PHOTO: FRANCISCO CRUZ
Le musicien iconoclaste brésilien sort un nouvel album intitulé “cymbals”. Une occasion pour revenir sur les influences multiples et variées qui ont nourri sa carrière.
PHOTO: FRANCISCO CRUZ
Le musicien iconoclaste brésilien sort un nouvel album intitulé “cymbals”. Une occasion pour revenir sur les influences multiples et variées qui ont nourri sa carrière.

PHOTO: FRANCISCO CRUZ
Une des figures majeures de la musique brésilienne contemporaine, le chanteur Milton Nascimento, fait une escale à la Villette pour distiller son sens de l’expérimentation dans un projet mis en place par les frères Belmondo
Dans son bel ouvrage « Pop Tropicale et Révolution », Caetano Veloso ne tarit pas d’éloges sur la qualité musicale du chanteur de Minas Gerais. C’est que Milton Nascimento est, avec Caetano, l’un des chanteurs le plus sophistiqué et créatif du Brésil, et avec Tom Zé, l’un des plus sensibles à l’expérimentation (notamment avec le groupe Uakti).
Milton est aussi le chanteur brésilien qui entretient la plus étroite et fructueuse relation avec le monde du jazz. Depuis l’époque de « Milagre dos Peixes », ce véritable miracle musical, sauvé in extremis de la répression militaire. Pour contourner la censure, Milton dut interpréter ses nouvelles chansons en onomatopées. Cela fit surgir des compositions et des prestations instrumentales remarquables, avec la complicité exaltée de Nana Vasconcelos, Toninho Horta et Wagner Tiso.
Trente ans après, dans son album « Pieta », la cerise sur le gâteau est une étonnante version de Cantalupe Island, aux côtés d’Herbie Hancock et Pat Metheny, qui avaient joué pour lui aussi sur les disques « Miltons », « Angelus » et « Nascimento », avec Jack Dehjonette et Ron Carter. Mais son amitié jazzistique la plus ancienne et profonde est avec Wayne Shorter. En compagnie de cet extraordinaire saxophoniste (Jazz Messengers, Miles Davis, Weather Report), Milton a enregistré le merveilleux album « Native Dancer », puis « Milton » et « A Barca dos Amantes », et réalisé diverses tournées en Europe et aux États-Unis.
Cette fois, dans le cadre d’une carte blanche consacrée à Wayne Shorter au Festival de jazz de La Villette, Nascimento sera l’invité d’un projet spécial préparé par les Belmondo Brothers avec l’Orchestre National d’Ile de France. Un format jazz et symphonique familiale à Milton, qui a souvent joué avec l’Orquesta de Jazz Sinfonico, orchestres philharmoniques et divers orchestres de cordes brésiliennes.
CONCERT
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DISCOGRAPHIE (SELECTION)
PHOTO: Universal
Découvreur et catalyseur hors pair, l’une des personnalités les plus influentes du jazz contemporain fait une escale parisienne très attendue
Wayne fut la pièce angulaire du légendaire quintet de Miles Davis, en compagnie d’Herbie Hancock, Tony Williams et Ron Carter, et des premiers groupes électriques du célèbre trompettiste. Ancien directeur musical des Jazz Messengers d’Art Blakey et fondateur de Weather Report, en association avec Joseph Zawinul, rencontré chez Miles, Wayne Shorter est un formidable organisateur de musique, doublé d’un excellent saxophoniste

