Sedition Ensemble, New York 1981

On est à la fin des années 70. Ed Montgomery, cinéaste politisé et musicien, débarque de San Francisco à New York dans le but de créer un ensemble de « performance art » liant le free jazz, la politique et la culture urbaine (danse, poésie de rue). Au loft LaMa, il fait la connaissance de musiciens et développe les idées qui vont éclore trois ans plus tard sur l’unique album de Sedition Ensemble, Regeneration Report.

Entretemps, la communauté s’est agrandie. Le guitariste Bern Nix (Ornette Coleman Prime Time), le bassiste Melvin Gibbs (Defunkt) et le saxophoniste Ben Bierman (Johnny Pacheco) sont venus apporter leurs grooves au projet. Devenu objet rare, l’album est aujourd’hui réédité en LP et en CD par le label punk-garage Sol Re Sol.

Il constitue davantage que le chaînon manquant entre Ornette Coleman, The Last Poets et ESG : il s’agit d’un très grand disque.

Sedition Ensemble, Regeneration Report (Sol Re Sol Records)


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Bob Dylan, Gilles Tordjman et les voix

Dans le numéro hors-série que consacre Télérama à Bob Dylan, le journaliste Gilles Tordjman consacre un article, dans un style gonzo inhabituel de sa part, à l’artiste. Il n’a rien à dire, excepté qu’il « n’aime pas sa voix » (1). L’argument, aussi pauvre et définitif qu’il soit, est tiré sur plusieurs colonnes. Dylan non plus n’aimait pas sa voix. Autre « défaut », il ne jouait pas très bien de la guitare. Cela ne l’a pas empêché d’être un artiste, et un très bon artiste.

Tordjman n’aime pas la voix de Dylan, c’est entendu, mais qu’en est-il de la sienne? A partir de ses propre limites, on peut s’élèver très haut. Tordjman, lui, descend toujours. Sa voix est ténue, aigrelette. Elle ne pense qu’à l’effet, elle ne tient que par le bluff. Il me fait penser à ce que disait Jules Benda de Paul Valéry: « Ses propos présentaient le double aspect de la fusée d’artifice: l’étonnant du départ et la chute immédiate, l’impuissance à se soutenir. On eut dit qu’il ne pensait que par états naissants. » (2)

J’ai un peu connu Tordjman. Je lui avait offert pendant plusieurs années une tribune libre dans Vibrations ne sachant pas très bien s’il se considérait comme un journaliste, un écrivain ou un chroniqueur. Les journalistes ont une formule pour valoriser ce genre de métier: tel ou tel, disent-ils, a une plume. Il est vrai que ses textes étaient écrit dans un français correct, ce qui est rare dans la profession. Mais à mon sens ils manquaient de générosité, de hauteur, d’empathie.

(1) Les critiques sur la voix de Dylan ont commencé dès qu’il a commencé à chanter et ont continué depuis. C’est le degré zéro de ce que Tordjman appelle sa « Dylanopathie ». On a aussi entendu dire qu’Albert Ayler ne savait pas jouer du saxophone, que Don Cherry ne devrait jamais se mettre au piano, qu’Ornette Coleman ne maîtrisait pas le violon, etc.
(2) Jules Benda, Exercice d’un enterré vif, p. 55 de l’édition des Trois Collines
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Le bon vieux pair à pair

La fermeture du site megaupload m’a ramené à une conversation que j’avais eu avec DJ Steinski à propos du piratage. A l’époque, je n’avais pas tout compris ce qu’il me racontait – et surtout j’essayais de calmer sa ferveur et son excitation à vouloir me convaincre des bienfaits de l’échange de fichiers pour la culture contemporaine.

On aurait dit Robert Crumb s’extasiant devant les fesses d’une serveuse dans un bar de l’Oklahoma…

Il y avait un enjeu ENORME, me disait-il derrière ses lunettes, pour des gens comme lui et moi, à encourager le peer-to-peer (1). Au fur et à mesure de son soliloque enfiévré, je commençais à comprendre. Il parlait du PTP comme d’un grand entrepôt poussièreux où Crumb passait ses journées à dealer un 45 tours de blues. Il parlait de passionnés de cinéma qui partageaient leurs films pour d’autres passionnés. Il me parlait!

