Lhasa De Sela est décédée à son domicile de Montréal pendant la soirée du 1er janvier 2010, des suites d’un cancer du sein. Elle était âgée de 37 ans.
Un excès d’émotion et de gravité avait fait naître une blessure sourde et menaçante. Des micros lésions pesaient sur la voix de Lhasa. Ces petits kystes disparaissaient puis attaquaient de nouveau ses cordes vocales comme une série de points d’interrogations ponctuant la partition bien écrite d’une tournée. Pendant les concerts qui ont suivi la sortie de son deuxième album The Living Road, Lhasa avait navigué entre voix de tête et voix de poitrine, titillant ainsi les frontières entre deux approches inconciliables. Après quelques alertes, l’instrument sensible se grippa. Soudain, sa corde vocale lâcha.
Keyvan Chemirani, Prabhu Edouard, Sandip Chatterjee et Stelios Petrakis en répétition
Le festival parisien Climats accueillait ce week-end la création “Samamsha”, rencontre entre les percussions persanes et indiennes de deux virtuoses. Vibrationsmusic.com a laissé traîner ses oreilles pendant la répétition
Mon premier: deux amis percussionnistes, l’un est iranien et joue du zarb et l’autre est indien du sud et joue des tablas, tous deux sont basés Paris. Mon second: un ami du premier qui vient de Crète, joue du luth et de la lyra. Mon troisième a rencontré mon deuxième par mon premier: c’est un musicien indien du Nord joueur de Santoor (caisse trapézoïdale à cordes frappées indienne). Mon tout est un quartet inédit qui veut dire “partage égal” ou “héritage commun” en sanscrit.
Voilà l’énigme de cette nouvelle création, baptisée “Samamsha”, bâtie autour de l’Irano-Parisien Keyvan Chemirani et son complice Prabhu Edouard, deux habitués des compositions musicales à racines multiples, qui ont permis la rencontre improbable de Sandip Chatterjee et de Stelios Petrakis. “Ce chemin n’est peut être pas si saugrenu car le santoor iranien, ancêtre de l’indien, marie souvent son timbre avec celui du kémantché iranien qui ressemble à la lyre”, explique Keyvan Chemirani. C’est par ce voyage musical inédit entre la Méditerranée et l’Inde que s’est ouvert, vendredi, le Festival Climats, qui proposait un regard transversal sur ce pays continent qui enveloppe la musique, la danse, les créations sonores, la gastronomie, les contes pour enfants, la B.D sans oublier le dancefloor…
EN ECOUTE
Un extrait de la séance de répétition de la création “Samamsha”, un morceau construit autour du ragga de la mousson (enregistrement et montage: Elodie Maillot)
Entre tradition joik et inspiration électronica, le duo norvégien propose du neuf pour les oreilles, du nouveau pour le coeur. Vibrationsmusic.com vous offre la vidéo d’une session acoustique exclusive, et dix 45-tours à gagner
“Adjagas, c´est un état de semi conscience, entre le rêve et le réveil. Certains textes se sont écrits sans que je m’en souvienne: il est ici question de faire confiance à notre autre partie du cerveau.” Cette expérience relatée par le jeune chanteur du groupe Lawra Somby, accompagné sur disque par le timbre féminin de Sara Marielle Gaup, est bien connue des Samis, appellation non péjorative des Lapons qui vivent dans la partie septentrionale de l’Europe du Nord, répartis entre la Russie, la Finlande, la Suède, et la Norvège.
Les deux voix d’Adjagas ont grandi en Norvège entre la tundra isolée, les rennes, la neige, les nuits polaires, le soleil de minuit, l’université de la ville et la tradition ancestrale du joik, ce chant poétique a cappella propre à chaque individu. “Le joik est un outil essentiel pour exprimer toute la palette des émotions, de la rage la plus agressive à la tristesse, en passant par la joie ou le bonheur intense. Le joik ne chante pas à propos d’une chose ou une personne, il est cette chose, cet état ou cette personne”, explique Lawra Somby.
Pendant des années, l’influence chrétienne bien pensante interdisait aux Samis la pratique de ce chant jugé mystique et diabolique. Le duo a moins de trente ans. La pionnière des chanteuses sami, Mari Boine, les a pris sous son aile. Mais à la différence de leur doyenne, eux ont marié le joik pur avec des nappes électro, guitares, banjo, percussions, effets planants et autres instruments plus anachroniques comme le ukulélé. Adjagas ? Idéal à écouter à moitié éveillé, sur une langue de route serpentant entre les arbres enneigés.
