Auteur Vibrations

Hommage: Enrique Morente, mort du cantaor

MORENTE CONTRA

Le chanteur de flamenco est décédé le 13 décembre à l’âge de 67 ans. Il était dans le coma suite à une opération d’un ulcère. Retour sur un maître du chant toujours à l’affut de nouveaux défis musicaux

Face au photographe, il affichait souvent la même moue où l’on croit déchiffrer une défiance que tempère une certaine mélancolie. Enrique Morente a débuté sa carrière discographique en 1967. L’Amérique fêtait alors l’été des fleurs psychédéliques, mais lui, cantaor de 25 ans, commençait par rendre hommage au vieux maître Chacón dans une Espagne franquiste pour laquelle flamenco ne pouvait être que puro, gitano, allié du sabre comme du goupillon. Or lui, Morente, n’était point gitan bien que né à deux pas des grottes de Grenade.

Il pouvait être puro. S’il le voulait. Il savait le flamenco depuis l’enfance, depuis les fêtes religieuses de son quartier d’Albacin, mais rêvait d’horizons plus larges. Quant au sabre et au goupillon, la question fut réglée lorsqu’il entreprit de chanter sur scène les poètes de la défunte République, Lorca, Machado, d’autres encore. Ces écrivains avaient été fusillés ou chassés. Le premier enregistrement de concert de Morente connu fut enregistré sous le manteau et diffusé à la sauvette depuis la Hollande. Restait le champ strictement musical où Enrique Morente pouvait semer et récolter à sa guise, indifférent au qu’en dira t’on, livrant un jour un disque forgé dans la tradition le lendemain une audace en compagnie de Voix bulgares, d’un ensemble arabo andalou, d’un orchestre classique ou d’un combo de punk rock industriel.

«Omega», son album bruitiste en compagnie des furieux de Lagartija Nick a marqué les esprits et l’on évoque une prochaine réédition de cet enregistrement de 1996 augmenté d’un martinete – ce chant de forgeron – frappé en compagnie de Sonic Youth ! Parmi ses pistes récentes, on peut cependant préférer «El pequeño reloj» où l’informatique lui offre un dialogue humble et inspiré avec ses mentors Sabicas et Manolo de Huelva ou encore se replonger dans le bien nommé «Despegando», millésimé 1977, lorsque Morente se lie au guitariste Pepe Habichuela, pour mener le flamenco sur des routes libertaires empruntées depuis par Camarón et Miguel Poveda.

Restait le live, parsemé ça et là sur des enregistrements en studio, mais resté relativement rare alors que c’est sur scène que le flamenco donne toute sa démesure. «En directo» comble le manque, retrace l’évolution d’Enrique Morente depuis 1971 à nos jours, le montre en compagnie de son clan, des frères Pepe et Juan Habichuela, de Rafael Riqueni et David Cerreduela. Puro ou pas, voici du flamenco inspiré, profond. La musique d’un maître.

AVEC PEPE HABICHUELA DANS LES ANNEES 60

AVEC SONIC YOUTH EN 2004

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Festival: Danube music festival


Un festival flottant offre une aventure musicale au gré du fleuve

Un tour de force pareil, cela doit remonter à l’Express de glace, cette fiesta ferroviaire naguère pilotée cahin-caha par la Mano Negra à travers la Colombie de Garcia Marquez. Ou alors à cette même bande à Manu affrétant un cargo pour caboter guitares aux vents du Sud le long des côtes d’Amérique. Voici donc un festival qui ne ressemble à aucun autre, un projet nomade logé sur un bateau et voguant sur le Danube des sources germaniques au port de Belgrade, croisant les villes de Passau, Vienne, Bratislava, Budapest, Vukovar ou Novi Sad, mouillant parfois à quai pour se transformer en guinguette au bord de l’eau. Public et musiciens embarquent à bord, voyagent ensemble, jouent, improvisent, boivent, mangent et dansent qui sur le pont, qui dans les salons qui en bordure du plus long et fleuve d’Europe, sept jours durant.

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world: le boum manele, la gypsy-techno

Nicolae Guta

Nouvelles festivités à l’Est: musique rom, pop orientale, sonorités balkaniques sont baignées dans une vigoureuse techno… Âmes sensibles s’abstenir

En Roumanie et au-delà, la dernière vague s’appelle le manele. Le phénomène évoque le gangsta rap, avec son défilé de bimbos, BMW et gourmettes. Mais en matière d’excès, les roitelets de Bucarest enfoncent les princes de Brooklyn: tout CD de manele comprend au moins 130 chansons compressées en MP3 et livrées au rythme frénétique de plusieurs disques par semaine.

Domaine quasi exclusif des chanteurs tsiganes, le manele est un collage de pop orientale, de musique rom et de sonorités balkaniques. Il emprunte aussi au rap ou à la techno à deux sous et n’hésite pas à plagier les tubes étrangers, ce qui crée régulièrement des procès. Les rois du manele ? Le nain Adrian Copilul Minune, le moustachu Nicolae Guta, le repenti Costi Ionita et une cohorte d’inconnus arborant des surnoms de catcheurs. Certains musiciens roms traditionnels tâtent aussi du manele, ainsi Ionita l’accordéoniste du Taraf de Haïdouks produit avec sa femme Viorica un duo gypsy-techno très Top 50. On peut se boucher les oreilles. Ou relever cette rareté: ces musiciens roms sont seuls maîtres de leur pactole, les maisons de disques traditionnelles refusant de se compromettre avec ce répertoire.

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  • Nicolae Guta

  • Adrian Copilul Minune

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