Auteur Vibrations

Soweto Kinch

S’il devait quitter son Angleterre natale pour une autre île, le saxophoniste et MC Soweto Kinch aurait à choisir entre la Jamaïque de sa mère et la Barbade de son père. Pour varier les plaisirs entre soundsystems et steel-bands, voici les albums qui l’accompagneraient jusqu’au bout du monde.


Max Roach “Percussion Bitter Sweet”
Il y a chez Max Roach une philosophie politique, une conscience de sa culture et de son héritage, qui m’inspire énormément. La première chanson, « Garvey’s Ghost », est une sorte d’ode au panafricanisme, mais c’est l’ensemble, la manière dont chante Abbey Lincoln, la mélodie, le son particulier du groupe avec Booker Little, Eric Dolphy… Un casting incroyable, une musique intemporelle, qui conforte mon rêve d’une utopie panafricaine où la musique et les idées progressent ensemble.

Seamus Blake “Stranger Things Have Happened”
Je suis grand fan de Seamus Blake, qui est un formidable saxophoniste ténor contemporain. C’est un album surprenant, basé sur une écriture qui évoque plutôt l’indie rock. Il est accompagné de fabuleux musiciens dont Kurt Rosenwinkel à la guitare, et l’ensemble passe d’un swing rageur à un morceau chanté avec « Northern Light », dans un contraste inattendu et rafraîchissant. Une preuve supplémentaire de ce que disait Duke Ellington : il n’y a que deux types de musique, la bonne et la mauvaise. Un disque qui m’a confirmé qu’il est légitime de combiner le jazz et le hip-hop, si je le sens comme ça.

Fela Kuti “Zombie”
Là encore, en raison de sa capacité à faire de la musique pour provoquer un changement politique, adresser un message social profond. Sa dénonciation du rôle de l’armée, du cynisme du gouvernement, est d’autant plus forte qu’elle est servie par une musique abrasive, contagieuse, qui pousse à la transe. C’est si puissant que tu en oublies où tu es. L’afrobeat, et Fela Kuti qui en est le pionnier, sont incontournables.

Wayne Shorter “JuJu”
Je pense qu’on a tous un album qui a marqué notre adolescence en nous ouvrant un univers musical et je ne peux pas imaginer de meilleure façon de découvrir le jazz que ce disque. Les mélodies, le sens de l’espace et la manière d’improviser de Wayne Shorter, les musiciens qu’il a choisi, avec Elvin Jones et McCoy Tyner… Je peux encore chanter les solos de « Yes or No », « Mahjong », « House of Jade », je me rappelle de toutes les compositions comme si c’était hier.

Madvillain “Madvillainy”
C’est à mon sens une des meilleures rencontres entre deux artistes, autant qu’une référence majeure pour le hip-hop de ces dix dernières années. Des beats et des rimes extraordinaires, des concepts, cette relation symbiotique entre les mots de MF Doom et les pistes de Madlib, pfff… Toutes les chansons de l’album sont incroyables, « Accordion », « Meat Grinder », « Rainbows », « Curls »…

Jimi Hendrix “Electric Ladyland”
C’est un peu la même histoire qu’avec JuJu de Wayne Shorter, j’ai découvert cette musique à l’adolescence. Je crois que Levi’s avait acheté les droits de « Crosstown Traffic » pour une pub TV à l’époque. Ca m’a retourné la tête et je me suis mis à écouter tous les disques d’Hendrix. J’ai beau être passé à autre chose depuis, c’est la même claque chaque fois que je le réécoute. La musique de Jimi est toujours fraîche, tellement crue, tellement vraie, tellement blues… J’ai récemment découvert des choses sur les techniques d’enregistrement qu’il a employé sur ce disque, sa manière novatrice de jouer de la guitare pour obtenir certains effets, c’est une grande source d’inspiration.

Sonny Rollins “Freedom Suite”
J’aurais pu choisir n’importe quel disque de Sonny Rollins. Tout ce qu’il a fait est exemplaire ne serait ce que pour le son de son saxophone. Mais Freedom Suite se distingue par son message politique, par la conscience qui nourrit cette musique. C’est une chose qui n’a jamais cessé de m’inspirer. Il y a dès les premiers motifs une force émancipatrice, une foi en l’humanité, qui font de Freedom Suite un album exceptionnel.

Black Moon “Enta Da Stage”
Un album de hip-hop vintage qui remonte à l’époque où je commençais moi-même à produire des beats et à rimer. Il y aurait aussi Midnight Marauders de Tribe Called Quest, Bizarre Ride II The Pharcyde et quelques autres classiques, mais celui-ci a un grain particulier, un côté sombre, avec cette manière dont Buckshot défonce tout sur son passage… Tous les morceaux ont une personnalité différente, en même temps qu’ils se complètent les uns les autres. Le son de Brooklyn dans toute sa splendeur, brillant !

