Festival, la Lozère au détour du Monde

juillet 23, 2012
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« Détours du Monde pour restituer la place de l’homme, de la culture, de la spiritualité et retrouver la liberté de l’esprit », est-il floqué au dos des T-shirts verts des bénévoles (ils sont une petite centaine). « J’ai vu dans les yeux de ces gens, oeuvrant pour ce festival, le plaisir d’offrir la différence à contre-courant de ce monde conformé, la reconnaissance aux artistes venus partager », écrit en introduction du programme 2012 Korbo, chanteur du groupe afrobeat Fanga dont le projet Fangnawa Experience est le fruit d’une résidence de création en 2011 avec les musiciens gnawa du Maâlem Abdallah Guinéa. « On ne fait pas pour faire. On fait pour apporter quelque chose », confirme Florian Oliveres, « référent direction artistique » d’une jeune équipe organisée sur le mode associatif.

Ce n’est donc pas seulement de musique dont il s’agit à Détours du Monde, festival lozérien dont la 9e édition s’est déroulée du 19 au 21 juillet à Chanac, une première soirée dédiée à la projection du film documentaire de Christian Rouaud “Tous au Larzac”, deux autres consacrées aux concerts. On y cause de « ruralité assumée, revendiquée, défendue » et les débatteurs évoquent la diversité comme une composante de l’identité française. Le site du festival aussi penche à gauche, une prairie au pied de la Tour de Chanac, donjon du château médiéval dont il est l’unique vestige. Les spectaculaires gorges du Tarn sont voisines tout comme les paysages façonnés par les bergers des Causses et Cévennes, reconnus depuis 2011 comme patrimoine mondial de l’Unesco. Le village lui-même est superbe, au sommet duquel les loges des artistes ouvrent sur un panorama à couper le souffle. Sur la place du Plô sertie de maisons restaurées qui forment un décor théâtral, les après-midi sont rythmés par les Solos du Monde, où l’on croisa Denis Péan (Lo’Jo) et son harmonium ou Amrat Hussein et ses tablas. Sur le traditionnel stand maffé-yassa, on ira savourer le ti-punch que la maréchaussée locale s’emploiera à dépister. Enfin, c’est au crépuscule que le public (environ 1300 spectateurs par soir, un succès) gravit le chemin jusqu’à la grande scène.

Le vendredi, on y écouta la création régionale 2012, Safar où officient certains des musiciens d’Emel Mathlouthi, laquelle est venue prêter sa voix sur quelques chansons d’un répertoire particulièrement séduisant quand s’étirent les morceaux autour d’arabesques propulsées par une puissante rythmique jazz-rock. On ne fera pas le laïus sur Amadou & Mariam qui font le boulot, un poil mécanique, dans tous les festivals de l’été. Enfin, Kouyaté & Neerman continuent de tricoter des transes hypnotiques avec balafon et vibraphone, un entrelacs dans lequel le spoken word d’Anthony Joseph s’est immiscé pour un soir, comme s’il avait toujours été là. Superbe, mais les spectateurs, glacés par le froid des nuits lozériennes, avaient pour partie plié les gaules.

Retour emmitouflé le lendemain pour y voir Susheela Raman ouvrir le bal avec un concert rageur, rock’n'roll comme sa reprise de « Voodoo Child », les déflagrations des tablas faisant écho au DJ Click Live Band convié en clôture. Dans l’intervalle, il ne fallait surtout pas bouder son plaisir à l’écoute des très drôles Osaka Monaurail : les huit Japonais, emmenés par le showman Ryo Nakata (« Can I do the funky poulet ? »), continuent de calquer « Give It Up or Turnit a Loose » ou « People Make The World Go Round » avec un talent de faussaires et dans un total look sixties, cette fois dans un champ lozérien surmonté d’une tour médiévale. Comme quoi, la mondialisation…

One Response to Festival, la Lozère au détour du Monde

  1. Donnadieu Brigitte le juillet 26, 2012 à 8:57

    j’étais au festival et je trouve que l’article d’Eric Delhaye est superbe , j’ai ressenti les m^mes impressiohns que ce qu’il décrit

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