Auteur Jacques Denis

Hommage: Guru

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Suite à la disparition du rapper lundi dernier, nous republions ces deux articles publiés dans le magazine Vibrations à l’occasion de la sortie de “The Ownerz”, le dernier album de Gang Starr

Par David Commeillas

«Deux platines et un microphone.» À chaque interview, devant chaque caméra, chaque micro tendu, Guru répète inlassablement ses cinq mots. Comme si cette définition épurée du rap signifiait aussi «DJ Premier et MC Guru». Comme s’il était fondamental, à toute époque, de revenir à l’essentiel, et de rappeler leur éternelle allégeance à la culture hip hop. Les deux piliers de Gangstarr font désormais office de survivants, derniers miraculés d’une ère où cet art de rue revendiquait encore quelques valeurs chevaleresques telles l’honneur et l’authenticité. Parce qu’ils y croyaient sans doute plus fort que les autres, Gangstarr n’a pas connu le destin infortuné de A Tribe Called Quest, Nice & Smooth, Brand Nubian, Diamond D, Black Sheep et autres Jungle Brothers. Que reste-t-il de cette prétendue «new-school» new-yorkaise émergée au crépuscule des années 80? Busta Rhymes et Q-Tip lancés dans des carrières solos, Pete Rock exilé sur le label londonien BBE, et quelques groupes qui tentent à chaque album de retrouver en vain l’éclat du passé. Sombre Bilan. Rares sont les artistes ayant réussi à négocier le virage du nouveau millénaire sans déjanter.

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Les Trans: Les punks africains squattent à Rennes

PHOTOS: Nicolas Joubard

Les punks quadragénaires de The Ex et le saxophoniste Getachew Mekuria reprennnent des thèmes éthiopiens aux Transmusicales

En parcourant le programme des réjouissances, plusieurs spectateurs se coincèrent les sourcils dans les cheveux: Aucune vedette, aucune star internationale, ni Fugees, ni Beastie Boys… Et tant mieux. On préfère quand le Parc Expo de Rennes se transforme en immense caverne d’Ali Baba, et que chacun repart avec l’impression d’avoir découvert quelques trésors bien à lui. Outre les guitares soulfull de The Heavy ou la déflagration funk de Galactic accompagné des rappeurs Boots Riley (The Coup), Chali 2na (Jurassic 5) et Lyrics Born, le public s’envola sur la harpe de Serafina Steer pour explorer la pop lunaire de Tunng, le tout mis en orbite par les bricolages digitaux de Buck 65. Cette ballade céleste fut l’un des moments magiques de cette 29éme édition. Pour en vivre un autre, il fallait se lever tôt, avant 16 Heures. Puis il fallait traverser Rennes à pied sous la pluie, sans trop s’attarder dans la terrible « rue de la soif », afin de trouver un siège au balcon de la salle de La Cité. Un combo de punk quadragénaire avait squatté les lieux. Ce qu’on aime chez The Ex, c’est d’abord leur incapacité à jouer de la guitare en restant immobiles: Terrie et Andy trépignent de droite à gauche, les jambes raides comme du bois, et on jurerait qu’ils se retiennent de pogoter à chaque morceau.

Le groupe hollandais avait à nouveau convié le saxophoniste Getachew Mekuria, 73 ans, l’un des pères du free-jazz éthiopien dans les années 40. Étrange idée: Rejouer des thèmes classiques éthiopiens avec des riffs de guitares impétueux, et ponctués de solos cuivrés, d’une sensualité renversante. Les contrastes se juxtaposent sans heurts, avec une souplesse impressionnante, résultat de trente concerts ensemble depuis l’année dernière. Le secret de cette improbable fusion, c’est aussi que ces punks-là connaissent déjà un peu l’Afrique: La batteuse Katherina chante en amharique, ce qui n’est pas donné à la première hollandaise venue, et le guitariste Terrie a fondé un label de musique éthiopienne, Terp Records à Amsterdam. Il y a d’ailleurs publié ces fabuleuses excursions africaines avec Getatchew Mekuria.

