Auteur Jacques Denis

folk: Devendra Banhart toujours plus serein

devendra

ILLUSTRATION: SIMON HENWOOD, Devendra 22, London 2004, Gouache on paper 139 x 100cm
© Simon Henwood

Le jeune texan sait une nouvelle fois bien s’entourer pour offrir un cinquième album aux influences diverses et à l’équilibre parfaitement maîtrisé.

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blues : Les Campbell Brothers allument la foi à Cognac

Comme à son habitude, le festival Blues Passion se révèle plein de surprises. Dont le gospel exalté des Campbell Brothers

LES CAMPBELL BROTHERS EN CONCERT PHOTO: D.R

Il n’est que dix heures du matin à Cognac lorsqu’on découvre le folk-blues habité du songwriter Terry Stamp et le set jouissif du singulier bluesman Super Chikan. L’après-midi avance dans le parc François 1er en compagnie de l’artiste Ninjatune Fink et au son des volutes hypnotiques de Debashish Bhattacharya, accompagné de tablas. Dans un chais de cognac voisin, on est enchanté par la grâce acoustique de la chanteuse soul Ruthie Foster. Cognac Blues Passion vit sa 14e édition avec l’éclectisme qu’on lui connait depuis ses débuts.

Mais le clou de cette journée arrivera à la tombée du jour avec les Campbell Brothers. Rythme, exaltation et virtuosité conduisent aux voies du Seigneur par l’entremise de classiques gospel aux influences rhythm’n’blues et funk et d’une version instrumentale transcendante de “A Change Is Gonna Come” de Sam Cooke. Les guitares de de Chuck, Darick et Phil illustrent l’effervescence de la famille Campbell, servie par deux chanteuses impeccables et une solide section rythmique. Comme un train de marchandise lancé à grande vitesse, rien ne semble être en mesure d’arrêter cette ferveur.

Impie ou croyant, tout le théâtre de verdure est soufflé par leur euphorie. La prestation de clôture de cette journée, pourtant impeccable, de Magic Slim & The Teardrops, pilier du Chicago Blues, pâlit en comparaison de la tornade Campbell.

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  • Le morceau “Sacred Steel” capturé dans une église américaine

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live: les New Mastersounds rejouent le Parrain

PHOTO: YVES QUERE_Reverend Chunky avec les saxophonistes des New Mastersounds, Diplomats Of Solid Sound et Reverend Cleatus

Saint-Paul Soul Jazz invitait ce week-end les meilleurs ambassadeurs actuels du deep funk: hommage à James Brown autour du Hammond

Pour sa deuxième édition, le Festival Saint-Paul Soul Jazz affirme avec un enthousiasme jamais démenti son amour des musiques afro-américaines organiques. Il reflète la passion indéfectible des frères Garcia, organisateurs mordus de “Hammond funk”. Articulées autour d’un indispensable orgue Hammond B-3, les performances des sept groupes invités laissent la part belle aux tournoiements de la cabine Leslie qui diffuse le son velouté du Hammond, enveloppant la vaste salle omnisport de Saint-Paul 2003.

A ce jeu, les Britanniques des New Mastersounds excellent. Originaires de Leeds, ils personnifient le deep funk actuel comme peu d’autres, véritables réincarnations des Meters. Leur concert du deuxième soir éclipse les impeccables Diplomats Of Solid Sound & The Diplomettes, un orchestre épatant à l’ancienne venu de l’Iowa. Lors de la troisième soirée, les New Mastersounds se lancent dans un “Tribute To James Brown”, accompagnés sur scène par Reverend Chunky, un solide chanteur à la voix âpre présent sur leur premier album. La batterie très inspirée de Simon Allen, la basse de Pete Shand et les bordées de Hammond de Joe Tatton, secondent la guitare bleue et écorchée d’Eddie Roberts, un musicien issu de la scène jazz. En onze morceaux, classiques comme “Papa’s Got a Brand New Bag” ou méconnus comme “On It”, ils rendent un hommage respectueux au Godfather Of Soul. Sur les explosifs “Make It Funky” et “Superbad”, ils sont rejoints par les cuivres des Diplomats Of Solid Sound alors que les Diplomettes et Baby Charles vocalisent dans une ambiance bon enfant. Ces découvertes et interactions chaleureuses laissent augurer d’une réjouissante troisième édition.

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world: Mahmoud Ahmed, le groove abyssin impérial

La soirée éthiopienne du Festival des Hauts de Garonne invitait la semaine passée le crooner à la voix de miel, aux incantations amoureuses

Confrontée à une météo étonnamment capricieuse, la soirée éthiopienne du Festival Hauts de Garonne investit un petit théâtre à l’italienne de Cenon, à l’acoustique profonde et chaleureuse grâce à une salle en pente. Les cuivres virevoltants et la rythmique ondoyante de Tigre des Platanes font vibrer les lieux une heure durant, soulignant les arabesques d’Ethenesh Wassié, à la voix fière, à peine déconcertée par les accents free jazz et une remarquable maîtrise instrumentale des Toulousains.

