A l’heure où le trio s’éloigne du hip hop pour se tourner vers le groove instrumental (The Mix-Up paraît demain), retour sur les micmacs rap des débuts: échanges de bons procédés entre groupes mythiques
A leurs débuts dans le hip hop, les Beastie Boys avaient tout d’une vulgaire décalque de Run DMC, attitude de mauvais garçons en moins et humour potache en plus, à tel point que pour leur premier album, ils reprirent quasi-intégralement “Slow And Low”, un morceau que le trio du Queens avait crû bon d’écarter, changeant la musique mais ne modifiant qu’un ou deux détails des paroles. Dans un amusant mouvement de balancier, leurs compagnons de label Public Enemy s’inspirèrent à leur tour d’un de leur titre, “(You Gotta) Fight For Your Right (To Party!)” qu’ils transformèrent en “Party For Your Right To Fight”. Sauf que là où le morceau des Beastie était une grosse farce d’adolescents attardés, un hymne white trash avant l’heure, celui de Public Enemy est un véritable brûlot pro black. Difficile d’imaginer transformation plus radicale (ici on n’ose même plus parler de relecture).
Lorsque quelques années plus tard, les Beastie Boys se livrèrent à leur tour à l’exercice de la reprise avec un de leur collègue rapper, le génial et totalement loufoque Biz Markie, ils portèrent leur choix sur “Benny And The Jets” d’Elton John. A l’origine, cette reprise improbable figurait sur un flexidisc glissé dans le numéro 2 du magazine Grand Royal. Elle fut ensuite reproduite sur le double CD anthologie The Sounds Of Science. On y entend un Biz au sommet de son art (c’est-à-dire sur le fil du rasoir) marmonner une bouillie de paroles dont émergent à peine ici ou là quelques mots intelligibles. Comme quoi, Beastie ou pas, “Nobody Beats The Biz”.
Les trois mecs bestiaux laisseront derrière eux un esprit: le talent mêlé de fun. A leur image, le magazine collector reste pour ses chanceux lecteurs le parfait exemple d’une liberté exploratrice…
Ce fut d’abord un label de disque, et pour finir un site internet; entre les deux, ce fut aussi et surtout un journal, au contenu aussi touffu et délirant qu’était aléatoire sa parution, bref une publication à l’image du groupe, complètement imprévisible et souvent très drôle.
Sauf que si le premier numéro de Grand Royal fut bien l’œuvre collective du trio, très vite il devint essentiellement le dada de Mike D, au point que son collègue Ad-Rock se crut obligé de prendre publiquement ses distances, exprimant son total désaccord avec certaines des opinions exprimées dans le journal.
Le contenu de Grand Royal ne prêtait pourtant pas à polémique. S’il y était bien sûr largement question de musique (on se souvient entre autres des dossiers exhaustifs sur Lee “Scratch” Perry, le synthétiseur inventé par Robert Moog ou la Miami bass), ce n’était là que la partie émergée de l’iceberg.
On y causait avec le même sérieux des “Demolition Derby” (ou “stock cars”, ces compétitions de démolition de véhicules si chères à l’Amérique profonde), des films de Bruce Lee, de l’enseignement du Dalaï Lama, des polaroïds, du commandant Cousteau ou du retour en grâce des platines disques portatives grâce aux japonais – ainsi que flipper, recettes de cuisine, basket, skateboard ou coupes de cheveux…
Dire que tout ça était toujours passionnant serait très exagéré, mais c’était toujours au minimum décalé et surprenant. Surtout, ça ne ressemblait à rien d’autre. Rien que pour ça, depuis sa disparition en 1997, Grand Royal nous manque.
Une pétition online est lancée pour que sorte le deuxième album solo du meneur de A Tribe Called Quest, Kamaal The Abstract, resté sur les étagères. Vibrations avait écouté en 2002 le disque visionnaire
Le passage au nouveau siècle ne lui a pas souri. Depuis la sortie en 1999 de son premier album solo, Amplified, qu’il avait presque entièrement coproduit avec le regretté J Dilla, Q-Tip s’est vu refuser deux albums par sa maison de disques Arista, Kamaal The Abstract en 2002 et Open en 2005 : pas assez commerciaux. Pas découragé, l’ancien leader de A Tribe Called Quest a annoncé récemment la parution pour 2007 de non pas un, mais deux albums: The Renaissance, son nouvel opus à sortir sur Motown, ainsi que Kamaal The Abstract, augmenté d’inédits. Pas gagné pour ce dernier: vos signatures sont nécessaires pour faire plier Arista!
Du premier, on ne sait pas grand-chose, si ce n’est que Common, Andre 3000 et D’Angelo sont les seuls invités annoncés. Comme ils avaient chacun fait une apparition sur Open, on peut présumer que Q-Tip a pioché dans ses tiroirs pour monter ce nouveau projet qu’il définit ainsi dans une interview à Billboard : « Un son purement hip-hop, avec des batteries live, de l’émotion et des solos. »
Une définition qui, ma foi, s’applique parfaitement au second. Riffs de guitares saturées rentre-dedans et funky, discrets solos aériens de Gary Thomas ou Kenny Garrett, flow toujours très chantant de Q-Tip qui n’hésite d’ailleurs pas à pousser la chansonnette… Lorsqu’ils avaient reçu les copies promos de Kamaal The Abstract, nombre de journalistes avaient été déconcertés par ce disque qui s’aventure sur les terrains du rock, du jazz ou de la pop. Autant de directions que Mos Def, les Roots ou Outkast allaient ensuite explorer avec le succès que l’on sait. Alors, erreur de timing ou injustice de l’histoire ? Ce qui est sûr, c’est que les années ont été plutôt douces avec cet album qui s’écoute tout aussi bien, si ce n’est mieux, aujourd’hui qu’en 2002.