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world: Seun Kuti & Egypt 80, la danse du feu

PHOTOS: DAVID COMMEILLAS

Le fils du Black President passe ce samedi par les Nuits du Sud de Vence. Son concert donné le 24 juin au Bataclan de Paris annonce la canicule à venir…

19 musiciens, dont 7 cuivres, 4 percussions, et trois danseuses aux visages maquillés de toutes les couleurs et aux bracelets de ventres ondulant de façon hypnotique… Rarement la scène du Bataclan parisien n’avait paru si étriquée, et pourtant Seun Kuti trouva, ce dimanche 24 juin, encore assez d’espace pour danser, se déhancher, tourner et rouler des épaules avec panache. Pour fêter la sortie de son premier maxi (”Think Africa/ Na Oil”), le plus jeune des fils de Fela parcourt la planète avec une reformation d’Egypt 80. “Ceci n’est pas que du divertissement, c’est un statement. Je suis ici pour vous dire comment vivent les jeunes à Lagos”, crie-t-il à la foule.

En provenance directe du Nigéria, le groupe n’avait même pas eu le temps de décoller les étiquettes des douanes sur leurs tambours traditionnels. Pendant plus d’une heure, Seun Kuti s’aventura dans de longs tunnels enflammés d’afro-beat, invitant Tony Allen à s’installer derrière la batterie pour un titre, et faisant monter sur les planches le rapper Mokobé du 113 (Seun Kuti apparaît sur son nouvel album, Mon Afrique). La comparaison avec l’autre héritier musical de la famille Kuti est inévitable: Femi est d’avantage un chef de tribu inébranlable, au spectacle précis et peut-être mieux huilé, mais à 23 ans seulement, Seun affiche une fougue et une ardeur hors du commun. Mené par le saxophoniste vétéran Baba Ani, sa fanfare roots et funky semble incontrôlable. Les improvisations fusent dans tous les sens, gratifiant à la fois les yeux et les oreilles des spectateurs extasiés.

Après avoir interprété surtout des compositions de son prochain album (toujours pas signé en maison de disque), il acheva le concert torse nu, les deux poings en l’air après une “Fire Dance” du tonnerre. Une clameur assourdissante monte du public en guise de remerciements, et lorsqu’il se retourne pour sortir de scène, on peut enfin lire clairement le tatouage entre ses omoplates transpirantes, en lettres majuscules: “Fela lives”.

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CONCERTS

ALBUMS

Les enregistrements studio de Seun Kuti ne sont disponibles que sur vinyle

  • Seun Kuti, “Na Oil”/”Think Africa”, en vente dans le shop de Vibrationsmusic.com
  • Seun Kuti, “Fire Dance” (Betino’s) à paraître en septembre
  • Album annoncé: 90 minutes de ses meilleures prestations live, avec DVD: octobre-novembre

SUR VIBRATIONSMUSIC.COM

  • Du 31 juillet au 3 août, hommage à Fela, mort le 2 août 1997, à travers une bio-discographie illustrée

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film: les mixtapes, la revanche du rap underground

Une industrie du disque pirate se cache dans les caves et appartements new-yorkais

Un marché parallèle développe les talents du hip hop de demain: un documentaire plonge dans le laboratoire musical qui fait vibrer les trottoirs de Harlem

En arpentant pour la première fois les trottoirs de Harlem à New York, n’importe quel amateur de hip hop est pris de vertige: à chaque coin de rue, de petites échoppes clandestines vendent des albums inconnus de Redman, Talib Kweli, Notorious Big, etc. Le documentaire Mixtape expose ce phénomène underground, ou la revanche de la rue sur une industrie du disque sclérosée.

En compagnie de légendes du genre comme DJ Clue, on pénètre au cœur de ce marché parallèle, ayant ses boutiques clandestines et son top 50 officieux. Jusqu’au milieu des années 90, les mixtapes n’étaient encore que de simples compilations de tubes mixés par les meilleurs DJ, mais elles sont ensuite devenues de véritables supports de création, proposant des morceaux et des remix inédits. Pour un jeune rapper, elles demeurent aujourd’hui le meilleur moyen d’installer sa crédibilité sur le pavé, étape indispensable avant la gloire internationale: “50 Cent est l’exemple parfait”, explique DJ Green Lantern à l’image. “Il a vendu huit millions de disques en mettant d’abord le feu dans la rue, puis en le laissant se répandre.”

