Auteur Vibrations

RIP: DJ Mehdi, souvenir d’un sculpteur


Concepteur d’un hip hop français aventureux, DJ Mehdi manipulait les instrumentistes comme les échantillons. Avec maestria. En guise d’hommage revoici un portrait paru dans le magazine Vibrations*.

Cet homme-là est multiple. Pour certains, il est avant tout l’ancien DJ et concepteur musical d’Idéal J, sans doute le plus authentique et le plus hardcore des groupes de rap français – n’en déplaise aux fans de NTM. C’est le cas, par exemple, de Diam’s, une jeune rappeuse à la langue bien pendue, considérée comme l’un des plus sûrs espoirs de la discipline. «Mehdi, c’est pas n’importe qui dans ce milieu. C’est le seul à avoir sa propre touche, le seul dans la musique duquel je ne ressens rien d’américain, le seul qui arrive à insérer des instruments sans que ça choque. Pour moi, c’est le plus grand compositeur de rap en France.» Diam’s signe l’un des morceaux les plus atypiques de l’album de Mehdi, une longue confession sur fond de percus et de cordes que vient relever sur la fin un petit solo de trompette.

Pour d’autres, Mehdi est l’exception du rap français, le seul qui n’ait pas peur de s’acoquiner avec les plus éminents représentants de la french touch, les Daft Punk, Cassius, Etienne de Crécy et autres DJ Gilb’r. Ce dernier ne tarit d’ailleurs pas d’éloges à son sujet: «Il va apporter beaucoup au hip hop français. Il va permettre à pas mal de gars d’arrêter de penser que la house est une musique de pédés et la techno une musique de robots, parce que tout ça c’est quand même la même famille et qu’il y a du funk dans plein de trucs, même si c’est pas évident au premier abord.» Le violoncelliste Vincent Ségal, qui en a pourtant vu d’autres, n’hésite pas à évoquer la figure du grand Miles. «Il me fait un peu penser à Miles, en ce sens qu’il est toujours élégant. Il sait orienter les gens. Il parle doucement mais fermement. C’est un chef, pas un dictateur. Il cherche des sons nouveaux, il cherche… le style.»

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GSH: Une tranche de vie (2)

Gil Scott-Heron, We Almost Lost Direct (enregistré live pour Radio Superfly)

Ce jour de printemps 1998, rendez-vous est pris au domicile new-yorkais du chanteur Gil Scott-Heron. L’espoir est grand de pouvoir le « cuisiner » longuement. Parler musique, politique, société. Et littérature, bien sûr. Quelque trente ans après sa publication aux Etats-Unis, son roman de jeunesse Le vautour, polar noir et désabusé, vient de trouver une traduction française. L’occasion est belle d’évoquer le style particulier, entre blues, jazz, soul, de ce musicien-poète qu’on a appelé « le grand-père du rap ».

Sans doute aura-t-on loisir de faire en sa compagnie le tour du propriétaire d’une œuvre fournie et diverse dans laquelle il est justement en train de remettre de l’ordre. Bien sûr, on aura la pudeur d’éviter le sujet des drogues, dans lequel on le sait empêtré depuis des années. L’espoir était ainsi grand, le moment fut court, mais d’une densité et d’une humanité exceptionnelle. Parfois, un instantané saisit mieux qu’une longue séance l’âme du sujet photographié. On peut en dire autant de certains entretiens.

C’est une belle journée de printemps. Assis dans le métro, je me dirige uptown. But du voyage : une petite conversation avec Gil Scott-Heron. Non pas au coin de la 125e rue et de Lennox Avenue, comme le titre de son premier disque pourrait le laisser penser, mais dans son appartement quelque part vers Broadway et la 150e rue. Un quartier populaire, majoritairement peuplé de blacks et d’hispaniques. En sortant du métro, il faut remonter quelques blocs. 148. 149. 150. 151…

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Roy Ayers

Dix disques, ceux qu’emporterait le vibraphoniste Roy Ayers sur son île, lui qui s’en contenterait finalement d’un seul, «Kind of Blue» de Miles Davis, mais qui a consenti à élargir sa liste, non sans difficulté.

