Catégorie : Artist's Playlist

Pascal Comelade

Dix disques, ceux que le Catalan Pascal Comelade emporterait sur son île déserte, une liste dont il ne semble guère convaincu de l’utilité. «Pourquoi pas un “Gravest Hits” des Cramps ou le “Teenage Head” des Flamin groovies?».

Syd Barrett “Barrett”
Le second album de 1970. C’est avec le «Taking Tiger Mountain (By Strategy)» de Brian Eno, «Village Green» des Kinks et «Sail Away» de Randy Newman, une des apothéoses de l’architecture populaire.

Gavin Bryars “Jesus Blood Never Failed Me Yet”
La première version sur le LP Obscure n°1. Si influences il y a, ce disque restera comme un traumatisme. Il faudra un jour se pencher sur l’histoire psychopathologique du principe de répétition dans la musique de jeunes (en Occident crétin).

Tete Montoliu “En concert à l’Odéon”
Un concert intégral de piano solo à l’Odéon de Canet, salle mythique de la côte, fin des années 70. Un pianiste qui écoutait via oreillette de transistor les retransmissions de football tout en concertisant, voilà qui peut me réconcilier avec le jâââzz.

Adriano Celentano “Salutation”
Eh oui…

Jac Berrocal “Parallèles”
Pour l’original de «Rock And Roll Station» avec Pierre Bastien et Vince Taylor. Et puis parce que Jac est le seul musicien épidermiquement intègre de la périphérie. Amen.

Ennio Morricone “Et pour quelques dollars de plus”
Pour la séquence de la montre musicale et parce que c’est le seul musicien de cinématographe. Mille heures de nos petites merdes ne tiennent même pas dans quatre secondes de musique de ce type. Mon rêve de musicien est de tenir le triangle dans son orchestre. Un exemple pour la jeunesse – salauds de jeunes! Un héros du peuple.

Captain Beefheart & Magic Band “Trout Mask Replica”
Pour le Magic Band et pour enfoncer le clou: dans cette histoire – et jusqu’à la fin de la belle époque d’avant le Tragic Band – les individus de l’orchestre (Zorn Hot Rollo, Antennae Jimmy Semens, Drumbo, Rockette Morton, The Mascara Snake…) sont les réels maîtres d’œuvre. Il faut bémoliser Beefheart et surélever le rôle du Magic Band. Et ce n’est pas l’excellent bouquin de Mike Barnes (Quartet Book) qui me contredira.

Soft Machine “Third”
Pour la face «Moon In June» de Robert Wyatt. L’anti-décervelage absolu, messieurs dames. Sans trucage.

Faust “So Far”
Ces histoires de remix, de nos jours, que la branlette soit manuelle ou électronique, que la techno soit de la néo-muzak ou non, on s’en fout, on écoute toujours Faust, Suicide, les Residents et on se contente de ces accélérateurs. La technologie avance. L’actualité bégaye, hygiénise et misérabilise. Il faudra se pencher un jour sur l’histoire merveilleuse des poubelles de l’histoire de la musique.

MC5 “Back In The USA”
Inutile de revenir sur l’alchimie Sonic Smith / Wayne Kramer.

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Herbert

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A l’heure où sort sa relecture de la “10th Symphony de Malher” pour Deutsche Grammophon’s Recomposed, Matthew Herbert présente neuf disques et un livre qu’il emporterait sur son île déserte. Une sélection à l’image de la musique de ce touche-à-tout, un rien bucolique, un brin drôle, souvent minimale, entre tour de piste numérique et culture plus classique, une mise en sons propice aux atmosphères décalées.

John Cage Silence (le livre)
Dans la version anglaise de l’Ile déserte, on est autorisé à désigner un livre. Celui-ci est le bouquin le plus incroyable que j’aie jamais lu! Lisez-le et ne samplez plus jamais un disque de disco.

Sly and Robbie “A Dub Experience”
Tout est excellent dans ce chef-d’œuvre de 1981. Electronique mais encore humain, sombre mais tout de même mélodique, expérimental mais toujours funky.

Mahler “La Cinquième Symphonie”
Oui, l’adagio! C’est un vrai cliché de la musique classique, mais cela reste une immense pièce musicale qui n’a jamais cessé de me toucher ou de m’émerveiller avec sa structure mélodique qui s’effiloche.

Les McCann “Django”
Là encore, aucun des thèmes de ce LP n’est un mauvais compagnon pour cette vie dans le désert. De chaleureux standards jazz interprétés si lentement que vous oubliez quelles notes le guitariste a jouées quatre mesures plus tôt.

