Auteur Vibrations

Jazz: Jacques Schwartz-Bart, Dans la fournaise créole


Le saxophoniste en tournée, des places à gagner

Il ne faudra pas crier trop vite au réveil des créolités. Certes, en kidnappant une ancienne chanson du Haïtien Frantz Casseus, le Martiniquais David Walters a mis le pied dans la porte insulaire. Et puis, David Murray a élu, comme groupe de proximité, son Gwo-Ka poivre et sel. Guadeloupéen cosmopolite, le saxophoniste Jacques Schwartz-Bart confirme une tendance subtile. La supériorité du métissage sur l’illusion de pureté. Son disque, qui prend au vaudou de chez lui, mais aussi au jazz nomade de Don Cherry, fait merveille.

Depuis son studio-maison d’East Harlem, il convoque une équipée de déplacés relogés, dont le colossal guitariste béninois Lionel Louéké. Et puis un Patrice Blanchard de bassiste, aperçu dans les jams de l’éphémère loft Walker de Manhattan qui réunissait autour de Graham Haynes toute une bande de partisans de… Don Cherry. Oui, c’est à lui qu’on songe. La fournaise de Schwartz-Bart, beuglée, tournée en groove de vitesse, articulée avec science, est sérieuse comme un défilé de carnaval.

A New York, le ténor et flûtiste rameute pour un claquement de langue, un coup de djembé ou une vocalise des amis qu’il associe à son disque. Entreprise alchimique d’accumulation par couches, de recettes de cuisine, ce disque prend autant aux troubadours de Port-au-Prince, aux chansonniers de Bahia qu’à un swing de fin de bal. « Pé La », sorte de ragga au rhum nourri à Weather Report, devrait dans un monde idéal faire revenir l’été. A jamais.

Pour gagner une invitation pour le concert de Jacques Schwartz-Bart le samedi 15 mars à La Spirale, envoyez-nous un mail avec vos nom, prénom et adresse postale à concours@vibrations.ch Merci d’indiquer “Jacques Schwartz-Bart” dans l’intitulé du message.

10 places à gagner, les gagnants seront avertis par email.

CONCERTS

  • 12/03/08 Vaulx en Velin/ Vaulx Jazz

  • 14/03/08 Lausanne / Chorus

  • 15/03/08 Fribourg / La Spirale

  • 20/03/08 Bruxelles / Flagey

  • 21/03/08 Paris, Ile-de-France / Sunset avec Olivier Hutman

  • 22/03/08 Paris, Ile-de-France / Sunset avec Olivier Hutman

  • 23/03/08 Paris, Ile-de-France / Sunset avec Olivier Hutman

ALBUM

  • Jacques Schwartz-Bart “Soné Ka La” (Universal Music Jazz France)

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jazz: Andrew Hill, hommage

PHOTO: FRANCIS WOLFF

Le pianiste et compositeur est mort le 20 avril dernier. Impressionnismes de la mélodie, polyrythmies d’instinct: l’élégance, la modernité et l’intelligence

Il fallait l’écouter trois secondes. Dans son salon de bois clair, à Jersey City, enfilé dans un lainage à col roulé noir, un clope au bord du bec. On ne comprenait trop bien, au début, cette élocution en rafales, ce bégaiement à rebours. Comme Ornette Coleman, dont la voix semble être aspirée plus que portée, Andrew Hill parlait comme il jouait. Mort le 20 avril à 76 ans d’un cancer des poumons, le pianiste de Chicago appartenait à cette famille de musiciens (Eric Dolphy, Wayne Shorter, Charles Mingus) qui libérait l’espace sans renoncer à la structure.

Sur son piano long, il y avait encore des partitions de Chopin, des choses qui l’occupaient par inadvertance. C’était Earl Hines qui lui avait mis un piano sous les doigts, Paul Hindemith qui l’avait éduqué. Andrew Hill était au carrefour des musiques orale et écrite. Déjà, dans son premier album en 1959 (So in Love), il décalait les angles en trio. Avec son ami Malachi Favors, bientôt dans l’Art Ensemble. Andrew Hill peaufinait des polyrythmies d’instinct, des impressionnismes de la mélodie. Il était un dandy de la note tordue. Ses albums pour Blue Note le disent bien (Point Of Departure ou Black Fire qui s’enfilent insidieusement dans un swing claudicant).

Andrew Hill avait déserté la scène. Il était devenu professeur de composition, avait laissé ses cheveux blanchir devant un tableau noir. Jusqu’à ce retour en ville. A New York, dont il écumait les clubs en auditeur, fasciné par une nouvelle génération d’improvisateurs dont il était devenu le mentor. Le pianiste texan de Harlem Jason Moran prenait chez lui des leçons de style. Et ses récents albums pour Palmetto, puis Blue Note, affirment surtout l’extrême élégance, la parfaite modernité et l’intelligence du son. Andrew Hill, qui se rajeunissait volontiers de quelques années (il était né le 30 juin 1931), avait mis dans son jazz un goût d’aujourd’hui.

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