Le FBI a fermé Megaupload. Merci les sheriffs… Et maintenant, si on se remettait au bon vieux pair à pair?

(1) en français, « pair à pair » est plus joli, l’expression a un côté romantique.

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Les confessions de Stevie Wonder

C’est une drôle d’expérience que de se mettre dans la peau de Stevie Wonder, mais elle n’est pas illégitime. Son prochain album Through The Eyes Of Wonder (2015? 2020? Who knows?) invitera précisément l’auditeur à pénétrer à l’intérieur de son âme. Une obsession guère nouvelle. N’avait-il pas, pour la promotion d’Innervision, affrété un bus et emmené les journalistes à travers New York en leur ayant préalablement bandé les yeux ?

Je ne me suis pas bandé les yeux pour écrire Confessions d’un enfant de la soul, dans lequel j’ai choisi et réuni  ses propos (y compris deux interviews personnelles, l’une de 1992, l’autre de 2007) afin de réaliser ce que les Anglo-Saxons appellent une biographie « in his own words ». J’ai, par contre, utilisé un logiciel appelé Dragon Dictate qui permet de dicter le texte à votre ordinateur. J’imagine que Victor Hugo aurait adoré Dragon Dictate – bien que le mode d’emploi stipule qu’il ne sert à rien de hurler. Juste parler avec sa vraie voix.

Je ne suis pas peu fier. Il s’agit du premier livre en français sur Stevie Wonder depuis celui de Jean-Jacques Dufayet, épuisé depuis des années. Après avoir épluché toutes ces sources jusqu’au moindre détail (Chez Stevie, c’est le détail qui compte), il me semble que l’ensemble constitue un portrait fidèle, contrasté et honnête du créateur de « Superstition ».

Ces Confessions sortiront en librairie le 19 janvier 2012 aux Editions Consart. 192 pages, 19 €.

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Mélo + Manie = Mélomanie

Je ne crois pas vous avoir jamais dit comment il se fait que Jackie Berroyer écrit depuis maintenant près de quinze ans une chronique dans Vibrations, alors que la durée de vie d’une chronique dans un journal ne dépasse généralement pas la saison d’une émission de téléréalité. La vérité est que je n’en ai aucune idée. La raison principale doit être que ni lui ni moi ni surtout les lecteurs ne s’en sont lassés.

Je ne crois pas vous avoir jamais parlé de son émission Mélomanie que Jackie anime depuis moins longtemps qu’il écrit dans Vibrations et qui doit être, si ma mémoire est bonne, à sa deuxième saison. C’est déjà pas mal deux saisons. The Good Wife en est à sa deuxième saison, et déjà les téléspectateurs se lassent. Ce doit être plus difficile d’être une bonne épouse qu’un bon DJ de radio. Quoique.

Ce n’est pas dans nos habitudes de faire de la publicité éhontée. Pas parce qu’on est timide, ou par « éthique », mais par négligence. On se dit: « l’émission est tellement bonne que les amateurs de bonne musique n’ont pas pu passer à côté ». On a peut-être tort de faire confiance aux gens. A l’heure où je vous écris, je suis en train de réécouter son heure dédiée au funk de la Nouvelle-Orléans. Une sélection finaude, pas une compilation banale. Le Professeur Choron appelait parfois Jackie « le con instruit ». C’est vrai qu’il est instruit, l’animal!

J’ai mentionné il y a quelques temps qu’on a avait le projet de réunir ses chroniques (avec les dessins de Noyau) en livre. Ça traîne un peu. Le Dilettante, de son côté, va publier un choix de ses textes sur la musique. De ses chroniques dans Hara-Kiri à Rock & Folk, Libé, etc. Il faut qu’on se coordonne. ça prendra le temps que ça prendra.

