Edouard Glissant est mort. Pas une ligne dans Libé qui montre les fesses de Maria Schneider en une. Le dernier tango à Paris plutôt que les forces du boucan en Martinique. Plus rien à attendre des journaux, et ce n’est pas l’Ipad de Murdoch qui va nous permettre de se plonger plus à fond dans l’écriture de Glissant. Car il n’est pas facile à lire, le poète. Sa musique est polyrithmique, remplie de soli free, basse et haute à la fois, conviant tout à la fois Gilles Deleuze et Bob Marley.
Je suis entré dans Glissant par Poétique de la Relation (Gallimard, 1990). Déjà la dédidace: « A Michael Smith, poète assassiné aux archipels, comblés de mort patente. » Mikey Smith, le dub poet jamaïquain qui condamnait dans ses vers les « politricks » des dirigeants de son pays et qui est mort lapidé le jour de l’anniversaire de Marcus Garvey… Personne n’a parlé aussi profondément et intelligemment de la problématique du métissage que Glissant. « Métissage », ce mot passe-partout, valeur refuge des bien-pensants et repoussoir pour les racistes (JM et Marine, même combat), Edouard Glissant lui a donné une mémoire, un présent et un futur.
Laissons-le parler [1]:
« Je vous quitte maintenant, qui à aucun moment ne quittez la fête que vous nous donnez. M’allant reconnaître dans l’indistincte et si précise effervescence, d’une autre sorte, où ne s’ammasse pas l’oubli, et qui ne cesse, changeant toujours. Les algues d’horizon s’enlacent dans les variances de gris, bleutées de noir, où multiplie l’espace. Leur fougère fait une pluie qui ne s’enlève du chaud du ciel. Vous touchez du grège de la pensée un échevèlement de végétations, un cri de morne et de terre rouge. Boucans à peine nés du vertige. Immobile averse. Echos tombants. Un tronc s’émince sur les bords du soleil, une obstination roide mais qui fuse. Appelez les gardiens du silence, leurs pieds en la rivière. Appelez la rivière jadis débordée sur les roches. – Pour moi, j’ai ausculté ces points chauds. J’y ai baigné, près des amis: attentifs à ces tambours du volcan. Nous nous sommes tenus courbés sous le vent sans tomber. Une seule cohée, d’où tout nom s’est évaporé. Tâchant aussi de désigner cette bleuité de tout… – Son soleil vaque, dans les frissons argentés des savanes, et l’odeur ocre de la terre traquée. »
[1] Ce sont là les dernières lignes, prophétiques, de Poétique de la Relation
Malgré le soutien de nombreux intellectuels, Edouard Glissant n’a jamais eu de chaire dans aucune université française. Lui qui aimait tant la langue française et ses écrivains, il a dû trouver exil aux Etats-Unis où il est mort. Ainsi va la vie culturelle en ce pays…

juste un court additif : contrairement à ce qui est écrit, édouard glissant est mort à paris, où il partageait d’ailleurs son temps dans un bel appartement du côté des Invalides.
quant à la question du métissage, je ne suis pas du tout certain que l’auteur du tout-monde est adhéré à une vision un brin attendue : ne disait-il pas « on peut prévoir un métissage, mais non une créolisation ».
Ping : vibrationsmusic.com : Décès d’Edouard Glissant
Désolé, mais il y a un hommage le même jour que la mort de maria schneider sur edouard glissant, il fallait juste retourner la page pour voir un bel hommage, visiblement de quelqu’un qui avait suivi depuis longtemps le travail de glissant (c’est aussi mon cas, j’en ai parlé dans de nombreux journaux, de musique ou autre)
quant à la vie culturelle du pays, elle ne va pas bien, mais il faut quand même savoir qu’il existait tout de même un bel institut du tout-monde à paris dont j’ai lu peu de traces dans les magazines… las.