Tom Waits “The Ghost Of Saturday Night”
Un prodigieux songwriter avec des textes parmi les plus brillants, les mieux écrits que l’on connaisse. Sa production est toujours originale, généralement parce qu’il fabrique la majeure partie de ses instruments lui-même à partir d’un vieux vélo.

Steve Reich “Come Out”
Minimal, brillant, mystérieux et politique. En somme, beaucoup de choses requises pour créer de la musique. C’est une composition de musique expérimentale écrite dans les années 60 qui dépasse la plupart des choses soi-disant plus actuelles. Et ce n’est pas très long, ce qui est toujours bon signe.

De La Soul “3 Feet High And Rising”
Je prendrai l’album dans son entier parce que je ne peux pas imaginer la plupart de ces sélections sans songer au plaisir que me donnera la suivante. Complètement original, imparfait, drôle, funky et presque sans égal dans le hip hop pour cette excentricité.

Arto Lindsay “O Corpo Subtil”
Ces dernières années, Arto a enregistré quelques disques incroyables. En dépit de ses débuts il y a plus de vingt ans quand il était plutôt versé dans le rock noisy, son nouveau truc est les chansons d’amour brésiliennes produites avec bruits voilés et cœurs brisés.

Bob Dylan “A Simple Twist Of Fate”
C’est triste mais bon.

Une quelconque compilation Ibiza
Cela me rappellera la maison quand on entendait cette merde 24 heures sur 24. Je trouve qu’il est plus facile d’être inspiré par des saloperies que par de bonnes choses. (Ecouter Miles Davis ne vous pousse pas à jouer de la trompette). En outre, j’ai besoin de quelque chose de merdique et qui sonne un peu années 80 pour danser autour de l’île quand je sauterai à pieds joints sur du jus de singe.

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Laurie Anderson

Les disques qui comptent pour Laurie Anderson. Après dix ans de silence, l’artiste publie « Homeland », d’intimes confessions où elle revient sur l’état des Etats-Unis en ce début de millénaire. Pour le coup, elle a même accepté de jouer le jeu de l’île déserte, à condition de pouvoir y mettre quelques musiques associées à des images. « C’est la toute première fois. C’est toujours très drôle et très instructif de voir ce qui est source d’enchantements et d’inspirations pour les musiciens. Ce qu’ils cachent dans leur tête ! »

Chris Marker « la Jetée »
Des images apocalyptiques d’après le grand désastre nucléaire, avec la musique de Trevor Duncan. Et puis, « Sans Soleil », un autre film de Chris Marker tout aussi visionnaire, dont la bande-son repose sur une voix.

Christophe Chassol « Ultra scores »
Un très beau DVD que je viens de découvrir en France. Ce pianiste qui a étudié la musique de Steve Reich et a accompagné un chanteur indien pose sa musique, faite de samples, sur des images incroyables.

Sergueï Rachmaninov « Concerto pour piano n° 3 »
La touche romantique et la plus complexe à la fois par un des compositeurs les plus austères. Pas de show off, tout est intériorisé.

Billie Holiday « Strange Fruit »
Le blues des origines et l’origine du blues. Sans doute ma chanson préférée de tout temps. Vous pouvez l’écouter dans sa première version ou plus tard. Peu importe : elle a chanté ce poème mille fois, et sous sa voix, c’est toujours une nouvelle histoire, le même drame.

Frank Sinatra « April In Paris »
C’est de saison ! Je n’arrête pas de l’écouter dans l’hôtel où je suis. Ça m’a permis de réaliser que Sinatra était un excellent chanteur. Une diction parfaite et un réel sens de l’interprétation. Tant pis pour le cliché : c’est la vérité.

Doveman « The Conformist »
Thomas Bartlett est un pianiste tellement timide et un chanteur à la voix si douce… Chacune de ses prestations en devient un moment en suspension, extraordinaire. Il a joué avec beaucoup de musiciens new-yorkais, d’Antony à David Byrne.

Marc Ribot « Party Intellectual »
Pour « Fuego », une chanson au répertoire de son projet Ceramic Dog : c’est une messe, avec une énergie irradiante.

Lou Reed « Complete Works »
Je pense que j’ai dû tout écouter, mais en même temps, il me faudra toute une vie pour apprécier la portée de chacune de ses chansons. Ecouter Lou Reed de toute façon, ça ne fait jamais de mal.

Astor Piazzolla « Rough Dancer and The Cyclical Night »
Buenos Aires reste une ville à laquelle je suis beaucoup attachée. Et le son du bandonéon de Piazzolla, tout comme l’esprit de ses compositions, me touche d’autant plus qu’il est produit par un ogre new-yorkais.