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Coin-Coin

Il y a différentes manières de convoquer l’histoire dans la musique de jazz. La manière « traditionnelle » serait celle de Wynton Marsalis, dont l’épique oratorio Blood On The Fields nous transportait dans un long récit plein de bruits et de fureur sur l’esclavage et la liberté. La saxophoniste Matana Roberts, qui reconnaît « un rapport d’attraction/répulsion avec la tradition du jazz américain », a opté pour une forme fragmentée, qui mêle sa propre histoire familiale avec la « grande histoire ». Elle en a fait un projet à long terme qui comprendra douze chapitres et autant d’albums. Le premier volet de cette série est paru en mai de cette année. Il s’appelle Coin-Coin Chapter One : Les gens de couleur libre.

Matana Roberts a grandi à Chicago. Enfant, elle a entendu de nombreux récits sur la généalogie de sa famille et à propos de ses racines en Louisiane et dans le Mississippi. Sa grand-mère maternelle lui a raconté la grande migration des esclaves libres dans le nord des États-Unis, comment ses arrière-grands-parents s’étaient retrouvés à Chicago à créer une entreprise de couture et à fabriquer des modèles de vêtements à partir de tissus rapiécés. Cette idée de patchwork a résonné en elle. Elle s’est dit que sa musique et son parcours étaient aussi faits de « fragments » et qu’elle pourrait s’inspirer de ces éléments historiques et biographiques pour créer quelque chose de riche et de positif.

Le premier chapitre du cycle a été enregistré live à Montréal dans un petit club avec quinze musiciens de la scène rock, jazz ou de la scène improvisée. Il raconte une période de l’histoire de Louisiane entre 1742 et 1830 centrée autour de la figure de Thérèse « Coin Coin » Metoyer, une esclave libérée devenue femme d’affaires qui a fondé une communauté créole dans le sud. Ce n’est que le point de départ de la narration, qui évoque également dans « Libation For Mr. Brown : Bide em in… » la figure centrale d’Oscar Brown Jr. (collaborateur de Max Roach et d’Abbey Lincoln sur l’album militant We Insist ! Freedom Now Suite). Tandis que la poignante ballade finale « Ho Much Would You Cost ? » est dédiée à sa mère décédée deux semaines avant l’enregistrement.

La musique oscille entre blues, free jazz et passages parlés. Et lorsque Matana Roberts empoigne son instrument, le growl puissant du saxophone raconte la même histoire, celle du jazz libre. Et sans couleurs.

Merci à Bernard Loupias

À écouter

Matana Roberts, Coin-Coin Chapter One : Les gens de couleur libre (Constellation / Differ-Ant)

Vidéo

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« Miss Lydie, what have you done? »

Lydie, c’est un joli prénom. Il aurait pu finir sur une de ses chansons, eut-il croisé cette femme sur sa route. Lydie comment, déjà?

- « Salvayre »

- « Like Silver? »

- « Yes! »

Le guitariste aurait arraché une feuille au bloc-notes de l’hôtel comme il le faisait toujours en de pareilles occasions et aurait griffonné un poème ou une chanson, c’est pareil, qu’elle n’aurait pas compris tout de suite. Il ne lui aurait pas dit: « Un jour tu écriras un livre sur moi », ce n’était pas le genre de choses qu’il disait. Il disait plutôt: « Le soleil brûle dans tes cheveux », ce genre de choses. Des choses belles, bibliques. Des choses qui restent.

Le mot « hymne », il ne l’utilisait pas non plus. En fait, il savait très bien ce qu’il voulait la plupart du temps. Il était d’une grande lucidité. Par exemple, il ne donnait pas toujours le meilleur de lui-même, comme les journalistes le prétendaient. Dans ses cahiers, la nuit, il écrivait: « On a donné un mauvais concert, ce soir. Manque de dynamique, le son n’était pas à la hauteur. » Lydie ne comprenait pas. Il n’était pas un « sacrifié ». Elle avait tort, il en était certain. Sacrifié pour quoi? Pour qui? Fatigué d’accord, bordélique sûrement, mais sacrifié, ah ça non! Il avait toujours réussi, d’une manière ou d’une autre, à faire ce qu’il voulait. Il avait deux groupes DIFFERENTS jouant deux musiques DIFFERENTES, au même moment. Qui pouvait en dire autant? Même Miles Davis n’avait pas réussi à faire ça.