Miles Davis “Kind Of Blue”
Mon disque favori de tous les temps. Miles est l’un de mes héros, la quintessence du cool. Il n’essayait pas d’être cool. Il l’était par nature. J’ai toujours rêvé de jouer avec lui, mais malheureusement, il ne m’a jamais appelé. On se connaissait pourtant. Lorsque j’ai joué avec Herbie, celui-ci m’a prévenu. Il m’a dit: «Lorsque tu es à côté de Miles, contracte toujours tes abdos, car à tout moment il peut t’envoyer un direct au foie, pas pour te faire mal, non, juste pour te tester, pour voir si tu es en condition.» J’ai appliqué ses conseils à la lettre. Et un beau jour, j’ai eu droit à mon direct au foie!

Marvin Gaye “What’s Going On”
Cet album touche au divin. Il n’est qu’à voir les titres des morceaux: «Flying High (In The Friendly Sky)», «Save The Children», «God Is Love»… Quand aux paroles, c’est bien simple, on dirait que Dieu s’exprime à travers les mots de Marvin.

Erykah Badu “Mama’s Gun”
Je joue sur un titre de cet album, «Cleva», sur lequel sa voix se mélange très bien à mon vibraphone. D’ailleurs je l’ai invitée en retour sur mon prochain album.

Stevie Wonder “Innervisions”
Un timing parfait, du style, des chansons toutes plus incroyables les unes que les autres. Bref, un classique.

Prince “1999″
Chez lui, j’aime la dimension mystérieuse et mystique. Le côté sexy de sa musique également.

Pharell Williams “Frontin’”
Je ne savais pas qu’il était capable de chanter comme ça, avec ce merveilleux falsetto. Pas de doute, ce type est doué.

Merry Clayton
C’est une diva de la vieille école. Elle a commencé sa carrière derrière Ray Charles, mais elle est surtout célèbre pour sa participation à «Gimme Shelter» des Rolling Stones. Elle chante sur «Brand New Feeling», le premier single tiré de mon album «Virgin Ubiquity», avec Carla Vaughn. Je leur avais juste donné les paroles et une vague ligne mélodique, pour qu’elles s’amusent, mais elles se sont tiré la bourre, quelque chose de sérieux. Chacune voulait surclasser l’autre. Au final, elles chantent toutes deux tellement bien que c’en est ridicule.

Lionel Hampton “Flying Home”
L’Amérique serait dans un belle merde sans Lionel Hampton. Lui et Armstrong sont les deux meilleurs ambassadeurs que ce pays ait jamais eus.

Sly Stone “Stand”
À cause de cette phrase, dans le morceau-titre, qui dit: «There’s a midget standing tall and a giant besides him about to fall.» Incroyable! J’en suis encore sur le cul.

Quincy Jones “Gula Matari”
Je l’adore pour sa palette de couleurs, à nul autre pareil. Il est capable de marier les timbres et les harmonies comme personne. Idem pour ce qui est de mélanger les instruments acoustiques avec l’électronique. Et puis, il est incroyablement polyvalent. À une époque, il avait tellement de commandes de musiques de film qu’il refilait en douce le boulot à des gars comme Gerald Wilson, Oliver Nelson, Shorty Rodger et Benny Golson. Mais une fois qu’ils avaient abattu le gros du travail, il reprenait leurs partitions et en deux temps trois mouvements, il y ajoutait sa touche personnelle, de manière à ce que personne ne puisse soupçonner quelque chose.

Propos recueillis par Vincent Tarrière

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DJ Shadow


Dix disques. Ceux qu’emporterait sur son île déserte Josh Davis alias DJ Shadow. Une sélection étonnamment consensuelle quand on connaît la passion du bonhomme pour le cratediggin, soit la recherche des disques les plus improbables au fond des bacs les plus obscurs.

Radiohead “Amnesia”
C’est un album dans lequel j’aime me perdre. Il y a tant de couches de son. Je peux le réécouter sans cesse et découvrir de nouvelles choses à chaque fois.

James Brown “In The Jungle Groove”
Une compilation, parue en 1986, qui à mon sens est le meilleur album de James Brown. Il n’y a pas un morceau faible dessus. Et en plus, il y a un édit du break de batterie de «Funky Drummer», un truc pour le moins inhabituel, voire carrément avant-gardiste pour l’époque.

