel ont également participé Dwele, Bilal ou Talib Kweli. Miguel garde un souvenir particulièrement émouvant de cette première expérience en tant que chef d’orchestre. En particulier les paroles touchantes que les proches de Dilla ont eu à son égard après le concert. Cet événement a été immortalisé en disque, ainsi que dans un DVD produit par Mochilla dans sa collection Timeless.

Son nom, seul ou avec son Ensemble, a rapidement commencé à fleurir derrière une palette toujours plus vaste de collaborations. On le retrouve dans le « Cosmogramma » de Flying Lotus en tant qu’arrangeur puis, sur scène, au violon lors de la tournée « Infinity ». Feist, Seu Jorge, les Black Eyed Peas, mais aussi Barry Manilow et même la bande-son de Dexter, il s’est resté occupé en dehor de ses visites quotidiennes dans un fameux centre boudhiste de Venice. Celui dans lequel Herbie Hancock vient régulièrement se recueillir.

Cette dimension méditative est très présente dans Build an Ark, le projet qu’il a initié Carlos Niño peu de temps après 9/11 comme une réaction face à l’ignorance et au ressentiment galopants qui traversait les Etats-Unis durant cette période. Leur but a ainsi été de proposer un projet susceptible de donner une meilleure intelligibilité de la situation et, surtout, de promouvoir leurs idéaux pacifistes à travers la musique. Dwight Trible sera le premier à les rejoindre dans le cadre d’un concert pour la paix organisé à Los Angeles. Figure militante incontournable de la ville, sa voix habitée a largement participé à libérer les flots sur lesquels l’arche a pu prendre le large.

L’expérience s’étant avérée concluante, ils décident de continuer l’aventure grâce à la mise en place d’un orchestre. Waberi Jordan, Tracy Wannomae, Tony Austin, Nick Rosen et Phil Ranelin,… au fil des années près d’une quarantaine de musiciens ont, en fonction de rencontres informelles, rejoint l’équipage de vaisseau à géométrie variable. Depuis 2004, quatre albums sont sortis de cette collaboration, tous porté par les mêmes courant d’altruisme et de respect. A ce titre , l’intégration du tromboniste Phil Ranelin constitue une composante précieuse. Ancien musicien de studio chez Motown et fondateur de Tribe Records, le septuagénaire souffle à lui seul l’essence des idéaux qui sont à l’origine à l’origine de ce projet.

En effet, Build An Ark se présente comme une forme de relecture des mouvances contre-culturelles des années 60. Un mélange de pacifisme, de panafricanisme et d’engagement civique que la musique a largement contribué à diffuser. Cependant, la force de ce projet tient au fait qu’il ne se cantonne pas dans une vénération stérile et passéiste de ses cosmogonies. En fusionnant ces traditions avec les acquis du hip-hop, de l’electronica ou du r’n’b contemporain. Build an Ark injecte cet héritage dans de nouveaux cycles. À travers leur projet, Carlos Niño et Miguel Atwood-Ferguson démontrent à quel point les utopies sociales et musicales sont loin d’être moribondes dans le ciel californien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*




Portrait