Lydie semblait croire qu’il craignait Miles Davis. Il n’avait pas peur de Miles Davis. Miles tournait autour de lui depuis deux bonnes années maintenant, et tout ce qu’il avait réussi à faire c’est de se faire piquer sa nana. Il n’était pas certain de vouloir enregistrer quelque chose avec Miles. Il avait d’autres choses à faire. Des musiques dans sa tête, il en avait constamment. Il se verrait bien, en marge de ces petits groupes, monter un grand ensemble capable de jouer de la grande musique, pas de la musique « classique », pas une rencontre entre sa guitare et le classique. Quelque chose de beaucoup plus GRAND que ça.

Une chose qui le dérangeait (mais ne l’empêchait pas de dormir), c’est tout ce charabia autour de l’époque et de cette merde de politique dont on lui rebattait les oreilles. Il était peiné que Lydie le ramène à ça. Elle le ramenait aussi loin en arrière que la Beat Generation. Merde, putain, la BEAT GENERATION! Les années 50! Surtout qu’elle n’avait pas l’air d’y comprendre grand-chose non plus. Il avait connu plein de ces souris blanches qui se la jouaient « brothers and sisters ». C’était cool un moment, mais ça devenait lassant.

Tiens, se dit-il soudain en refermant le livre de Lydie, ça fait longtemps que je n’ai pas écrit à papa.

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Anecdotes variées

J’organise un concert du saxophoniste Steve Coleman. je vais le chercher à la gare de Lausanne. Je le salue. Il me tend la main: « Hi’ I’m Charlie Parker ».

Interview ratée (1): Max Roach qui s’endort pendant notre conversation.

Rencontre, à l’occasion d’un concert solo, avec le guitariste Tom Verlaine. J’ai son nouveau disque avec moi, qu’il n’a pas encore vu. Je le passe sur la sonorisation du club. Verlaine devient vert, puis rouge. Il se précipite vers moi, accablé: « Ils se sont trompés à la maison de disque. L’ordre des morceaux n’est pas le bon. » On réalise alors que la platine CD est sur mode « shuffle ».

Interview ratée (2): Le pianiste Ahmad Jamal regarde d’un air dégoûté la couverture de Vibrations, avec DJ Premier en photo. « Je déteste le hip hop, je ne comprends pas qu’on puisse placer cette musique au même niveau que le jazz. » Suit 15 minutes de diatribe contre le genre. Je pose ma première question. « Fin de l’interview ».

Boubacar Traore, magnifique baladin malien, est très agité. Il doit se produire seul à la guitare et voit la scène encombrée de dizaine d’instruments. Angélique Kidjo doit passer après lui et les techniciens ont déjà installé son matériel. « Je n’ai pas besoin d’un groupe, je préfère jouer seul », me répète-t-il. J’ai beau lui expliquer le problème, il ne démord pas. Le soir, lorsqu’il se produit, il jette des regards derrière lui après chaque chanson, persuadé que les musiciens vont venir le rejoindre d’un instant à l’autre.