Run-DMC “Run-DMC”
La plupart des disques dont je parle ici, je ne les ai pas écoutés depuis des années, mais ils ont été d’une importance capitale dans mon développement. Ainsi le premier album de Run-DMC, certainement le premier véritable bon album de rap, le premier en tout cas qu’on pouvait écouter d’un bout à l’autre.

Public Enemy It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back”
A mon sens le chef d’œuvre ultime en matière de sampling. Un véritable tour de force, en avance de plusieurs longueurs sur ce que tout le monde faisait à l’époque. Bien sûr, Marley Marl produisait des trucs funky, mais rien qui ne puisse rivaliser avec ça.

Outkast Stankonia”
Un album tellement divertissant. Un concentré des 35 dernières années de la musique black en 75 minutes.

Company Flow “Funcrusher Plus”
Les productions de Pete Rock ou de large Professor sont techniquement parfaites. Un son ultra clean et léché. Et puis ces types-là ont débarqué, faisant comme s’ils ne savaient pas se servir d’un sampler, un peu comme RZA avec Wu-Tang. Sauf que le disque de Company Flow est supérieur. Les paroles, en particulier, sont incroyables.

Depeche Mode “Music For The Masses”
Je sais qu’en Europe beaucoup de gens les considèrent comme un groupe de dance music merdique, mais à mon sens ils étaient incroyables, aussi bien par la construction de leur musique que par sa progression dans le temps. Et bien sûr par leur rapport à la technologie et aux machines.

Mickey & The Soul “Generation”
Un groupe de funk qui a enregistré un album en 1971 ou 72 qui n’est jamais sorti. Dommage, car ce serait certainement le meilleur disque de funk jamais paru, après James Brown bien sûr. Meilleur encore que le «Spacin Out» des Invaders. On va bientôt le publier par le biais de notre label Quannum.

De La Soul “3 Feet High And Rising”
Un disque vraiment en avance sur son temps, qui m’a ouvert d’innombrables perspectives. Une véritable libération pour les oreilles de beaucoup. Un truc incontestablement hip hop et pourtant porteur d’une mentalité complètement nouvelle et inédite.

Metallica “Master of Puppets”
Un disque brillant techniquement, très sombre et rempli de colère.

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Beastie Boys: Run DMC, Public Enemy et Biz Markie

DESSIN Beastie Boys et Run DMC: ALEX POINTET

A l’heure où le trio s’éloigne du hip hop pour se tourner vers le groove instrumental (The Mix-Up paraît demain), retour sur les micmacs rap des débuts: échanges de bons procédés entre groupes mythiques

A leurs débuts dans le hip hop, les Beastie Boys avaient tout d’une vulgaire décalque de Run DMC, attitude de mauvais garçons en moins et humour potache en plus, à tel point que pour leur premier album, ils reprirent quasi-intégralement “Slow And Low”, un morceau que le trio du Queens avait crû bon d’écarter, changeant la musique mais ne modifiant qu’un ou deux détails des paroles. Dans un amusant mouvement de balancier, leurs compagnons de label Public Enemy s’inspirèrent à leur tour d’un de leur titre, “(You Gotta) Fight For Your Right (To Party!)” qu’ils transformèrent en “Party For Your Right To Fight”. Sauf que là où le morceau des Beastie était une grosse farce d’adolescents attardés, un hymne white trash avant l’heure, celui de Public Enemy est un véritable brûlot pro black. Difficile d’imaginer transformation plus radicale (ici on n’ose même plus parler de relecture).

Lorsque quelques années plus tard, les Beastie Boys se livrèrent à leur tour à l’exercice de la reprise avec un de leur collègue rapper, le génial et totalement loufoque Biz Markie, ils portèrent leur choix sur “Benny And The Jets” d’Elton John. A l’origine, cette reprise improbable figurait sur un flexidisc glissé dans le numéro 2 du magazine Grand Royal. Elle fut ensuite reproduite sur le double CD anthologie The Sounds Of Science. On y entend un Biz au sommet de son art (c’est-à-dire sur le fil du rasoir) marmonner une bouillie de paroles dont émergent à peine ici ou là quelques mots intelligibles. Comme quoi, Beastie ou pas, “Nobody Beats The Biz”.