Duke Ellington & John Coltrane
Notamment pour leur version du standard « In a Sentimental Mood », pleine de mystère et de romance, un son irrésistible. Mais aussi parce qu’il s’agit d’une rencontre au sommet entre deux générations de l’histoire du jazz. Il y a une tendance à séparer les artistes de manière artificielle et si tu as moins de trente ans aujourd’hui, tu dois mettre du hip-hop ou de l’electro dans ta musique. Ce disque dit au contraire que tu peux avoir dans le même studio des jeunes loups comme Elvin Jones et John Coltrane d’un côté, avec ce père fondateur du jazz qu’est Ellington de l’autre, et que la rencontre est magique, nécessairement innovante.

Ty “Upwards”
Ty est le meilleur représentant de la musique britannique actuelle. Comme MC et pour sa présence scénique, j’ai beaucoup appris en le regardant et plus tard en travaillant à ses côtés. La production de cet album en particulier, avec Drew Beats, est une œuvre d’art, je pense qu’elle élève le hip-hop vers une autre dimension. Tous ses disques sont bons, notamment Closer, mais cet Upwards est tout particulièrement réussi.

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film: New York, ou quand les latinos foutent le Bronx…

Benny Bonilla, congas, et Orlando Marín, timbales, autour de 1950. Archive Benny Bonilla

Salsa et hip hop sont les enfants du South Bronx. Images d’archive et bande-son explosive à l’appui, From Mambo To Hip Hop, projeté aujourd’hui et samedi au festival Kosmopolite de Bagnolet, retrace cette épopée où les expériences noires et latines se sont conjuguées

Qu’ont en commun Fania All-Stars et la Zulu Nation, les pas de danse acrobatiques des Mambo Aces et ceux du Rock Steady Crew, les timbales de Tito Puente et les platines de DJ Charlie Chase? La magie du rythme poussé au paroxysme, le fait de danser pour ne faire qu’un sur le beat, offre des analogies d’autant plus saisissantes que la gloire de ces pionniers de la salsa et du hip hop se rapporte à une même origine, le South Bronx.

Réalisé par le photographe du graffiti Henry Chalfant et l’association nuyorican City Lore, From Mambo to Hip Hop dresse un portrait foisonnant de ce ghetto new-yorkais, théâtre emblématique d’une expérience partagée entre communautés caribéennes, latines et afro-américaines. Saisis dans le contexte de la dévastation brutale du quartier à partir des années 60, les témoignages parallèles des vétérans de l’âge d’or du mambo et des premiers B-Boys illustrent la façon dont ses habitants n’ont cessé de confronter le déracinement et la misère économique en développant de nouvelles formes d’expression identitaires ancrées dans le bitume. En réinventant la musique afro-cubaine en salsa et le funk en hip hop, le South Bronx a marqué le cours de nos musiques populaires d’une griffe new-yorkaise qui conjure la violence de sa jungle urbaine par un appel à la fête. Il désigne, en ce sens, plus qu’un lieu géographique: un concept où corps et ghetto-blasters se font l’écho des tambours pour marquer le pouls de la cité.

PHOTO: HENRY CHALFANT: G-man avec son équipe et son équipement lors d’une jam dans un park du South Bronx, début des années 80

FILM

  • From Mambo To Hip Hop: A South Bronx Tale (Henry Chalfant, 55 minutes, 2006)

  • 5-7/7: Projections gratuites au Cin’Hoche de Bagnolet, dans le cadre du festival Kosmopolite

VIDEO

  • Une bande-annonce de From Mambo To Hip Hop, non-officielle (en anglais, mais truffée de musique et danses)

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world: Spanish Harlem Orchestra, division d’élite de la salsa dura

PHOTO: JERRY LACAY

Le groupe phare de la salsa dura rend hommage au swing latino new-yorkais. Pour se donner envie de le voir en concert aux festivals Jazz à la Défense et Y Salsa, un titre en download gratuit

Maintenir les danseurs sur la piste au son d’un big band est un pari qui a valu au Spanish Harlem Orchestra de s’imposer en division d’élite de la salsa dura, récompensée par un Grammy en 2004. Hommage à la tradition du swing latino new-yorkais, entre reprises et compositions, cet all stars de quinquas revisite avec une puissance et une précision inédite les différentes expressions qui donnent corps à la salsa.

Mambo du Palladium, bolero-cha échappé de la bodega du quartier, rumba des dimanches après-midi dans Central Park, plena militante des manifs portoricaines, sans oublier les trombones tonitruants de l’époque Fania, exhumée avec la participation de deux arrangeurs mythiques du label, Sonny Bravo et feu José Febles. Le pianiste Oscar Hernández dirige la locomotive avec ses solos incisifs et son phrasé tout en souplesse. Seule surprise au sommet de l’orthodoxie salsera, le morceau final de l’album United We Swing convie Paul Simon pour une version bilingue de “Late In The Evening”, à même de rallier les fans du chanteur aux rythmes latins.

DOWNLOAD

  • “Sacala Bailar”

ALBUM

  • Spanish Harlem Orchestra, United We Swing (Six Degrees/Universal)

CONCERTS

  • 23/6: Lyon, Y Salsa Festival
  • 24/6: La Défense Jazz Festival

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