Légende vivante, Mahmoud Ahmed fait sensation dès son apparition sur scène, drapé dans un costume de dignitaire éthiopien, chasuble blanche et écharpe jaune. Solidement accompagné par un groupe de musiciens abyssins qui tourne avec lui depuis suffisamment longtemps pour réagir aux moindres inflexions de sa voix, Mahmoud Ahmed prend un malin plaisir à jouer avec ses vibratos de crooner. Son groove langoureux atteint son apogée lorsque sa voix de miel, claire et chatoyante, se love dans des chansons d’amour en amharique et en gourague. Les saxophones ponctuent de riffs jouissifs ses incantations amoureuses.

Point d’orgue de la soirée, une sublime version de “Ere Mela Mela” fait chavirer les cœurs de trois cents heureux élus alors qu’autant se pressent à l’extérieur de la salle. Au gré du concert, il remue des épaules et des hanches, dans une maligne parade amoureuse avec son public. La diaspora éthiopienne locale monte danser avec lui sur scène pour un final où l’orchestre est rejoint par les cuivres de Tigre des Platanes. On assiste alors à un moment de groove abyssin impérial dont Mahmoud demeure le plus fringant des ambassadeurs.

PHOTO LIVE: HERVE CASTELLI

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rock: The White Stripes, l’anti-évolution continue. 2ème partie

Meg et Jack White encadrent un de leurs fans, notre rédacteur Florent Mazzoleni

Ils n’ont beau être que deux, les Américains n’en finissent de démultiplier leur rock pluriel. Icky Thump sort le 16 juin: Jack White nous explique d’où il vient, où il en est, où il va

Comment voyez-vous votre parcours, comme une évolution?

Je ne sais pas. Il y a quelque chose de définitif sur les White Stripes, comme une sorte d’idée d’anti-évolution. Nous restons toujours dans notre boîte. J’utilise toujours la même guitare Airline que celle du premier album. Beaucoup de choses nous retiennent, nous n’évoluons donc pas. Parfois, nous sortons de notre boîte et nous faisons un morceau comme “Conquest” ou “Icky Thump”, puis nous y revenons. Nous ne sommes que deux. Il me semble que les gens oublient cela. Ils s’attendent à ce que nous faisions des choses grandioses. Nous ne sommes que deux!

D’une manière générale, le succès des White Stripes est comme un rêve d’enfant qui devient réalité…

Nous disons toujours entre musiciens que la manière dont les White Stripes ont percé illustre la manière dont beaucoup de groupes aimeraient percer. Ecrire des chansons, sortir des 45-tours, enregistrer dans son salon. Et ensuite, un label vous signe pour faire un album. Vous commencez à faire des concerts. Vous progressez, le groupe commence à se faire un nom et ensuite vous triomphez avec un morceau. Il s’agit d’une sorte de conte de fée rock’n’roll. On ne voit plus trop cela aujourd’hui. Les groupes sont signés à l’issue de leur premier concert et ont déjà un avocat. Nous sommes chanceux d’avoir pu commencer ainsi. Nous fêtons nos dix ans d’existence cette année. Nous avons bâti notre histoire sur des bases solides, en commençant par les soirées open mic au Gold Dollar, avant de faire des premières parties pour des groupes de Détroit, signer sur Italy Records, puis sur Sympathy For The Record Industry.

Avez-vous des projets solo?

Un jour effectivement, j’aimerai faire un album solo, mais cela risque de prendre un peu de temps. Cette année il y a le disque des White Stripes, l’an prochain celui des Raconteurs. Ensuite, je ferai une grande pause. J’essaye de beaucoup travailler en ce moment pour me permettre de faire une grosse pause. Peut-être que l’album solo arrivera à ce moment-là. J’en suis même sûr. J’enregistre toujours des démos sur mon quatre-pistes avec une guitare acoustique.

ALBUM

  • The White Stripes, Icky Thump (XL Recordings). Sortie le 18 juin

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  • “Icky Thump”

LIVRE

  • Par Florent Mazzoleni, The White Stripes, présenté par Gilles Verlant aux Editions Hors Collection, 71 pages.

CONCERT

  • 11/7: Paris, Zenith

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rock: The White Stripes, le blues rouge, noir et blanc. 1ère partie

PHOTO: AUTUMN DE WILDE

Trois semaines avant la sortie du très attendu, incisif et puissant Icky Thump, Vibrationsmusic.com a rencontré Jack et Meg White à Nashville, où a été enregistré le disque et où habite désormais celui qui répond à nos questions

D’où viennent les chansons de Icky Thump, à la fois crues et énergiques?