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Beastie Boys: Grand Royal, fanzine sur papier glacé

Les trois mecs bestiaux laisseront derrière eux un esprit: le talent mêlé de fun. A leur image, le magazine collector reste pour ses chanceux lecteurs le parfait exemple d’une liberté exploratrice…

Ce fut d’abord un label de disque, et pour finir un site internet; entre les deux, ce fut aussi et surtout un journal, au contenu aussi touffu et délirant qu’était aléatoire sa parution, bref une publication à l’image du groupe, complètement imprévisible et souvent très drôle.

Sauf que si le premier numéro de Grand Royal fut bien l’œuvre collective du trio, très vite il devint essentiellement le dada de Mike D, au point que son collègue Ad-Rock se crut obligé de prendre publiquement ses distances, exprimant son total désaccord avec certaines des opinions exprimées dans le journal.

Le contenu de Grand Royal ne prêtait pourtant pas à polémique. S’il y était bien sûr largement question de musique (on se souvient entre autres des dossiers exhaustifs sur Lee “Scratch” Perry, le synthétiseur inventé par Robert Moog ou la Miami bass), ce n’était là que la partie émergée de l’iceberg.

On y causait avec le même sérieux des “Demolition Derby” (ou “stock cars”, ces compétitions de démolition de véhicules si chères à l’Amérique profonde), des films de Bruce Lee, de l’enseignement du Dalaï Lama, des polaroïds, du commandant Cousteau ou du retour en grâce des platines disques portatives grâce aux japonais – ainsi que flipper, recettes de cuisine, basket, skateboard ou coupes de cheveux…

Dire que tout ça était toujours passionnant serait très exagéré, mais c’était toujours au minimum décalé et surprenant. Surtout, ça ne ressemblait à rien d’autre. Rien que pour ça, depuis sa disparition en 1997, Grand Royal nous manque.

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hip hop: Q-Tip compte sur vous

QTip

DESSIN: ALEX POINTET

Une pétition online est lancée pour que sorte le deuxième album solo du meneur de A Tribe Called Quest, Kamaal The Abstract, resté sur les étagères. Vibrations avait écouté en 2002 le disque visionnaire

Le passage au nouveau siècle ne lui a pas souri. Depuis la sortie en 1999 de son premier album solo, Amplified, qu’il avait presque entièrement coproduit avec le regretté J Dilla, Q-Tip s’est vu refuser deux albums par sa maison de disques Arista, Kamaal The Abstract en 2002 et Open en 2005 : pas assez commerciaux. Pas découragé, l’ancien leader de A Tribe Called Quest a annoncé récemment la parution pour 2007 de non pas un, mais deux albums: The Renaissance, son nouvel opus à sortir sur Motown, ainsi que Kamaal The Abstract, augmenté d’inédits. Pas gagné pour ce dernier: vos signatures sont nécessaires pour faire plier Arista!

Du premier, on ne sait pas grand-chose, si ce n’est que Common, Andre 3000 et D’Angelo sont les seuls invités annoncés. Comme ils avaient chacun fait une apparition sur Open, on peut présumer que Q-Tip a pioché dans ses tiroirs pour monter ce nouveau projet qu’il définit ainsi dans une interview à Billboard : « Un son purement hip-hop, avec des batteries live, de l’émotion et des solos. »

Une définition qui, ma foi, s’applique parfaitement au second. Riffs de guitares saturées rentre-dedans et funky, discrets solos aériens de Gary Thomas ou Kenny Garrett, flow toujours très chantant de Q-Tip qui n’hésite d’ailleurs pas à pousser la chansonnette… Lorsqu’ils avaient reçu les copies promos de Kamaal The Abstract, nombre de journalistes avaient été déconcertés par ce disque qui s’aventure sur les terrains du rock, du jazz ou de la pop. Autant de directions que Mos Def, les Roots ou Outkast allaient ensuite explorer avec le succès que l’on sait. Alors, erreur de timing ou injustice de l’histoire ? Ce qui est sûr, c’est que les années ont été plutôt douces avec cet album qui s’écoute tout aussi bien, si ce n’est mieux, aujourd’hui qu’en 2002.

SIGNEZ LA PETITION

DISQUES

  • Q-Tip, Kamaal The Abstract

  • Q-Tip, The Renaissance (Universal Motown) à paraître en 2007

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rencontre: Amy Winehouse, je t’aime moi non plus

amy winehouse

Un journaliste de Vibrations interviewe la diva british. Ou quand les plaisirs de la rencontre se transforment en autre chose.

