Catégorie : Focus

Expériences: Raymond Scott, déconstruire le génie


Stan Warnow a finalement terminé le documentaire dédié à son père. Surnommé par certains la « version audio d’Andy Warhol», la carrière de Raymond Scott a les allures du personnage de roman. Une vision monophonique nuancée par son fils dans “Deconstructing Dad: The Music, Machines and Mystery of Raymond Scott”, un portrait intimiste qui révèle les travers humain de cette trajectoire de génie.

Scott a débuté sa carrière musicale au milieu des années 30 par l’entremise de son orchestre. Avec son style rapide et très imagé, The Raymond Scott Quintette connaîtra un succès quasi instantané. Appelé à Hollywood, il est mandaté Warner pour composer des BO de films et de dessins animés classiques tels que Bugs Bunny, Road Runner ou Wily Coyote. Bip bip.

Cette expérience le pousse à s’intéresser de plus en plus aux bruitages. A partir des années 50, Scott fonde le Manhattan Research inc. et profite de ses compétences d’ingénieurs pour développer ou perfectionner des instruments inédits. Qu’il s’agisse de mandats publicitaires ou de compositions électroacoustiques, Scott va composer un univers sonore totalement unique.

Pendant près d’une vingtaine d’années, il va ainsi endosser le rôle de savant fou en créant toute une gamme de nouvelles machines permettant de composer des sons largement en avance sur leur temps. C’est le cas notamment de son Electronium que Berry Gordy s’était procurer pour agrémenter les sessions Motown. Cela a valu à Scott de travailler pour le label pendant plusieurs années en tant que Directeur du département de recherche en musiques électroniques.

FILM

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Graphisme: Emory Douglas, Panther Power


Le clip récemment réalisé par Doctor L pour le morceau Africa de David Murray & The Gwo-ka est composé intégralement à partir des dessins de Emory Douglas. Une occasion pour revenir sur l’oeuvre révolutionnaire de celui qui, un temps, portait le titre de Ministre de la Culture du Black Panther Party.

Dans les faits, ce poste a consisté à assurer l’intégralité des orientations esthétiques du parti jusqu’à sa dissolution à la fin des années 70. Pendant près d’une vingtaine d’années, Douglas a ainsi produit une vaste quantité d’illustrations qui, de la carte postale aux sculptures, servaient de supports de propagande variés.

Les travaux de Douglas ont récemment fait l’objet de rétrospectives à Los Angeles et au New Museum de New York. Son imagerie accompagnera également “Tongues on Fires” dans le cadre de Jazz à la Villette le 12 septembre 2010. Un spectacle musical autour des Panthers monté par David Murray et dans lequel on retrouvera The Roots et The Last Poets.

CONCERT

  • 06.04.10 David Murray & The Gwo-ka au Banlieues Bleues - Espace 1789 / Saint-Ouen

David Murray & The Gwo Ka Masters, Africa, feat. Taj Mahal (David Murray / Emory Douglas / Doctor L)

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Rock: Feloche, le cajun c’est pas si fastoche


Ce grand garçon débarque de nulle part, mais envahit les oreilles à coup de rock cajun décapant

Un peu fêlé, un peu félin, ce drôle de bonhomme débarque d’on ne sait où, son rock cajun de derrière les fagots bien calé sous le bras. Un mélange pas catholique pour un sou, qui n’hésite pas à aller se servir dans les caisses de l’electro, de la chanson ou du rock-steady. C’est sur scène que Feloche a commencé à faire parler de lui, notamment à l’occasion des premières parties de Thomas Fersen.

Sa frêle mandoline y est vaillamment soutenue par l’accordéon de Léa Bulle et la contrebasse de Christophe Malherbe. Sous le feu des projecteurs, l’ensemble s’embarque dans une transe fiévreuse et frénétique, décalée, dissonante parfois. Ça transpire, ça sent le bayou à plein nez. C’est rauque, c’est dingue. Cette drôle de caravane est en tournée à travers la France. À suivre de près.

SITE

CONCERTS

  • 12.02.10 Sannois
  • 13.02.10 Avignon
  • 20.02.10 Marseille
  • 24.02.10 Lille
  • 25.02.10 Châtenay-Malabry
  • 27.02.10 Les Houches

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Hommage: Willie Mitchell, l’homme de Memphis


Willie Mitchell dans les années 70. Photo: Michael Ochs - Archives/Getty Images

Un quartier miteux, un studio en pente: qui penserait que cette tanière abrite le génial producteur d’Al Green? C’est pourtant là que travaille Willie Mitchell, incarnation de la soul de Memphis, et donc de la soul tout court. Rencontre avec une légende décédée le 5 janvier dernier.