VIDEO EXCLUSIVE (nécessite QuickTime 7)
Filmé par Francisco Cruz fin avril à Paris, le groupe interprète “Siivu” pour les visiteurs de Vibrationsmusic.com
A ECOUTER
“Mun Ja Mun”
Remixe de “Mun Ja Mun” par Schneider TM & UUUU Shorelein
Pour gagner un des dix 45-tours d’Adjagas, envoyez-nous un mail avec vos nom, prénom et adresse postale à concours@vibrations.ch. Merci de rappeler “Adjagas” dans l’intitulé du message.
Le concours est fermé
Les Sud-Africains Bongo Maffin sont en concert samedi à la Cité de la Musique: l’occasion de découvrir la voix du groupe, qui fait une escapade solo aux élans révolutionnaires
Alors que les productions de Bongo Maffin claquent comme des sirènes urbaines, le premier album solo de leur chanteuse, Thandiswa Mazwai, s’ouvre en version bucolique, un son mate et brut. Cette session est issue d’un voyage aux sources qu’elle a fait avec un musicien Xhosa qui l’a emmenée en stage de chant dans les collines, auprès des grands-mères. Une sorte de “retour vers l’Afrique” pour cette chanteuse qui incarne avec Bongo Maffin depuis 10 ans le succès du kwaito, cette musique urbaine sud-africaine qui célèbre l’hédonisme.
Aujourd’hui le chanteur de kwaito est à la fois un fin analyste des dérives de la société contemporaine, un businessman et un modèle pour la jeunesse. Qui plus est lorsqu’il est une jeune femme coiffée de dreads, vêtue d’une jupe de cuir traditionnelle et chaussées de bottes à talons aiguilles. Le premier album de Thandiswa Mazwai, Zabalaza (Révolution), est sorti au moment où la nation arc-en-ciel fêtait ses dix ans de démocratie. Il parle donc de cette génération qui avait vingt ans à la fin de l’apartheid, et questionne le rôle des Noirs dans la nouvelle Afrique du Sud, autant que sa dense tradition musicale jazz, kwaito, dub ou hip hop, avec quelques interludes xhosas a cappella. “Je cherche une autre expérience plus poétique, interactive, dans une perspective plus futuriste”, explique la jeune chanteuse dont l’album s’est vendu à cinquante mille exemplaires. Quant au public européen, il la découvre aujourd’hui chantant sur Article 3, le récent E.P de Meshell Ndgeocello.
“Le monde change, les révolutionnaires meurent et les enfants oublient”, chante Thandiswa Mazwai. Aujourd’hui, elle est considérée comme la future Miriam Makeba… C’est déjà une promesse de révolution.
CONCERT
Bongo Maffin, 14/4, Paris, Cité de la Musique dans le cadre de la soirée Urban Night du cycle “Faubourgs d’Afrique du Sud”.
Premier concert français pour un trio qui s’est bien trouvé: ravivées, les années lumières du reggae…
Alors que les grandes formations du reggae roots disparaissent ou fusionnent au gré du marché mondial des transferts jamaïcains, un seul duo reste indestructible : Sly Dunbar, à la batterie, et Robbie Shakespeare, à la basse. Comme tous les couples mythiques, ils ont connu des hauts (Rolling Stones, Gregory Isaacs, Black Uhuru, Gainsbourg, Chaka Demus & Pliers…) et peut-être quelques bas, mais restent inséparables pour le meilleur, soudés par un engagement rythmique scellé il y a plus de 30 ans.
“Quand je dis je suis Sly, j’ajoute “de Sly et Robbie” et les gens comprennent tout de suite! Malgré les années, je suis toujours charmé par la magie de la basse de Robbie, un son lourd, propre, unique!”, rigole Sly. Les deux ont vite décidé de monter leur label, Taxi, ravivé grâce à des économies amassées pendant une tournée avec Peter Tosh et des avances perçues pour services rendus sur des productions de majors. Aujourd’hui, ce label produit toujours “de jeunes talents, comme la fille de Toots, Buju Banton ou Tina, sur des riddims dancehall, ou même one drop, car ce style roots revient à la mode: cette chaleureuse ligne de basse manquait à la musique jamaïcaine.”
