Catégorie : Film



Film: The Black Power Mixtape, 1967-1975


L’histoire des revendications afro-américaines des années 60 et 70 a déjà fait l’objet d’un certain nombre de documentaires et, après l’élection d’Obama notamment, la radicalité de cette cause tendrait facilement à se diluer dans les routines langagières de l’idéal démocratique. Ce n’est pas le moindre des qualités de “The Black Power Mixtape 1967-1975″ de rappeler l’intensité et les paradoxes de cette période cruciale pour l’évolution des questions de races aux Etats-Unis.

On y retrouve la verve et le style des grandes figures de l’époque. En particulier le charismatique Stokely Carmichael qui en 1967, avait apporté une pièce importante à la cause en écrivant l’ouvrage Black Power avec Charles V. Hamilton. C’est à lui qu’on doit l’idée de racisme institutionnel et il poursuivra son positionnement pan-africaniste radical en se réfugiant en Guinée avec son épouse de l’époque, Miriam Makeba. Bobby Seale, Huey P. Newton et Eldridge Cleaver, tous les piliers des Blacks Panthers sont aussi présents pour nous rappeler la rhétorique militariste radicale qui avait cours durant cette période.Dans une interview poignante, l’impériale Angela Davis raconte son enfance dans l’Alabama et la peur constante d’être la cible d’aggressions verbales ou physiques. À travers les différentes péripéties qui ont jalonné son inculpation, on comprend très vite l’hermétisme coupable des instances étatiques.

Cet aide-mémoire chronologique aborde également les répercussions tragiques qui ont suivi les vagues de répression. Les assassinats, l’afflux d’héroïne de nombreuses séquences témoignent, quelquefois de manière cruelle, de l’érosion progressive des espoirs et des solidarités tout au long de cette décennie capitale. La grande originalité de ce documentaire tient au fait que l’intégralité des images qui le constituent ont été produites par des journalistes rattachés à la chaîne de télévision nationale Suédoise. Ce regard externe témoigne à quel point la cause des Black Panthers connaissait un écho favorable auprès des certaines franges progressistes européennes et on ne manque pas d’être surpris par ce ton résolument partisan. Si l’ensemble du documentaire de Goran Hugo Olsson est parfaitement réalisé, il faut également noter l’excellente BO signée par Guestlove et Om’mas Keith.

Même si ces extraits télévisés sont exclusivement d’époque, le producteur de ce docuementaire, qui n’est autre que Danny Glover, a demandé à certains porte-paroles actuels de la cause afro-américaine d’émettre des commentaires. Erykah Badu, ?uestlove ou Talib Kweli, donnent ainsi des éclairages extrèmement enrichissant sur l’actualité des questions de race aux Etat-Unis. A ce titre, Talib Kweli révèle cette anectode inquiétante survenue il y a quelques mois. Peu de temps après avoir visionné un discours de Stokely Carmichael sur Internet, il a été arrêté à l’aéroport de Los Angeles par toute une troupe d’agents en costume noir qui l’ont interrogé sur les raisons de cet intérêt pour le leader subversif. Une manière de rappeler que, quarante ans plus tard, il subsiste quelques tabous au pays de la libre-expression.

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Film: Genesis Breyer P-Orridge, la mélodie du bonheur


Inaugurée le 18 octobre 1976 au ICA, une exposition intitulée “Prostitution” est rentrée dans les annales à cause du tollé qu’elle avait suscité en Grande-Bretagne. La présentation d’images pornographiques, de chaînes, de seringues ou de tampons usagés heurta à tel point les sensibilités que le centre d’art fut contraint de retirer les pièces incriminées. Un député conservateur, présent lors du vernissage, s’insurgea dans la presse people contre cet “outrage maladif, sadique, obscène et diabolique”. Des compliments s’adressaient à Genesis P-Orridge et son collectif COUM Transmissions. Une bande d’agitateurs radicaux qui poseront les jalons de la musique industrielle sous le nom de Throbbing Gristle.