Avec des interventions de Kanye West, Chuck D, DJ Red Alert, et Lil Jon, le film de Walter Bell est une immersion dans les sous-sols du business rap. La créativité y est complètement débridée, et les compositeurs y expérimentent des samples et des a cappella dont ils n’auraient jamais obtenu les droits de toute façon. Pour cette raison juridique évidente, Mixtape manque ironiquement d’extraits de mixtapes. Trop de discours et pas assez de musique, voilà le seul reproche que l’on puisse adresser à cette enquête pas très spectaculaire, mais particulièrement judicieuse.

VIDEO

  • Extrait de Mixtape (taille du fichier: 20.5 Mo): Kanye West voit dans la mixtape une médiocrité artistique à laquelle il ne cède pas, DJ Ty Boogie un ascenseur social, et Chuck D un pouvoir repris par le peuple.

DVD

  • Mixtape, de Walter Bell (2 Good)

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film: la Jamaïque sur grand écran

Bunny Wailer

Un réalisateur français plonge dans les scènes reggae et dancehall: gros budget pour musiques en cinémascope. Made In Jamaica sort demain sur les écrans français

Le réalisateur français Jérôme Laperrousaz a mérité sa réputation sur les terres de Marley en 1980, lorsqu’il publia un excellent documentaire sur le groupe Third World sélectionné au festival de Cannes, Prisoner In The Street. Cette fois, il orchestre un projet titanesque intitulé Made In Jamaica, avec 4 millions de dollars de budget. Parrainé par Wim Wenders, le film assume l’étiquette de Buena Vista Social Club de la musique jamaïquaine. Le traitement de l’image y est pourtant bien différent, et Made In Jamaica ne s’applique pas seulement à exhumer les vestiges d’un passé brillant. Le casting rassemble les derniers vétérans du reggae roots comme Gregory Isaacs et aussi la nouvelle génération dancehall comme Vybz Kartel ou Bounty Killer. Il sera soutenu par une B.O. en plusieurs disques composée de titres enregistrés spécialement pour l’occasion. Cet ouragan jamaïquain atteint les côtes bretonnes ce mercredi.

Outre le fait de tourner en 35 mm, en quoi Made In Jamaica se distingue-t-il d’un simple documentaire ?
Jérôme Laperrousaz: Nous l’avons tourné comme un film de fiction, ce qui signifie plusieurs prises, des mouvements de caméras répétés, une lumière extrêmement précise… Le reggae est une musique majeure, donc elle implique une qualité esthétique et formelle. Mais du coup, tout devient compliqué: il faut mettre en place la lumière, les cadres, et le reste. J’avais la même volonté esthétique pour la musique, ce qui veut dire des multipistes, sonoriser des endroits pas évidents… Je voulais un son parfait, mais qui garde la fragilité du “live”, la qualité de l’instant.
Quel est l’objectif du film ?
J’ai sélectionné les artistes comme on choisit des acteurs. J’ai travaillé avec mes filles pour choisir tous les titres avant le tournage, car le fil rouge, l’épine dorsale du film, c’est vraiment la musique, surtout les paroles des chansons. Par exemple, j‘ai écouté trente heures avec Toots Hibbert en studio, soit presque toutes ses bandes des vingt dernières années. C’est un perfectionniste comme moi, et finalement, on n’a gardé seulement trois titres. On a passé toute la nuit du nouvel an 2005 à travailler dans son studio.
Quels sont vos pires et meilleurs souvenirs du tournage?
Quand Bunny Rugs a chanté “Slavery Days” devant la plantation, c’était très émouvant. Il y eu aussi des moments difficiles: quand le danseur Bogle s’est fait assassiner trois jour après notre interview, ce fut un choc très éprouvant. La violence rend les choses compliquées. C’est très difficile de tourner en Jamaïque. L’industrie anglo-saxonne refuse d’y mettre les pieds car cela implique trop de risques. On a dû surmonter de vrais problèmes, mais il y a eu aussi et surtout des instants formidables. Chez la majorité des artistes jamaïquains, il y a une telle générosité, une telle force… Quand Bounty s’est mis à chanter sur le bateau, il est devenu impossible à arrêter. Je lui disais de s’économiser entre les prises, mais il a chauffé la foule pendant deux heures entières avec ses chansons.
Le message social est également essentiel…
Ces artistes sont des rebelles militants, chacun à sa façon. Ils militent pour leur cause, ils insistent sur des sujets qui nous gênent comme la pauvreté, le cloisonnement des classes sociales, et les effets secondaires de la colonisation… Voilà pourquoi il me semblait si important de leur donner enfin la parole.

