Catégorie : Film

Ginger Baker, attention: batteur


Entamer le trailer d’un documentaire sur Ginger Baker avec Johnny Rotten semble un choix particulièrement judicieux. Mêmes moues goguenardes, les deux rouquins semblent avoir acquis leur sens de la témérité en lisant entre les lignes des manuels de savoir-vivre.

Passés experts en matière de décalages tous azimuts, ils ont poussé l’art de la dissidence jusqu’à s’exiler, chacun de leurs côtés, aux extrémités du globe. Approcher des reclus n’est jamais une chose facile, c’est ce que laisse transparaître la réalisation de “Beware of Mr Baker”, Jay Bulger aura même été jusqu’à encaisser les coups de cannes du vilain canard.

Eric Clapton, Charlie Watts, Mickey Hart, Carlos Santana, Max Weinberg, Chad Smith, Femi Kuti ou Marky Ramone, la liste des contributeurs donne une idée démontre à quel point point ils étaient nombreux à vouloir payer un tribut au batteur légendaire. /JV

Ginger Baker documentary, “Beware of Mr. Baker” SXSW Preview from Jay Bulger on Vimeo.

Il y a peu, un autre film intitulé “Ginger Baker: In Africa” revenait sur l’expérience africaine de l’ex-Cream. En particulier, le son studio qu’il avait monté au Nigeria et où il croisait Fela. Depuis ses débuts, Ginger Baker rêvait d’Afrique et de percussions, ce qu’il concrétisa après la séparation de Cream, en mettant sur pied Air Force, groupe à trois batteurs. C’est l’un d’entre eux, Phil Seamen, qui l’incita à se rendre à Lagos, au Nigeria, où il créa un label et un des premiers studios professionnels d’Afrique de l’Ouest. De cette aventure, un film en forme de trip témoigne, signé par Tony Palmer et commenté par la voix off de Ginger Baker.

On y voit le Britannique traverser le Sahara et affronter moult péripéties. Mais surtout, ce document historique montre des images inédites de Fela Kuti, live notamment, dans lesquelles sa musique ressemble à un mélange alors nouveau de James Brown et Coltrane doublé d’un message panafricaniste sans ambiguïtés, et joué devant un public ne semblant pas en saisir toute la portée. Dans le studio, une longue jam a été captée, qui lorgne vers un mélange de Miles, Mandrill et Sun Ra. Bien que filmés à l’emporte-pièce psychédélique, ces documents, même en l’absence de bonus, s’avèrent passionnants. / Ph. Robert.

Film: ATCQ, Luck of Michael


“Beats, Rhymes, Life: The Travels of a Tribe Called Quest” est un documentaire qui retrace la carrière d’ATCQ. Le réalisateur, Michael Rapaport, est un fan de longue date du trio du Queens et il a commencé à travailler sur le projet suite à leur reformation en 2008. À travers les portraits et interviews de Q-Tip, Phife Dawg, Ali Shaheed, Jarobi et de leur entourage, de De la Soul à Mos Def, on comprend un peu mieux les mécanismes qui ont participé à la dissolution du groupe en 1998. Le documentaire “Beats, Rhymes, Life: The Travels of a Tribe Called Quest” sera projeté en avant-première à Paris, au Forum des images, le 5 novembre 2011.

PROJECTION

  • 05.11.11 Forum des images / Paris

Même s’il ne s’agit pas exactement du même sujet, on profite de l’occasion pour évoquer la sortie “White Wash” qui aborde la complexité des problématiques raciales aux États-Unis à travers l’exemple de surfeurs appartenant à des minorités ethniques. On retrouve la voix de Ben Harper en voix off et la bande-son a été réalisée par les incontournables The Roots.

Expériences: Jeff Mills, voyage accompagné


De thèmes cryptiques de Sun Ra jusqu’aux récentes références cybernétiques de Janelle Monáe, en passant par le P-Funk de Parliament/Funkadelic ou les délires DIY de Rammelzee, les métaphores liées à la conquête spatiale restent un des sujets les plus récurrents des musiques afro-américaines.

A ce titre, Detroit a toujours constitué un terreau particulièrement propice pour ce type d’extrapolations. En se réappropriant les discours associés aux rêves technologiques, plusieurs générations de musiciens ont été rechercher dans les tréfonds de l’espace toutes les promesses d’émancipation dont ils étaient dépossédés dans leur vie quotidienne.

Parmi les producteurs de Techno encore en activité, Jeff Mills continue à poursuivre cette quête à travers dans des champs toujours plus reculés. C’était le cas notamment en 2000, lorsqu’il composa une nouvelle BO au classique Metropolis. Un décrochage qui lui permettra de propager son utopisme au-delà des cercles restrictifs de la club culture. Après avoir déjà doublé plusieurs films du cinéaste allemand, il renoue cette année avec l’oeuvre de Fritz Lang en proposant son interprétation de “La Femme sur la lune” (1929).

CONCERT

Documentaire: The Smiths, ils nous font la totale


À l’heure où Rhino s’apprête à sortir un coffret à tirage limité regroupant l’intégrale de The Smiths, totalement remastérisées à partir des bandes originales, un documentaire rare a refait surface récemment. En un peu moins de 20 minutes qui retracent l’histoire et l’impact extraordinaire du groupe de Morrissey sur le paysage musical anglais des années 80. Bien que les images soient essentiellement extraites de vidéos et de documents déjà existants, on retrouve un certain nombre de séquences inédites, en concert ou prises dans les rues de Manchester. La manière idéale pour avoir un cours accéléré sur la discographie de ce groupe exceptionnel.