Cet épisode permet de revenir sur l’inclination de P-Orridge pour la performance et l’art contemporain comme des supports pour diffuser son goût prononcé pour explorer les paliers de la déviance. Le documentaire “The Ballad Of Genesis And Lady Jaye”, réalisé par Marie Losier, revient sur le parcours d’un iconoclaste né Neil Andrew Megson en 1950, depuis son enfance à Manchester jusqu’à son projet de fusion “pandogynique” avec Lady Jaye. Alter ego et compagne, subitement décédée en 2007.

Une ballade étonnante dans le quotidien d’une personnalité baroque et subersive qui, depuis plus de 30 ans, a toujours su bousculer les principes du “bon sens” et de la morale avec une remarquable perspicacité. À noter que cette ballade offre également une occasion pour retrouver Peter “Sleazy” Christopherson décédé en novembre dernier. Parallèlement à son projet avec Coil, il était également à l’origine de TB et de Psychic TV.

Marie Losier, “The Ballad of Genesis and Lady Jaye” (2011)

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Série: Treme, la Nouvelle-Orléans après le déluge


“Treme”, la série du créateur de “The Wire” raconte la vie d’un quartier de la Nouvelle-Orléans, trois mois après le passage de Katrina. L’intégrale de la saison 1 vient de sortir en DVD.

En traversant Baltimore dans la voiture de David Simon en 2007, j’ai aperçu des guirlandes de perles Mardi Gras accrochées à son rétroviseur. Quand je lui ai demandé pourquoi, Simon m’a répondu qu’il aimait la musique et la culture de la Nouvelle-Orléans, et qu’il s’y rendait dès que son emploi du temps chargé l’y autorisait. À l’époque, il terminait le tournage de la dernière saison de The Wire et préparait une nouvelle série pour HBO qui allait, finalement, le plonger pour de bon dans la culture de la Nouvelle-Orléans. Cette série, Treme, vient juste de commencer et c’est une histoire captivante et tout en nuance, qui utilise la musique de manière inédite. En fait, la musique est au centre de Treme, elle est l’essence même de la série. Et pour une bonne raison.

L’histoire se déroule dans le quartier de Treme à la Nouvelle-Orléans, un quartier qui est considéré comme le cœur de la culture créole et afro-américaine et le lieu de naissance du jazz. Le parc Congo Square est l’endroit où les esclaves se réunissaient pour danser au 19e siècle. Après l’émancipation, des brass bands se sont mis à fréquenter le parc et à développer un style basé sur l’improvisation qui est devenu le jazz. Au fil des années, le quartier a toujours privilégié la musique, ce qui fait que bon nombre de musiciens habitaient dans le coin. Mais ce riche héritage musical ainsi que le quartier lui-même ont été menacés par les inondations provoquées par l’ouragan Katrina en 2005.

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Film: House, it’s time to Jack


Dans le cadre de sa 15e édition, Sound and Vision entame un retour sur les origines de la house music. Ce premier volet permet de découvrir un documentaire rare de Carl Hindmarch, “Time To Jack”.

“C’est qui Jack? C’est quoi, plutôt ?” Jack, c’est la parade sexuelle du dancefloor. Une sensualité brute et directe qui habite les corps dans une danse suggestive jusqu’à parfois sexuellement active sur la piste… Quand tu jackes tu te colles derrière ton/ta partenaire et tu te frottes lascivement à lui/elle. C’est au Music Box à Chicago - temple des basses bondissantes, des bpm au galop et des décibels survoltées - que l’expression se cristallise au début des années quatre-vingt. Le gourou de cette cérémonie, c’est Ron Hardy, dj et directeur musical de cette deuxième vague de clubs à Chicago.

Le Warehouse vient de fermer ses portes à la suite du départ de Frankie Knuckles, quand le promoteur du club, Robert Williams, décide de doubler le prix d’entrée. En 1977, Frankie Knuckles, New yorkais, ami de Larry Levan, est approché par Williams qui lui propose les platines du Warehouse. Knuckles y mixe du Disco mais aussi de la musique électronique du vieux continent. Il ouvre tout un registre de classics underground au public chicagoans - nulle part ailleurs à Chicago on n’entend Loose Joints… Ses sélections et son son unique sont rapidement prisés autant par les amateurs que par les djs.