Fedor Dostoïevski « Crime et châtiment »
L’écriture et la dramaturgie se prêtent à l’écoute d’un livre sonore. C’est même le format parfait pour plonger dans la noirceur de ce roman. Peu importe qui le lit, du moment que c’est en américain.

Recueillis par Jacques Denis

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  • Laurie Anderson « Homeland » (Nonesuch/Warner)

Admiral T

Les disques qui comptent pour le Guadeloupéen Admiral T. Devenu le porte-parole de toute une génération rivée aux minima sociaux et scotchée par les préjugés raciaux, le gamin de Boissard est de retour avec un troisième album qui oscille entre la colère et l’espoir, entre « Enfants du Pays » en hommage aux esprits créoles et « Pété Chènn La », l’hymne écrit lors de la grève de l’hiver 2009.




Michael Jackson « Thriller »
Juste parce que mon titre préféré de Michael Jackson se trouve dessus : « Beat It ».

Sizzla « Black Woman and Child »
Pas de doute : c’est son album le mieux réalisé, et l’un des meilleurs disques de reggae.

Jocelyne Béroard « Siwo »
Cette chanteuse avec qui j’ai eu la chance de travailler est la plus belle voix du zouk. A compléter par le plus récent « Madousinay ».

Kassav « Love and Kadance »
Tout jusqu’à « All We Need Is Zouk ». À l’instar des grands groupes comme les Beatles ou les Wailers, Kassav a marqué le monde de la musique de son empreinte et fait la fierté du peuple antillais.

Bob Marley « Survival »
Je pourrais prendre n’importe lequel de Bob, mais dans cet album se trouve une de mes chansons préférées : « So much trouble in the world ».

Wu Tang Clan « Forever »
Dans cet album, les artistes dégageaient une énergie particulière que je n’ai jamais retrouvée ailleurs.

Mr Vegas « Head High »
Cet album à été sans aucun doute une révolution dans le reggae dancehall : non content d’avoir réalisé un bel album, Mr Vegas a inventé un nouveau style le « singjay » à mi-chemin entre le deejay et le chanteur.

Kolo Barst « Lot Bô So »
A chaque fois que je l’écoute, j’ai des frissons tellement la voix mélangée à la musique de cet artiste martiniquais sont touchants.

Fanswa Ladrezeau « Espwa Kouraj »
Dans le style gwo ka, c’est ce que j’ai entendu de plus fort jusqu’à présent. Et puis, pour être un sacré tambouyé, ce Guadeloupéen a également une voix qui se pose là.

Recueillis par Jacques Denis

ALBUM

  • Admiral T, “Instinct Admiral” (AZ/Universal)

Christophe

Christophe

Dix disques. Ceux qu’emporterait sur son île déserte Christophe, qui est actuellement en tournée. « Dix, c’est beaucoup et peu à la fois. Dur !». Il aurait bien aimé mettre aussi « Bashung, Bowie, Badalamenti, Brassens… et puis tous mes 78-tours : des objets et du son.»

Elvis Presley, “Louisiana Hay Ride Tapes”
Une œuvre d’art. Un disque de versions bizarres. Elvis, c’est un type dont on voudrait qu’il n’appartienne qu’à soi.

Carla Bruni “Quelqu’un m’a dit”
Une chanteuse de blues qui a les couilles d’y aller. Trop de cons disent qu’elle a du succès parce qu’elle est mannequin !

Suicide “Suicide”
Ça réveille toutes les couleurs qu’on a en soi, les intuitions électro. J’ai été aimanté naturellement.

Lou Reed “Berlin”
Un album que j’écouterai toujours. Avec Transformer, c’est énorme.

Leslie Wilner “Witch”
Grandiose. Une fille qui est mon amie et dont je suis l’ami. C’est rare dans la vie, encore plus dans ce métier.

Björk “Homogenic”
Elle est littéralement extraordinaire. Ce qui la rend belle, attirante, unique, c’est tout ce qu’elle transporte. C’est une icône, irréelle.

Sabri Moudallal “Chants d’Alep”
Un Syrien incroyable qui chante comme un instrument. La musique arabe occupe une place importante dans ma vie. J’ai tous les 45-tours de Mohamed Abdel Wahab.

La Callas “Tristan & Yseult”
C’est un personnage avant d’être de la musique. Elle est tellement dans l’excès. Elle ne peut pas marcher sur le même trottoir que tout le monde.

Trevor Horn “Propaganda”
Plus qu’un simple album de sampling. C’est d’un raffinement dans le son… Comme le plus beau tableau de Clovis Trouille !