PHOTOS: PIERRE VIGNAUX
Avec l’Acoustic Masada, John Zorn y avait provoqué une véritable révolution, en 2005. Avec son projet Bar Kokhba, le saxophoniste new-yorkais signe le meilleur cadeau musical du 30è anniversaire du festival gersois.
Zorn fit sortir Jazz in Marciac d’un rythme confortable, pour le plus grand bonheur des jeunes. Depuis, sa popularité est devenue spectaculaire. Cette fois, il propose un double concert : Masada acoustique et Bar Kokhba, un septet davantage ludique et joyeux, mais aussi rigoureux que Cobra ou l’Electric Masada.
C’est le percussionniste Cyro Baptista qui ouvre le bal, avant que Marc Ribot ne se déchaîne sur un morceau très dansant. Feldman au violon, Friedlander au violoncelle et Cohen à la contrebasse enchaînent avec un thème très écrit, traversé par des solos de Joey Baron comme des rafales de vent free. Zorn dirige l’ensemble sans jouer du sax.
Un groove très latin balance, derrière des cordes romantiques qui virent du glissando au pizzicato, accélérant subtilement le tempo, évoquant tantôt un bolero ou une BO de western. Dans un contexte ironiquement free, où la musique est parfaitement organisée, Joey et Cyro se régalent de polyrythmies et figures complexes. Sur un thème frénétique, le Brésilien fait étalage de tout son arsenal percussif. Puis, Feldman flirte avec le paroxysme, grâce à un solo enivrant. De son côté, Ribot submerge tout dans une longue séquence de distorsions atonales.
Zorn et ses complices s’amusent comme des dingues. Une ancienne mélodie russe est transformée en une sorte de tango tourné en dérision. C’est une tempête sonique qui se déchaîne. D’un air de descarga afro-cubaine, on passe à un rock expérimental, on revient sur des mélodies slaves, on traverse une zone de faux mambo accéléré avant de retomber sur des thèmes hébraïques truffés de dissonances. La fin est une apothéose (des rappels à n’en plus finir), dans un climat d’exaltation et de joie rares.
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CONCERTS

PHOTOS: PIERRE VIGNAUX
Le soleil étincelait la veille. À 36°, on croyait étouffer par un après-midi à La Havane ou à Salvador de Bahia. Une température familière à Gilberto Gil et à Roberto Fonseca. Pourtant, le jour de leurs concerts, la pluie s’est abattue sur Marciac, le baromètre en chute libre de 17° ! On comptait que sur leurs musiques pour chauffer la soirée.
Roberto Fonseca avait épaté jadis Marciac, accompagnant le regretté Ibrahim Ferrer, puis avec sa propre formation. Ce soir, le jeune pianiste cubain grelotte dans sa loge, mais il est prêt à surpasser les attentes à son égard. Le concert démarre avec le chant (enregistré) de sa mère poétesse et s’enchaîne subtilement avec le dialogue très prolifique entre le pianiste et le souffleur (sax, clarinette) Javier Salva. Après une longue séquence d’harmonisations voix-clarinette, un thème dédié à Cachaito Lopez est le prétexte pour entendre un énorme solo de contrebasse (Omar Gonzalez) au tumbao de guaguanco, tandis que le batteur et le percussionniste donnent une belle leçon de polyrythmie en finesse. La musique monte progressivement en intensité et Fonseca expose toute sa capacité d’invention, de ductilité et de sens rythmique peu communs, par un jeu très percussif, en complicité avec le batteur Ramsés Rodriguez, modulant aisément les paramètres.
Son « secret » est de laisser un grand espace à l’expression des autres musiciens, de gérer la densité du discours, multipliant les notes seulement dans des moments cruciaux. Son jeu maintient le public dans une grande concentration, une permanente expectative, un silence engagé dans une écoute plus qu’attentive. Il n’y a pas d’explosion banale ni d’évidence dansante, mais ça swingue et groove sans répit. Un hommage à Ibrahim Ferrer, « un petit vieux que j’aimais beaucoup », empli la soirée de tendresse, et quand soudain la progression martelée d’accords de septième rend le thème plus spectaculaire, la danse (évocation du son) arrive naturellement sur scène et prépare à un final de fête funky un rien déconstructive.
La suite s’avère très difficile pour le chanteur-ministre Gilberto Gil. Après un bel album acoustique, son nouveau projet « inspiré de la technologie digitale et la communication par haut débit, faisant converger culture, tourisme et politique », débute par des morceaux pop-rock très seventies( !), où Gegé joue Jagger esquissant des pas de danse assez peu inspirés.
Desservies par un son démesuré, les propositions frevo-rock et samba-rock déroutent le public. Gil puisse dans le répertoire ancien, une samba de roda est suivie d’une reprise de Cartola. Mais l’illustre sambiste en version électrique sonne étrangement fade. Cela malgré les performances concluantes du percussionniste Gustavo di Dalva et du bassiste Arthur Maia. Une visite au samba-jazz de Jackson do Pandeiro redonne un peu de couleur et l’interprétation des vieux succès comme Aquele Abraço davantage de chaleur à la prestation du groupe. Néanmoins, l’heure tardive et la déception aidant, le public s’en va inexorablement. On aime bien Gil, mais ce soir il est assez loin de ses meilleures soirées.
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PROCHAINS CONCERTS DE ROBERTO FONSECA
31/10 Bruxelles, Ancienne Belgique
07/11 Paris, La Cigale
08/11 Rouen, Hangar 23