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DVD: Feist, la somme des parties


A travers un film, Feist revient sur l’aventure de “The Reminder” en présentant les divers collaborateurs, ceux qu’elle appelle ses « amplis ». On retrouve notamment le photographe Mary Rozzi, la marionnettiste Clea Minaker, le réalisateur des clips Patrick Daughters, les producteurs (Gonzales et Renaud Letang), et plein d’autres personnes qui ont participé au projet aussi bien sur le plan visuel que musicale. « Look at what the light did now » se présente comme une plongée dans les différentes phases, les lieux et les contingences de tout processus créatif et, quelquefois, au succès d’un album.

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  • “Look at what the light did now” DVD + CD bonus d’un live 13 titres (sortie le 06.12.10)

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Art: The Otolith Group, retour à Drexciya


The Otolith Group, Hydra Decapita, 2010

Figure majeure de l’afrofuturisme grâce à son ouvrage “More Brilliant Than the Sun: Adventures in Sonic Fiction” (1998), Kodwo Eshun révèle une autre facette de sa trajectoire hybridée au sein du projet artistique The Otolith Group. Aux côtés d’Anjalika Sagar, ils se sont engagés depuis une dizaine d’années dans l’exploration des potentialités de la pratique documentaire, des films d’art et d’essai, des archives postcoloniales, du modernisme urbain et des narrations de la science-fiction.

Le programme artistique syncrétique et exigeant d’Otolith Group, qui se revendique quelque part entre l’herméneutisme et l’hermétisme, est récompensé à travers leur récente nomination pour le Turner Prize. À ce titre, le film présenté renvoie à des questions que Kodwo Eshun abordait déjà il y a une dizaine d’années en tant que journaliste pour The Wire. En effet, “Hydra Decapita” se fonde sur les chroniques du légendaire duo techno Drexciya.

Illustration: Abdul Qadim Haqq

Issus de l’imagination des producteurs James Stinson et Gerald Donald, qui sera par la suite à l’origine du groupe Dopplereffekt, les Drexciyans constituent une descendance mutante et amphibienne qui se serait extraite de la voracité humaine. En effet, le projet s’inspire des récits et des peintures évoquant la traite négrière, selon lesquels il arrivait fréquemment que des mutins soient jetés vivant par-dessus bord durant leur transfert vers le Nouveau Continent.

Cependant, leur destin ne s’arrêtait pas là. La mémoire collective, afin de raviver un peu l’espoir des déportés, postulait en effet que ceux-ci avaient survécu dans le milieu aquatique. De “Drexciya 4: The Unknown Aquazone” à “Grava 4″, qui évoque l’exode vers une planète promise, les cinq albums qui composent cette saga posent chacun les jalons d’un mythe de l’Atlantide Noire. Outre la force narrative des compositions et leurs titres évocateurs, ces chroniques “aquatopiques ” ont acquis une identité visuelle particulière grâce aux illustrations d’Abdul Qadim Haqq.

L’approche d’Otolith Group est toutefois beaucoup moins littérale et explore plutôt la puissance symbolique de l’océan. Comme le souligne Anjalika Sagar dans l’excellent dossier proposé dans la dernière édition de The Wire, “le culte de Drexcyia a atteint ses limites et le but de ce film est de redécouvrir cette mythologie en l’amenant un pas plus loin”. La métaphore de l’eau permet, d’une part, de prospecter des problématiques touchant à l’écologie, aux catastrophes naturelles ou à certains conflits. D’autre part, elle offre également un prétexte pour créer une passerelle entre l’univers des musiques électroniques et le monde de l’art contemporain.

PROJECTION

  • The Otolith Group, “Otolith III” (2009) est projetté dans le cadre de l’exposition du Turner Prize 2010 qui se tient du 05.10.2010 au 03.01.2010 à la Tate Britain de Londres.

Drexciya, Hydro Theory, 1995

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