Interview ratée (3). Taj Mahal qui vient de passer une heure à la douane à être fouillé, reçoit une journaliste de Vibrations: « Mais qu’est-ce que vous connaissez de ma musique? Vous allez sans doute me demander pourquoi je m’appelle Taj Mahal? »

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Le roi Arthur Rhames

Dans un billet précédent, je me vantais d’avoir fait le tour des guitaristes post-hendrixiens, sachant au fond de moi qu’il n’en était rien. J’ignorais pourtant que je reviendrais si vite sur ce sujet. Ceci est dû à la rencontre fortuite avec le compositeur américain (basé à Bienne, en Suisse) Jalalu Kalvert-Nelson. De passage à Lausanne pour deux jours de travail avec mon amie la chorégraphe Beatriz Borrajo, Jalalu avait amené avec lui le livre du contrebassiste William Parker, Conversation, sorti récemment aux Editions Rogue Art. Jalalu y figure en bonne place, William Parker écrivant de lui que « la quantité et la qualité de son oeuvre le place au niveau de Duke Ellington et d’Ornette Coleman ». Jalalu était flatté, un peu gêné aussi de la comparaison.

Devant un gigantesque steak (Jalalu aime manger et donne parfois des « Cookcerts », où il cuisine en jouant de la musique), nous avons parlé du livre, de la situation des compositeurs noirs qui n’écrivent pas ce qu’on attend d’eux (du jazz, principalement). Tout naturellement je lui lance le nom de Julius Eastman. Et là, sa figure s’assombrit. Il ne dit plus rien pendant une bonne minute (ce qui est rare chez lui). Il m’explique qu’il a bien connu Eastman, que William Parker lui a donné les trois CDs qui sont sortis après sa mort chez New World et qu’il lui achetait ses partitions vingt dollars lorsque celui-ci vivait littéralement dans la rue.

Le lendemain, je me plongeais dans le livre de Parker et lisais les pages consacrées à Jalalu. Parker et lui se souviennent d’un musicien « incroyable », à la fois guitariste, saxophoniste et pianiste « qui pouvait jouer de la guitare comme Jimi Hendrix, du piano comme McCoy Tyner et du saxophone comme John Coltrane ». Son nom est Arthur Rhames et il est mort du Sida à 32 ans, en 1989. C’est une sacrée découverte. Qui prouve que, eh! bien non, je n’en ai pas fini avec les guitaristes.

On peut écouter sa musique ici

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The Last Amy Winehouse show

Ainsi la dernière chanson enregistrée d’Amy Winehouse aura été un « Body And Soul » de circonstance que l’on retrouvera dans les bacs le 19 septembre sur l’album du crooner Tony Bennett Duets II (Columbia) [1]

On n’aurait pas mieux rêvé comme épitaphe – on grogne déjà contre les vautours qui vont gâcher cette élégante sortie dans les mois à venir, les brouillons et autres esquisses du « difficile » troisième album de la bad girl anglaise ne manquant pas de pointer chez les disquaires. Business is business.

Je ne sais pas trop ce qui me retient de vous l’offrir ici en exclusivité, m’étant fait envoyer par Columbia un album « watermarké » de Duets II bien avant le décès de Miss Winehouse. Un reste de professionnalisme sans doute, et surtout la mention « Not Mastered / Not Final » qui indique que la musique, ou en tous cas le stade final de celle-ci, n’est pas celui du CD dit « Advance ». On peut cracher sur les majors si l’on en a envie, mais pas sur les artistes. Une œuvre est une œuvre.

Mais même au stade où en est le morceau, ni mastérisé, ni finalisé, c’est une splendeur. Bennett est juste Bennett, le seul véritable rival qu’ait eu Sinatra [2]; quant à Amy Winehouse, elle lui donne la réplique avec une audace inouïe, mi-Jimmy Scott, mi-Sarah Vaughn, petite fille et grande dame cassée avant l’heure. Voici, en toute légalité, 30 secondes de « Body And Soul ». Vous m’en direz des nouvelles.

Tony Bennett & Amy Winehouse, Body and Soul (extrait)

[1] Album en tout point excellent, bien que casse gueule, dans lequel le chanteur favori de Bill Evans s’acoquine avec le gratin du show-biz, de Mariah Carey à Lady Gaga, coachant tout ce beau monde de voix de maître.

[2] Sinatra ne manquait jamais une occasion de louer Bennett, « le meilleur d’entre nous », sachant bien que ce dernier avait un peu trop de tempérament « arty » et de soucis esthétiques pour rivaliser avec lui.

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