Mon rédacteur en chef m’avait prévenu.

– Fais gaffe, elle a pas l’air facile.

– T’inquiètes, j’en ai vu d’autre.

C’était une mission délicate, un papier à rendre dans la foulée, une couve en plus. Bref, un travail sans filet. Aucun droit à l’erreur. En plus, je me faisais une joie de cet aller-retour express pour Dublin où le grand barnum promotionnel d’Amy Winehouse faisait escale, le temps pour celle qui affole le Royaume-Uni en ce début d’année 2007 de rafler une ou deux récompenses lors de l’équivalent local des victoires de la musique. Naïvement, j’espérais mettre en boîte mon interview et faire un peu de tourisme en prime. Pas de chance, l’hôtel est situé au milieu de nul part dans une banlieue morte et sans grande intérêt.

Pas grave me dis-je, tu tombes l’interview, vite fait bien fait, puis tu sautes dans le premier tacot et tu files dare-dare faire un tour en ville. Mais à l’heure dite, personne. Explications plus ou moins embarrassées de l’attachée de presse.

– On aura une heure de retard.

– Elle fait la balance.

– Elle est sur la route, elle arrive.

– Elle sera là dans 5 minutes.

Le manager d’Amy Winehouse, un grand Black format armoire à glace, nous donne enfin le fin mot de l’affaire.

– Amy est dans sa chambre. Elle dort.

Comme ça on est fixé. En attendant que miss Winehouse daigne se lever, on boit le thé en dégustant des petits gâteaux et en faisant assaut d’amabilités. Sur le coup des 16h, soit 2h30 après l’horaire prévu, mon interlocuteur s’agite enfin.

– Amy est réveillée. Elle doit faire une séance photo en ville avant qu’il ne fasse noir.
– Et mon interview dans tout ça ?
– Justement, si tu veux avoir une chance de la faire, suis le mouvement.

Dans le bus qui nous mène en ville, son tour manager me presse de commencer, mais moi, j’espère encore pouvoir décrocher au moins une demi-heure au calme. Quel con ! Enfin, nous voilà arrivé à destination. Il ne se passe pas deux minutes sans qu’un passant n’arrête Amy Winehouse pour lui demander un autographe ou se faire prendre en photo avec elle. Garçons, filles, jeunes, moins jeunes, lookés, pas lookés, il y en a pour tous les goûts. Elle se prête de bonne grâce à l’exercice, puis tout d’un coup, décide que ce petit jeu a assez duré. La fin de la récréation a sonné. Tout le monde en voiture, retour à l’hôtel. Les suppliques du photographe de Q n’y feront rien. En guise d’interview, j’ai finalement droit à 15 minutes à l’arrière d’un bus, avec une partenaire que visiblement l’exercice ennuie au plus au point. Les présentations sont expédiées en moins d’une minute.

– Je suis une chanteuse de jazz, originaire de Londres, j’ai 23 ans. J’ai sorti un premier disque en 2003, Frank. Mon second vient tout juste de sortir. Il s’appelle Back To Black.

Le débit est rapide, nerveux, haché. C’est un florilège de réponses lapidaires :

– Oui. – Non.
– Peut-être ?
– Je ne sais pas.

De retour à l’hôtel, j’essaie de reposer les questions auxquelles je n’ai pas eu de réponses satisfaisantes.

– Je t’ai déjà répondu tout à l’heure.
– Oui, mais c’était un peu bref.
– De toute façon, on s’en fout.

Une personne de son entourage vient lui glisser un truc à l’oreille. Elle le retient par le bras et lui dit:

– Ne me laisse pas toute seule!

C’est le coup de grâce. J’abandonne la partie. Merci pour le thé et les petits gâteaux. C’est bien simple, j’ai beau fouiller dans ma mémoire, je n’ai pas souvenirs d’être rentré aussi bredouille.

La suite ? A découvrir ce mois-ci dans Vibrations.

VIDEO

Des images embarassantes: Amy Winehouse chante “Beat It” en état d’ébriété avancé:

REFERENCES

  • Amy Winehouse, Back To Black (AZ/Universal)
  • Amy Winehouse, Frank (Island)

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