A l’issue de notre tournée mondiale avec les Raconteurs, je me suis mis à répéter avec Meg. Les chansons ne sont pas venues aussi rapidement que d’habitude. Nous avons ainsi dû lutter avec des riffs et des idées pour qu’elles viennent comme à l’accoutumée. Nous sommes entrés en studio avec quelques idées. Nous avons terminé la plupart des morceaux en studio. Ce qui s’avère parfois une bonne méthode, assez créative. Ce processus nous a permis d’enregistrer des morceaux plutôt solides.

L’influence blues est encore plus importante sur cet album.

Bien sûr. Nous sommes avant toute chose un groupe de blues. Toutes ces chansons sont des morceaux de blues à mon avis. C’est comme si l’on procédait à l’envers. On part d’influences rock’n’roll pour arriver au blues, à Muddy Waters, Howlin’ Wolf, Charley Patton, Son House ou Robert Johnson. Si on aime vraiment la musique, on est obligé de remonter à ces racines. Rien ne me parle plus que ces artistes de blues que je viens de citer. Ce sont encore eux que j’écoute le plus aujourd’hui. J’adore Blind Willie Johnson. Mais je pense qu’il faut avoir vécu cette époque et peser deux cents kilos pour chanter comme lui! Lorsque nous avons joué “Death Letter” de Son House aux Grammy Awards, ce fut un grand moment de notre carrière. Nous essayons de garder à l’esprit cette idée du blues qui est encore joué avec passion devant un public conséquent, le fait que les chansons qui ont tout fait commencer soient gardées vivantes et soient encore jouées aujourd’hui.

Comment arrivez-vous à renouveler votre esthétique?

Nous avons commencé par nous imposer un grand système à nos débuts. Tout vient d’une boîte rouge, noire et blanche dans laquelle nous nous sommes enfermés. En même temps, nous pouvons toujours expérimenter à partir de ces trois couleurs. Sur Get Behind Me Satan, le rouge et le noir étaient très vifs. Il n’y a donc pas de limites. Sur scène, nous pouvons aussi expérimenter avec ces trois couleurs. Cette année, cela sera très minimaliste sur scène, avec juste un rectangle rouge derrière nous, sans tympani, ni marimba. Nous pouvons donc être à la fois réduits et larges dans cette esthétique. Beaucoup de groupes aujourd’hui sont habillés en rouge, noir et blanc. Ils ne l’étaient il y a encore quelques années. Cette combinaison de couleurs est très significative pour nous, elle demeure très forte et efficace.

SUITE DE L’INTERVIEW DEMAIN

ALBUM

  • The White Stripes, Icky Thump (XL Recordings). Sortie le 18 juin

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CONCERT

  • 11/7: Paris, Zenith

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photographie: les ghettos urbains de Bruce Davidson

© BRUCE DAVIDSON/MAGNUM PHOTOS

Parcours romanesque à travers les USA. Exposés, ces clichés dépeignent, à travers le détail, des moments politiques forts.

Un père tient son fils par la main à l’intersection d’une rue new-yorkaise. Protégés par une capuche, ils sont presque vêtus de la même manière alors qu’autour d’eux la pluie tombe, drue. Le regard du père accuse une tristesse indicible mais pourtant la fierté bien réelle d’être d’être là, dehors et libre, avec son fils. En arrière-fond, l’enseigne de boutique de vêtements proclame « men & boys ». Cette photo en noir et blanc, prise dans les années 1960, dépasse le seul cadre documentaire, par l’intensité de ce regard dérobé.

Héritier du grand Henri Cartier-Bresson, Bruce Davidson atteint ici l’« instant décisif » cher à son mentor qui le fit rentrer à l’Agence Magnum en 1958. Sur les cimaises de la Fondation Henri Cartier-Bresson, un ancien atelier d’artiste des années 1920 transformé en musée, l’œuvre de Davidson prend une proportion romanesque. Le parcours n’est malheureusement pas long, mais on s’attarde longtemps sur les détails souvent troublants de ces tirages en noir et blanc.

© BRUCE DAVIDSON/MAGNUM PHOTOS

Touchantes et toujours humbles, les photos exposées dépeignent deux moments forts de l’Amérique des années 1960: la lutte difficile pour les Droits Civiques dans le Sud sous le nom de Time Of Change et la misère désolante des ghettos urbains sous le nom d’East 100th Street. Présentées pour la première fois en France, ces deux séries fascinent immédiatement par leur cohérence de ton, illustrant une réalité implacable mais résignée. On a l’impression d’entendre “A Change Is Gonna Come” à chaque image, sans que jamais cette chanson n’arrive à ses fins.

Dommage que Subway, un autre travail remarquable sur le métro new-yorkais de la fin des années 1970, n’ait pas été présenté. Il aurait complété ce cycle admirable d’une Amérique en plein bouleversement social, racial et géographique, des petites villes du Sud aux métropoles du Nord.

EXPOSITION

Dans le cadre du 60ème anniversaire de Magnum Photos

  • Jusqu’au 22 avril, Paris, Fondation Henri Cartier-Bresson (2, Impasse Lebouis / Tél: 01 56 80 27 00)

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