Mais le nouveau partenaire régulier du duo est né après l’invention du one drop. Il n’a que 30 ans et a grandi dans la grisaille de Birmingham, loin des Caraïbes, mais chante comme les vieux de la vieille: on sent que le petit connaît ses classiques (Gregory Isaacs, John Holt, Johnny Clarke ou Nat King Cole). Bitty McLean (myspace) a beaucoup de cordes à son arc vocal (lovers, soul, rub’a’dub), et il est aussi ingénieur du son. Il a d’ailleurs mixé l’album d’UB40 Promise And Lies et y a posé sa voix, de quoi se faire remarquer par le duo Sly-Robbie, puis enchaîner quelques hits dans les charts anglais. Sly et Robbie viennent tout juste d’enregistrer un album en Jamaïque avec Bitty McLean, déjà la coqueluche des sound systems de l’île.
Sur scène, les trois semblent s’être bien trouvés, plus pour prôner l’amour que la révolution, en ravivant le meilleur son des années lumières du reggae… Alors que leur première performance française, à Banlieue Bleues le 24 mars dernier, s’achève, le public en redemande, mais le génial et vétéran ingénieur du son Godwin Logie (Steel Pulse, Black Uhuru, Toots, LKJ) souffle le mot de la fin, hilare : “C’est bon d’être désiré!”
EN ECOUTE
Bitty McLean, secondé par Sly & Robbie: extrait de medley, enregistré le 24 mars 2007 à Banlieues Bleues
VIDEO
Dernière répétition du groupe dans les loges à Paris avant le concert de Banlieues Bleues
Ce DJ hongrois quadragénaire est un modèle d’éclectisme dans son pays. Il officie sur des radios alternatives et est le résident du festival de Budapest Sziget
Cela fait quinze ans que Jolt Palotaï officie sur la radio interdite Radio Tilos, enthousiasmante radio alternative de Budapest, jadis pirate, vissée au-dessus d’un bar et recouverte de graffs, autocollants et autres tags qui déclinant les tendances musicales qui traversent cet ex-pays communiste. Punk, techno, garage, hip hop, dub : Palotaï est de toutes ces mini-révolutions.
Jolt Palotaï a grandi à “l’âge de pierre”, une époque où il était difficile de se procurer des vinyles en Hongrie. La mixette et Internet n’existaient pas, et les cassettes psychédéliques s’échangeaient sous le manteau. Aujourd’hui, il fait danser des milliers de personnes sur du breakbeat, de la drum’n’bass ou du hip hop. Il est aussi DJ résident du fameux festival Sziget, îlot de musiques innovantes au milieu du beau Danube bleu. “Palotaï est une institution, un modèle”, soufflent deux jeunes DJ qui préparent une émission techno-indus sur Radio Tilos. Ils s’écartent pour laisser passer ce grand quadra éternellement à la pointe des tendances venu avec ses vinyles, mp3 et CD pour mixer Coldcut, Gotan Project, Juju Orchestra ou des sons de Transylvanie, région qu’il a musicalement explorée dès les années 80.
La fièvre qui y régnait alors valait celle des raves actuelles. “Il y a quelques années, il te fallait une demi-heure pour faire ressentir la musique globale. Aujourd’hui, il suffit de quelques minutes, car toutes ces influences peuvent se retrouver dans une chanson”, raconte Palotaï. Mais aujourd’hui “sono mondiale” se dit encore “Palotaï Touch” en Hongrie.
A Birmingham, Soweto Kinch a grandi entre deux mondes, entre le Handsworth étriqué, mal famé et mal aimé, et la culture léguée par des parents anglo-caribéens fans de jazz. Après un premier album renversant (Conversation With The Unseen), il présente au festival Banlieues Bleues un récit poétique entre jazz, grime, spoken word et hip hop
Vous dites que votre premier album voulait “amener un public jazz vers le hip hop”, et que celui-ci fait le chemin inverse…
Je ne crois pas aux barrières érigées entre les genres. J’ai baigné dans une culture jazz profonde tout autant que dans le hip hop. Cet album raconte une histoire, celle d’une réalité urbaine à travers l’expérience de trois individus, un chauffeur de bus, un collégien et un musicien de jazz. Il veut définitivement sortir des clichés sur la banlieue, lieu de violence et de crimes, et plutôt décrire l’ordinaire, la palette des émotions qu’on peut y ressentir, et pour moi ca va d’une ballade jazz à des tonalités hip hop. Mon inspiration vient du quotidien, d’expériences banales, comme monter dans un train ou dans un bus.
L’album se déroule comme une histoire, rythmée par la voix d’une narratrice de la BBC: c’est du hip hop narratif ?