PHOTOS: FRANCISCO CRUZ_Haale
Le festival marseillais confirmait ce week-end son identité marquée par la différence. Un évènement beau et rare par sa programmation ouverte à l’expérimentation et à l’innovation, privilégiant l’aspect créatif de la musique à tout impératif de rentabilité
Un festival rempli de surprises. Certains, séduits par la série Ethiopiques et les commentaires enthousiastes de Gigi et de Susheela Raman, sont venus danser avec le célèbre Mahmoud Ahmed; d’autres, très motivés pour découvrir le rock de la belle iranienne Haale, ou délirer avec les folles improvisations de l’ensemble batave Pow et son guest Joseph Bowie (ex-Defunkt). Ils en ont eu pour leur compte, mais le meilleur était ailleurs.
On a été happés par la voix claire et chaude de la chanteuse éthiopienne Eténèsh Wassié, émotive et sensuelle, au regard perçant, soutenue par le groove très entraînant du Tigre des Platanes, le groupe du saxophoniste toulousain Marc Démerau, dont la musique ludique, bruitiste et truffée “d’incidents” séduit et fait danser femmes, enfants, fonctionnaires, et un type habillé en Superman!
Nous avons été agréablement impressionnés par le duo slovaque Longital, surtout par la performance de la bassiste et chanteuse Shina Lo. Cependant, la plus rafraîchissante des musiques était celle du groupe japonais Expo, dirigé par le compositeur des manga sounds Suguru Yamagushi. Cinq allumés qui jouent et déjouent, mélangeant folk d’Okinawa et rock expérimental, délires de cirque et techno-pop, séquences faussement improvisées et sons hyper élaborés, poussant vers la micro-tonalité en distorsion parfaitement structurée et s’amusant avec des rythmiques impaires. Une fête de sons utopiques là où, autrefois, on prétendait soigner par les vertus des courants d’air. Celles des sons s’avèrent drôlement thérapeutiques !

Expo
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Patti Smith
Le festival lyonnais a consacré quatre soirée à des artistes de la Grosse Pomme: Patti Smith, Laurie Anderson, Philip Glass et Lou Reed. Des spectacles intenses, rares, qui ont fait l’apologie de l’art critique de la société
PHOTOS: GUILLAUME PERRET
“Dites non à la guerre! Aimez vos enfants, aimez-vous!” Le chant de fin résonne telle une prière sur les pierres millénaires du théâtre romain. Patti Smith revient encore pour sentir l’énergie du public qui, captivé, chante “Gloria” debout. Elle a ouvert avec un solo de clarinette sur un arrangement plutôt réflexif de “Are You Experienced” de Hendrix et bouscule la dynamique à partir d’une intense version de “Helpless” de Neil Young. En communion avec un public mélangé de trois générations, la poétesse du rock chante Nirvana et Tears for Fears. Frénétique, enragée et, parfois, mélancolique, Patti Smith impose un rythme qui confirme, trente ans après Horses, que la valeur spirituelle de son cri de révolte est toujours d’actualité.
Un déluge – rien de minimaliste – s’abat sur Lyon et transforme Fourvière en marécage. Pourtant, Philip Glass et plusieurs centaines de spectateurs irréductibles, séparés par un rideau de pluie, fêtent les sept décennies du compositeur. Une performance inédite des “Etudes pour piano, éclairs et tonnerre”, souvenir inoubliable de l’Odéon. “Beau et apocalyptique, dit Dominique Delorme, directeur du festival. J’avais peur que la foudre nous tombe dessus.” Laurie Anderson écoutait sous la pluie…