L’homme est assis derrière un bureau quelques mètres à peine à l’intérieur du Royal Recording Studio de Memphis. Il tient à la main une affiche d’un concert d’Al Green qu’un visiteur vient de lui amener. Willie Mitchell, le producteur de tous les hits de Green dans les années 70, scrute en détail l’affiche en caressant le pendentif en diamant en forme de “W” accroché à la chaîne en or autour de son cou. Il resserre le cordon de son pantalon turquoise. Il dégage une impression d’élégance fanée. “Je ne sais pas quoi en faire” dit - il en jetant l’affiche par terre. Je ne regarde jamais en arrière. Je vais de l’ avant.”

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Expériences: The Tapeworm, la musique par la bande


Sculpture de Brian Dettmer

Un label réactive les vertus de la cassette culture

À l’heure de la numérisation à outrance et des discussions sur le futur de la musique, il n’est pas surprenant que les propriétés culturelles et esthétiques de supports de reproduction sonore obsolètes soient remises au goût du jour. Avec la sortie en 2005 de son ouvrage “Mixtape: The Art of the Cassette Culture”, Thurston Moore payait un hommage indexé aux diverses formes culturelles véhiculées grâce à ces petits rectangles de plastique pour bandes magnétiques.

Les cassettes audio (compact cassette) furent lancées sur le marché vers le milieu des années 60 par Philips. Fait rare, c’est la même firme hollandaise qui, 20 ans plus tard, révolutionnera une nouvelle fois les modes d’écoute en inventant le disque compact. Avant ce basculement numérique, les cassettes constituaient le média privilégié pour écouter, et surtout recopier, des productions musicales. Un monopole d’autant plus long que les dispositifs CD-R, qui existaient déjà vers la fin des années 80, sont gardé très longtemps des prix prohibitifs. Du punk au hip-hop, plusieurs générations de courants musicaux ont ainsi profité de ces vertus reproductives pour promouvoir des esthétiques DIY.

Même si le CD et les fichiers Mp3 semblent les avoir rendus caducs dans les habitudes musicales, les cassettes n’ont cependant pas totalement fini de se débobiner. Dans un premier temps, la plupart des zones non occidentales continuent de profiter en masse des avantages apportés par cette technologie analogique. Ensuite, il existe toute une frange d’artistes ou de nostalgiques qui, à l’instar de Thurston Moore avec son livre “Mix Tape: The Art of Cassette Culture”, participent à canoniser les apports culturels et esthétiques déterminants de ce medium.

Enfin, à l’heure actuelle, toute une nouvelle vague d’artistes, de musiciens ou de labels semblent redécouvrir le charme désuet de la bande magnétique sous des formes. C’est le cas notamment de The Tapeworm, un label proche de Touch, dont le catalogue est constitué exclusivement de cassettes audio. Souvent produites en nombre très limité, on y trouve des pièces musicales, mais également des conférences ou des interviews d’artistes et d’intellectuels. À ce titre, la première édition du label fait office de manifeste. Il s’agit l’adaptation d’un texte de Jean Baudrillard, Xerox et l’Infini, dans lequel le philosophe interroge les questions touchant aux technologies de reproduction.

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Hommage: Vic Chesnutt, life is a time machine

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Vic Chesnutt rejoint cette mort qui n’a jamais été très loin

James Victor Chesnutt s’est donné la mort le 25 décembre 2009 à Athens (Géorgie, États-Unis). Parmi ses nombreuses collaborations, on compte R.E.M., Laura Nyro, Patti Smith, Lou Reed, John Cale, Mo Tucker, The Jayhawks, Allen Toussaint, P.J. Harvey, Wilco, Fugazi, Godspeed You! Black Emperor, Giant Sand, Calexico ou encore Jonathan Richman.

De son sud natal, Vic Chesnutt avait hérité sa passion pour la musique ainsi qu’une aversion profonde pour les mentalités véhiculées au sein des classes moyennes blanches. “Vers l’âge de 14 ans, ma vie est devenue intenable”, déclarait-il dans une interview accordée en 1994 à Emmanuel Tellier. “Je ne supportais plus les gens avec qui je devais vivre. Ils étaient mauvais, racistes, sexistes… Je me sentais exclu. Les filles ne s’intéressaient pas à moi - elles préféraient les costauds qui me tapaient dessus - et les mecs me crachaient au visage. Ce qui m’a sauvé, c’est cette conviction profonde que je pouvais trouver des gens différents, des gens comme moi, ailleurs, plus loin.”

A 18 ans, un accident de voiture le laisse partiellement paralysé, mais il continue à jouer de la guitare. En 1990, c’est Michael Stipe, le chanteur de R.E.M qui avait produit le premier des quinze albums de Chesnutt. Dans une interview accordée l’an passé durant sa tournée européenne, il déclarait à ce propos, “avant de faire mon premier album, j’étais dépressif et Michael voulait enregistrer mes chansons avant que je meurs. Car il pensait que cela pouvait arriver à tous moments. De cette manière, il m’a sauvé la vie”.

Vic Chesnutt, Yesterday, Tomorrow and Today

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