Film: Arthur Russell, les lois du partage


Kenneth Goldsmith ne cesse décidément pas de nous surprendre à travers son site UbuWeb, le projet altruiste et révolutionnaire incontournable qu’il nourrit patiemment depuis près de 15 ans. Poésie, vidéo, musiques expérimentales, cette zone d’autonomie temporaire ne cesse de s’étoffer, offrant le catalogue le plus exhaustif du net en matière de création expérimentale. En guise d’amuse-bouche, les amateurs de musiques électroniques sauront apprécier cette vaste compilation de près de 500 morceaux mis en ligne il y a quelques jours seulement.

J’ai toujours été un collectionneur“, me confiait-il récemment à propos des motivations qui ont participé au lancement de ce projet. “Je collectionne des livres et toutes sortes de choses différentes… Je suis tout simplement un collectionneur compulsif. Internet s’est d’emblée présenté comme un moyen de partager mes collections avec d’autres personnes, de puiser dans des collections numériques privées pour en partager les contenus avec un plus large public. Si on ne peut pas partager une collection à quoi cela sert-il d’en avoir une ?

Au centre d’une telle posture, on trouve bien entendu un rejet radical en matière de droits d’auteurs. Même si cette situation génère son lot quotidien de lettre d’avocat et de boîtes de production, Kenneth reconnaît qu’il n’a jamais été poursuivi pour héberger et diffuser du matériel. La raison est très simple. “Nous ne sommes pas en train de proposer le dernier album de Lady Gaga, tous ce que nous diffusons à travers UbuWeb n’a aucune valeur financière, c’est avant tout proposé dans un but pédagogique. Qui peut bien s’intéresser à essayer de vendre une conférence de Joseph Beuys. Une fois que je leur explique ma démarche, il est rare que les gens qui me contactent décident d’engager des procédures. Au pire, je retire l’enregistrement incriminé et tout rentre dans l’ordre.”

Phil Niblock, “Arthur Russell: Terrace of Unintelligibility” (Part 1)

En vérité, c’est plutôt le phénomène inverse qui s’opère. UbuWeb est devenu à tel point incontournable que ce sont désormais les artistes eux-mêmes qui le prient de poster leurs oeuvres sur son site. C’est probablement ce qui c’est passé avec ces deux films, disponibles en DVD en série limitée avec la réédition en 2004 de l’album “World of Echo”, que Phil Niblock a réalisé sur Arthur Russel. “Terrace of Unintelligibility” (1985) et “Some Imaginary Far Away Type Things/AKA Lost in the Meshes” (1985) sont construits autour des mêmes procédés.

Dans la note accompagnant les vidéos, il est indiqué que seul le premier film est véritablement monté, l’autre se présentant plus comme une succession de rushs. Dans les deux cas, on découvre Russell, en solo, à trace à des plans très rapprochés qui tendent vers le noir en blanc. On entrevoit sporadiquement des contours de son visage et de sa bouche, avant d’être plongé dans une obscurité totale. Au milieu de ses effet de flous intimistes, la voix de Russell se dégage avec une clarté et une qualité surprenante qui accentue ces effets d’alternance entre des atmosphères apaisantes ou claustrophiques.

Quelques séquences intercalées sur ces mains rappellent et son jeu de violoncelle rappellent les prises de vues qui caractérisent également The Magic Sun (1966), le magnifique film que Niblock a consacré à Sun Ra. Aant de devenir un des pionniers en matière de compositions minmale, Niblock a longtemps été photographe de Jazz. Cela explique peut-être cette aptitude à retranscrire avec beaucoup de finesse et de profondeur les atmosphères de Russell. Goldsmith ne se trompe pas en déclarant que ces deux films constituent probablement les plus beaux reliquats audiovisuels laissés par le compositeur décédé sept ans après ces sessions.

Phil Niblock, “Arthur Russell: Terrace of Unintelligibility” (Part 2)

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Film: Charlie Mingus, un documentaire refait surface


En 1968, le réalisateur Thomas Reichman filme plusieurs longues entrevues avec le musicien et les monte accompagné de séquences de concerts et d’autres archives. Le résultat prend la forme d’un documentaire intimiste qui révèle différentes facettes du contrebassiste, aussi bien son caractère paternel touchant que son amertume lorsqu’il aborde les questions raciales et politiques. L’une des raisons qui a poussé Reichman à mettre en place ce projet était motivée par le fait que, faute de pouvoir payer son loyer, le musicien était sous le coup d’une expulsion imminente de son loft new-yorkais.

Dans les nombreuses séquences mémorables qui composent le film, il reconnaît son penchant pour la morale de la rue et, en manipulant un fusil semi-automatique, il admet qu’il ne se laissera pas évacuer facilement. Toutefois, il conserve son calme lorsqu’il quitte finalement son appartement, entouré par un escadron de policiers et de journalistes. Une fin qui donne un aperçu poignant d’un quotidien qu’on a tendance à oublier et qui refait surface sur YouTube.

“Charles Mingus”, Réal. Thomas Reichman (58min, 1968)

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