Oui, le titre “Everybody Raps” par exemple, c’est juste un scénario comique traduit en musique. L’album est en deux parties : la première, A Life In The Day Of B19, parle de gens d’un quartier qui veulent toucher le ciel, devenir célèbres, avoir une meilleure vie, et la seconde, Basement Fables, à paraître, parlera de leur retour à des valeurs plus fondamentales. Les trois personnages (Marcus, Adrian et S.) n’existent pas, mais reflètent d’autres histoires vécues par des gens que je connais. Je ne voulais pas écrire une chanson sur le culte de la célébrité, je préfère raconter l’histoire de Marcus qui se laisse dépasser par la notoriété et le bling bling.
Un des personnages est prêt à tout pour donner sa démo à des producteurs… Vous programmez aujourd’hui des soirées Live Box à Birmingham qui laissent place à de jeunes talents: vous êtes de l’autre côté de la barrière?
Oui ! D’un côté je suis enthousiasmé par toute l’énergie des jeunes, comme les MC grime -un style très dépouillé aux rythmiques proches du speed garage que l’on entend beaucoup en Angleterre. Et d’un autre je suis découragé de voir que certains MC n’ont souvent pour modèle que les Etats Unis, les chaînes de tv musicales et qu’ils ne font pas le lien entre Busta Rymes, James Brown, Miles Davis ou le reggae militant qui fait partie de notre culture anglaise. J’ai toujours eu la chance d’être des deux côté de la barrière dans ma vie, j’ai grandi dans des quartiers défavorisés comme Handsworth ou Hockley, connus pour leur taux de chômage ou de criminalité, mais j’ai étudié à l’école privée et à Oxford. Le système voudrait que le quartier dans lequel on grandit détermine la musique qu’on écoute ou les études qu’on ne fera pas… Je suis contre ces étiquettes faciles “musiques urbaines = rap, r’n’b ou violence”.
C’est pour ça que vous prôniez, dans votre premier album, un monde gouverné par le jazz, musique urbaine par essence ?
C’est un concept qui résume mon approche de la vie et de la musique, l’idée que la joie et l’énergie que l’on transmet en concert n’est pas qu’une approche physique, mais que l’on transmet quelque chose qui pourrrait être politique ou social, même si l’on aime faire danser le public. Ca m’inquiète de voir que ma musique, ou celle d’autres MC, a été définie comme étant du hip hop intellectuel. Personne n’aurait utilisé ce terme pour définir du rock ou du folk “intellectuel”. Pour moi, tout le monde a une dimension intellectuelle.
EN ECOUTE: “Love Gamble”, extrait de A Life In The Day Of B19: Tales Of The Tower Block
Du 11 mars au 5 avril se tient le Le Festival itinérant de films musicaux A World of Music. Cap sur New York pour cette première édition
Quoi de mieux qu’un “film pirate autorisé” pour traduire la fièvre d’un groupe de rap mythique en live ? Les fans en rêvaient, les Beastie Boys l’ont fait en confiant 50 caméras à des fans recrutés par petite annonce le soin de filer leur concert. Et quoi de mieux qu’une plongée dans le turbulent show de ce groupe-phare de Brooklyn pour initier un festival de films placé sous le double signe de New York et de la musique ?
La première édition de A World of Music aura lieu dans une douzaine de villes en France. “L’idée de ce festival est née face au constat du manque de visibilité des films et documentaires dédiés à la musique. Après le succès de quelques projections dans des gros festivals comme les Transmusicales ou Marsatac, nous avons voulu tenter l’expérience”, explique Arnaud Frisch, patron du label UW (Uncivilised World), producteur de DVD et organisateur du festival électronique Astropolis.
Les trois films sélectionnés se tournent donc vers New York : le hip hop des Beastie Boys dans Awesome ; I Fuckin’ Shot That !, un documentaire sur les New York Dolls, groupe mythique reformé pour un concert spécial en 2004. Et enfin Block Party de Michel Gondry, l’histoire du concert mémorable organisé par l’humoriste Dave Chapelle avec Erykah Badu, Dead Prez, les Fugees, The Roots, Cody Chesnutt, Jill Scott. Ces films valent d’être vus non seulement pour le sujet, mais surtout pour leurs esthétiques originales. “Votre participation est cruciale.” Les dernières recommandations faites à l’équipe de 50 fans cadreurs d’un soir avant le concert des Beastie Boys valent aussi pour ce festival ciné.
Commentaires