Un journaliste de Vibrations interviewe la diva british. Ou quand les plaisirs de la rencontre se transforment en autre chose.
Mon rédacteur en chef m’avait prévenu.
– Fais gaffe, elle a pas l’air facile.
– T’inquiètes, j’en ai vu d’autre.
C’était une mission délicate, un papier à rendre dans la foulée, une couve en plus. Bref, un travail sans filet. Aucun droit à l’erreur. En plus, je me faisais une joie de cet aller-retour express pour Dublin où le grand barnum promotionnel d’Amy Winehouse faisait escale, le temps pour celle qui affole le Royaume-Uni en ce début d’année 2007 de rafler une ou deux récompenses lors de l’équivalent local des victoires de la musique. Naïvement, j’espérais mettre en boîte mon interview et faire un peu de tourisme en prime. Pas de chance, l’hôtel est situé au milieu de nul part dans une banlieue morte et sans grande intérêt.
Pas grave me dis-je, tu tombes l’interview, vite fait bien fait, puis tu sautes dans le premier tacot et tu files dare-dare faire
un tour en ville. Mais à l’heure dite, personne. Explications plus ou moins embarrassées de l’attachée de presse.
– On aura une heure de retard.
– Elle fait la balance.
– Elle est sur la route, elle arrive.
– Elle sera là dans 5 minutes.
Le manager d’Amy Winehouse, un grand Black format armoire à glace, nous donne enfin le fin mot de l’affaire.
– Amy est dans sa chambre. Elle dort.
Comme ça on est fixé. En attendant que miss Winehouse daigne se lever, on boit le thé en dégustant des petits gâteaux et en faisant assaut d’amabilités. Sur le coup des 16h, soit 2h30 après l’horaire prévu, mon interlocuteur s’agite enfin.
– Amy est réveillée. Elle doit faire une séance photo en ville avant qu’il ne fasse noir.
– Et mon interview dans tout ça ?
– Justement, si tu veux avoir une chance de la faire, suis le mouvement.
Dans le bus qui nous mène en ville, son tour manager me presse de commencer, mais moi, j’espère encore pouvoir décrocher au moins une demi-heure au calme. Quel con ! Enfin, nous voilà arrivé à destination. Il ne se passe pas deux minutes sans qu’un passant n’arrête Amy Winehouse pour lui demander un autographe ou se faire prendre en photo avec elle. Garçons, filles, jeunes, moins jeunes, lookés, pas lookés, il y en a pour tous les goûts. Elle se prête de bonne grâce à l’exercice, puis tout d’un coup, décide que ce petit jeu a assez duré. La fin de la récréation a sonné. Tout le monde en voiture, retour à l’hôtel. Les suppliques du photographe de Q n’y feront rien. En guise d’interview, j’ai finalement droit à 15 minutes à l’arrière d’un bus, avec une partenaire que visiblement l’exercice ennuie au plus au point. Les présentations sont expédiées en moins d’une minute.
– Je suis une chanteuse de jazz, originaire de Londres, j’ai 23 ans. J’ai sorti un premier disque en 2003, Frank. Mon second vient tout juste de sortir. Il s’appelle Back To Black.
Le débit est rapide, nerveux, haché. C’est un florilège de réponses lapidaires :
– Oui.
– Non.
– Peut-être ?
– Je ne sais pas.
De retour à l’hôtel, j’essaie de reposer les questions auxquelles je n’ai pas eu de réponses satisfaisantes.
– Je t’ai déjà répondu tout à l’heure.
– Oui, mais c’était un peu bref.
– De toute façon, on s’en fout.
Une personne de son entourage vient lui glisser un truc à l’oreille. Elle le retient par le bras et lui dit:
– Ne me laisse pas toute seule!
C’est le coup de grâce. J’abandonne la partie. Merci pour le thé et les petits gâteaux. C’est bien simple, j’ai beau fouiller dans ma mémoire, je n’ai pas souvenirs d’être rentré aussi bredouille.
La suite ? A découvrir ce mois-ci dans Vibrations.
VIDEO
Des images embarassantes: Amy Winehouse chante “Beat It” en état d’ébriété avancé:
Fangafrika est un projet multimédia qui présente un état des lieux indispensable de l’actualité du rap ouest-africain. Un petit avant-goût de ce projet généreux en téléchargement
Le groupe congolais Konono N°1, récemment crédité sur le dernier album de Bjork, sera de passage en Suisse et en France. Une bonne occasion d’apprécier en concert leur musique électronique atypique.
Un extrait du nouvel album Shotter’s Nation, “The Lost Art Of Murder” révèle un Pete Doherty acoustique accompagné de la pedal steel du musicien folk Bert Jansch
L’alliance de la brutalité des urgences animales et de la sophistication des recherches expérimentales est rare. Le super groupe investit des grooves tordus
Joy Division et son chanteur Ian Curtis n’en finissent pas de fasciner: leur plus célèbre morceau, “Love Will Tear Us Apart”, repris par le chanteur de Sibérie Yat-Kha
Derniers commentaires