Slim Harpo “I’m A King Bee”
Un pur bluesman. C’est le type qui signe Moore sur les premiers Rolling Stones. Il a habité chez moi pendant quinze jours. On regardait la télé : lui à la guitare, moi à l’harmonica. Si je commence avec le blues, il va falloir parler de Son House, Lightnin’ Hopkins…

Propos décryptés par Jacques Denis

CONCERTS

  • 06/05/10 Portes-Les-Valence / Le Train Théâtre

  • 12/05/10 Bourgoin-Jallieu / Théâtre Jean Vilar

  • 12/05/10 Saint-Quentin-Fallavier / Le Médian

  • 23/06/10 au 26/06/10 Orléans / Orléans Jazz Festival

  • 25/07/10 Spa (Belgique) / Francofolies de Spa

  • 20/12/10 Nantes / La Cité des Congrès

Kevin Saunderson

Dix disques. Ceux que Kevin Saunderson emporterait sur son île déserte. Un des fondateurs de la techno compositeur de «Funky, Funk, Funk» nous révèle les disques qui l’ont marqué. «Surtout ces morceaux que j’écoutais quand j’étais ado, de façon épidermique, sans me soucier de leur provenance ou même de leur auteur.»

Funkadelic, One Nation Under A Groove
Pour le titre «(Not Just) Knee Deep» qui me trottera toujours dans la tête. J’adore aussi des morceaux de Parliament, surtout «Aqua Boogie»: je ne fais pas trop de différences entre les deux projets de Clinton. Je constate juste que sa musique groove d’une façon incroyablement jouissive.

Kraftwerk, Computer World
C’est le premier Kraftwerk que j’ai écouté juste quand il est sorti en 81. Aucune faiblesse dans cet album. Leur approche sonore, froide et technologique, m’a immédiatement captivé. Je reconnais clairement que ce disque a stimulé mon envie de me lancer dans la musique électronique. J’attends leur nouvel album avec impatience: quelle direction auront-ils prise?

Prince, Prince
C’est un de ses deux premiers albums. Sa façon de mixer funk, rock et dance y était alors unique, très novatrice, provocante. Après «1999», je trouve que c’est devenu moins frais.

Earth Wind & Fire, Greatest Hits
Je les ai vus sur scène quand j’étais jeune, c’est une expérience qui marque forcément. Leur côté pétulant, euphorique est vraiment stimulant. Et contrairement à certaines idées reçues, j’accorde beaucoup d’importance aux mélodies: celles des hits de Earth Wind & Fire sont toujours très fortes.

Gap Band, Gap Band
J’aime ce groupe surtout pour ses slows qui sont toujours délicieux. Il se dégage de leur suavité une émotion qui est trop souvent absente des productions électroniques actuelles. L’influence du Gap Band peut se retrouver chez moi sur «Power of Passion», un morceau de mon premier album.

Eddie Grant, Do you Feel my Love
Là aussi, c’est le côté ensoleillé de sa musique que j’apprécie. La saveur reggae, quelque chose à la fois dance et très cool.

Colonel Abrams, Colonel Abrams
Un disque plus récent, avec deux bombes: «Trapped» et «Music Is The Answer». Leurs arrangements m’ont toujours enchanté, je n’arrive pas exactement à analyser pourquoi.

Evelyn «Champagne» King, Smooth Talk
Son timbre me colle des frissons de plaisir. Surtout sur «Shame» où elle déploie une puissance subtile, accrocheuse, à la fois classe et coquine. Pas le même style que Paris Grey, mais un feeling parallèle: j’ai ressenti les mêmes frissons quand la voix de Paris a illuminé mes compositions. C’est sûrement pour ça que je l’ai choisie.

Chaka Khan, Greatest Hits
Sa première période, qui va du milieu des 70’s au début des années 80, avec des hits comme «You Got the Love» ou «Ain’t Nobody». Sa voix y est d’une intensité saisissante. Chaka Khan, c’était le retour à un esprit plus soul, plus R&B.

Stephanie Mills, Watcha Gonna Do With my Lovin’
Avec «Put Your Body In It», «Feel The Fire», «Watcha Gonna Do With my Lovin’»… J’ai d’ailleurs repris cette dernière chanson en 89, c’est dire combien elle m’est chère! Ce sont des morceaux qui m’ont marqué, pour leur voix, leur son, leur mélodie. Mais honnêtement, sur une île déserte au lieu d’albums, j’emmènerais plutôt des compilations que je me serais confectionnées!

Propos recueillis par Benoît Sabatier

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