LE FILM

  • Made In Jamaica, Jérôme Laperrousaz (sortie en salles le 13 juin)

ALBUM

  • Made In Jamaica, double CD (Harmonia Mundi). Avec Toots Hibbert, Gregory Isaacs, Sly Dunbar & Robbie Shakespeare, Beres Hammond, Bounty Killer, Elephant Man, Vybz Kartel, Lady Saw, Tanya Stephens, Capleton…

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VIDEO

  • La bande-annonce (en anglais)

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hommage: le mento pleure Stanley Beckford

PHOTO: BENOIT PEVERELLI

Les véritables origines du reggae ont toujours été le fer de lance du Jamaïcain, qui laisse derrière lui des tubes, des métaphores graveleuses et un enthousiasme incroyable

Le 30 mars, Stanley Beckford a définitivement succombé au cancer de la gorge qui l’accablait depuis plusieurs mois. Il venait d’avoir 65 ans, en février. Tous les habitants de son petit village de Riversdale, un hameau jamaïquain de quelques centaines d’habitants où il demeurait depuis les années 80, porte aujourd’hui le deuil de son héros régional.

En revanche, le reste de l’île semble actuellement trop occupé à organiser la coupe de monde de cricket pour se souvenir de ce grand-père au sourire juvénile. Car sur les terres de Marley, son nom était tristement retombé dans l’anonymat. Seuls d’autres vétérans comme Ken Boothe ou Derrick Morgan se rappellent encore de cette légende d’une époque révolue (ils réglèrent d’ailleurs ses dernières factures d’hôpital). Il faut dire que sa discographie se résume en quelques lignes : dans les années 60 et 70, Beckford signa quelques hits populaires avec son groupe The Starlites, compilé sur l’album Soldering par le producteur Alvin GG Ranglin. Citons aussi Gipsy Woman avec les Revolutionaries de Sly & Robbie en 79.

Dans ses chansons, ce petit homme au caractère rieur et espiègle aimait les métaphores en dessous de la ceinture, tel “Big Bamboo” ou “Banana”… Depuis ces succès éphémères, Stanley Beckford avait surtout œuvré à présenter les racines du reggae à la jeune génération. Via un contrat chez Universal, il était devenu le dernier ambassadeur du mento, ce cousin du quadrille et du calypso, musique champêtre du milieu du 20ème siècle que l’on jouait dans les bals des villages jamaïquains sous le joug colonial. Il publia ainsi deux albums en France, notamment l’excellent Beckford Plays Mento en 2002 avec le Blue Glaze Mento Band, chapeauté par son ami et directeur artistique Sylvain Taillet. Ce dernier monta ensuite le label Calaloo pour soutenir son second disque, Reggaemento. Sylvain Taillet: “Rappeler les véritables origines du reggae était une mission à part entière pour lui. De 2002 à 2005, il a donné près de 250 concerts en Europe avec un enthousiasme incroyable. Je crois que tous les journalistes qui l’ont rencontré et tous les gens qui l’ont vu sur scène ont pu sentir son plaisir de chanter et son extrême gentillesse.”

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