Le lendemain, elle est sur la même scène avec Homeland. Une installation de bougies au sol et lampes suspendues, c’est le décor pour un surprenant manifeste poétique. Ça commence par une histoire d’oiseaux qui volent en rond et une alouette qui loge son père mort à l’arrière de sa tête: début de la mémoire. Laurie Anderson s’attaque à la méchanceté du pouvoir politique et militaire, à la banalité du consumérisme technologique et pornographique, à l’hypocrisie des valeurs catholiques et patriotiques. L’évolution de la musique, du solo de violon électronique au quatuor de cordes sur programmation électro-pop, progressant dans l’intensité et multipliant les effets dissonants, évoque la tristesse, la souffrance et la révolte. Une chanson amère revient sur la folie ordinaire des gens abrutis par la substitution du réel par l’image. La musique minimaliste et hypnotique en dépit de la sophistication des arrangements, la poésie emplie de tendresse et d’humour malgré tout, font de Homeland un chant émouvant contre la “way of life” étasunienne.
En 1973, le public américain boudait Berlin de Lou Reed. Vexé, il n’a plus jamais joué ce répertoire, jusqu’à cette année. Après New York et Sidney, c’est à Fourvière qu’est mise en scène cette dramatique histoire: Caroline divorce, s’enfonce dans la drogue, multiplie ses partenaires sexuels, voit ses enfants enlevés par les services sociaux et se tranche les veines dans son lit. Entouré par une quinzaine de musiciens et un chœur d’enfants, et accompagné par les images d’un film expérimental interprété par Emmanuelle Seigner, Lou Reed cite le Paradis pour mieux saisir l’Enfer. Le théâtre frémit, emporté par l’énergie d’un rock oscillant entre glam et hard, traversé de blues et soul, avec des séquences instrumentales très stimulantes (excellentes prestations de Steve Hunter et de Fernando Saunders). Une ovation décharge toute la tension portée par l’histoire.

Lou Reed
FESTIVAL
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PHOTO: REMY GABALDA
Honneur à l’Espagne… Cette année, le festival toulousain invitait de dignes réprésentants de la Péninsule ibérique. Parmi eux, les sanguins Elbicho
Cinq sauts périlleux en arrière du charismatique chanteur Miguel Campello ponctuent une performance musicale et physique qui ne présente aucun temps mort. Elbicho inocule sa fièvre bestiale pour une fête de samedi soir pleine de couleurs et d’intensité rythmique. L’ouverture poétique sur une belle chanson du cubain Silvio Rodriguez, est suivie d’une déferlante rock-folk où s’alternent références superficielles à divers palos, de la rumba exaltée par les riffs de la guitare électrique à la saeta invoquée par les attaques de la trompette. Un soupçon de Jethro Tull au milieu d’un fandango hypertrophié, des cris, des contorsions et de spasmes pelviens pour provoquer la foule, le mélange hybride de gitan malfrat et de danseuse flamenco fait rage sur le corps du lilliputien leader, énergiquement transporté par sa bande d’énergumènes patibulaires. C’est drôle, mais musicalement assez limité.
Plus tôt, une voix alanguie comme un susurre s’étale sur une note interminable qui enchaîne avec les douces ondulations du corps. Une danse suggérée fait ralentir le tempo et se fonde avec l’interlude improvisé d’une chanson flamenca, dont la sensualité de l’interprétation fait oublier tout dramatisme et lui donne une nouvelle vie. Par une alchimie d’esprit libertaire, d’influences jazzistiques et de sens rythmique afro équatorial, Buika transforme tout avec sa façon personnelle de recréer la copla et le cante.
Cependant, la meilleure expression musicale de ce festival vint du côté du jazz: le nouveau projet évolutif de Chano Dominguez confirme que le pianiste de Cadix est au sommet du flamenco-jazz. Là où se retrouve depuis plus d’une décennie le trio magnifique formé par le bassiste Carles Benavent, le saxophoniste Jorge Pardo et le percussionniste Tino di Geraldo.
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