Sonar, on ne connaît pas la crise

juin 18, 2012
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C’était annoncé : la météorite Lana Del Rey devait se consumer en entrant dans l’atmosphère des festivals européens géants, le 15 juin au Sonar de Barcelone. Soufflée comme une bulle de verre, elle s’étoilerait et dans les fentes s’infiltrerait le poison du doute qui la ferait voler en éclats, sous les yeux des fans effarés et des curieux charognards.

Au même moment, Amon Tobin pilote son éblouissant concept ISAM, un vaisseau spatial agencé comme un Tetris, au coeur duquel il actionne une propulsion par infra-basses, nouveau palier franchi dans la course à l’armement technologique engagée sur le front du live par les poids-lourds de la musique électronique (Squarepusher, un peu plus tard, entrera à son tour dans la surenchère). Dans une soirée dynamitée par James Murphy et Fatboy Slim, que joue Lana Del Rey sinon le rôle de victime collatérale ?

L’après-midi en interview, aux journalistes qui s’en inquiètent, la chanteuse en casuals affirme que c’est un choix personnel. Au milieu de la nuit, le début de soirée à l’échelle du Sonar, robe courte blanche et diadème serpentant dans les cheveux, sa silhouette évanescente apparaît entre piano, guitare et quatuor de cordes, sur l’intro de « Blue Jeans ». Elle est là et ailleurs, une illusion à mi-chemin des pin-up 50′s et de l’hologramme de 2Pac à Coachella.

Que reste-t-il de sa confiance passée au lamineur en début d’année après sa prestation au Saturday Night Live ? La voix hésite, le répertoire aussi, les trous d’air sont vertigineux malgré le choeur des premiers rangs. L’édifice branle mais il tient et prend peu à peu corps sur la colonne de Born To Die.

Elle sourit de toute sa bouche, chaloupe maladroitement sur ses échasses, distille les moments de grâce. L’orchestration agit comme un baume, les acclamations l’accompagnent quand elle monte courageusement en gammes, les notes de piano de « Video Games » créent le frisson et l’interprétation veloutée convainc.

Le vernis a craqué et une jeune femme éclot, demandant par deux fois aux molosses de la descendre de scène : dans la fosse, ses fans l’embrassent, la mitraillent de photos, la touchent, la pelotent, pour de vrai. Sous le diaporama marketing des icônes américaines (Elvis, JFK), « National Anthem » renforcera enfin la charge émotionnelle cueillant le Sonar par surprise, avant disparition.

Le concert de Lana Del Rey n’était pas le meilleur concert du Sonar 2012 ; sans doute était-ce un des moins bons. Mais il était humain, une qualité pas si fréquente sur les scènes de l’industrie festivalière. Ecueil que le Sonar esquive généralement, par l’alchimie d’un public survolté, dont la générosité impose un retour.

De Mostly Robot à Flying Lotus en passant par Cornelius presents salyu x salyu, les journées – qui sont aussi un laboratoire des musiques électroniques – furent fastes. De Richie Hawtin à Luciano, les nuits furent blanches, la dernière marquée par un show XXL de The Roots citant dans un même élan Muddy Waters, James Brown, Jimi Hendrix et l’histoire du hip-hop qu’il continue de graver profondément.

Avec 98000 entrées en trois jours, le Sonar ne connaît pas la crise : le festival a pulvérisé son record de fréquentation. En 2013, on fêtera sa 20e édition et on n’imagine pas ne pas en être.

2 Responses to Sonar, on ne connaît pas la crise

  1. de roux gislaine le juin 19, 2012 à 11:11

    j’aime!!!!!!!!!!!!!!!!

  2. pantxo le juin 27, 2012 à 4:57

    Nicolas Jaar, son acolyte palichon guitariste, Dave Harrington, leur duo, « Darkside », au beau milieu d’une après midi écrasante. Il est 17h30, samedi. La pendule tourne toute seule, le mouvement perpétuel ramollit un peu sa cadence infernale au rythme insufflé par Jarr, discret comme les gros drops feutrés du Fat Freddy quelques années plus tôt. Un duo en improbable harmonie. Surprenant, Darkside, enfin.

    Super fashionista, cette année encore le Sonar (c’est enquiquinant cette histoire de ne pas pouvoir mettre les accents ibériques sur nos azertys franchouillards…ça gâche le subidon). Pot pourri culturel de gueules et de sapes insensées. Drôle d’uniformité où s’entrechoquent le globish, le catalan, le seine et Marnais, le japonais et le décibel, plein, trop, à vous faire regretter la BA 118.

    En vrac, Eltron John, dandy polonais en pyjama, fulgurant, sincère, jovial. Esperanza, un groupe italien de rock-progressif avec un penchant certain pour l’électro…Les dénicheurs du RBMA ont fait mouche à plusieurs reprises, cette année, encore. ‘connait pas la crise le toro ailé aux grandes oreilles.

    A quoi bon? Ils sont trop nombreux.

    Nous prenons lentement l’allure d’une gigantesque fashion-zomby week, on est dimanche matin, le métro de 6h25 est digne de Baraka. Il ne reste plus qu’à envisager la traversée de l’Aragon, les yeux se fermeront plus tard, en pensant à Trevor Jackson, aux petites mexicaines de ISS, à l’iconographie de Die Antwoord, à la tête de mon voisin de fortune pendant le live de FatBoySlim, entonnant « Praise You » les larmes aux yeux, et en revoyant Daniel Miller, on se dit que l’electro conserve peu, mais bien…tant qu’il reste de l’eau.

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