Catégorie : Focus

Photo: Lee Perry, là-haut sur la montagne


PHOTO: Horst Diekgerdes

De l’incendie de son studio à l’apologie des pum pum, la longue carrière de Lee Scratch Perry est jalonnée d’une multitude d’événements baroques. Un caractère et une destinée fantasque qui lui a valu d’être considéré comme un “Salvador Dali jamaïcain” par l’historien du reggae Lloyd Bradley.

“Je retourne au sommet de l’univers en revenant des bords de l’oubli,” expliquait-il à David Katz dans le numéro 124 de Vibrations. Son établissement dans une banlieue montagneuse aux abords de Zurich en 1989 ne constitue pas le moindre des paradoxes de cette carrière à rebondissement. Rescapé des mauvais sorts et de la folie qui prédominait à bord du Black Ark, c’est depuis la cave d’une villa résidentielle qu’il a ressuscité le légendaire studio de Kingston.

Le White Ark est devenu son laboratoire secret. Un vaisseau aux pouvoirs catalytiques dans lequel il a tout le loisir de fignoler son univers syncrétique. Au-delà des productions musicales, c’est le lieu d’origine de toute une gamme d’objets bariolés, de miroirs brisés et de slogans cabalistiques qui parsèment son jardin ou l’accompagnent sur scène. Nowness présente cette série du photographe Horst Diekgerdes et nous invite à faire une brève incursion dans ce paradis doucement décalé.

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Hommage: Abbey Lincoln

ABBEY LINCOLN

On la savait malade, mais la nouvelle a refroidi la fin de l’été: Abbey Lincoln est décédée à New York le 14 août dernier. Elle avait 80 ans. Un rare entretien à l’époque de son ultime enregistrement est paru dans Vibrations de juillet 2007. Nous le republions ici.

La rencontre a failli ne pas avoir lieu. À près de 77 ans, Miss Abbey Lincoln ne veut plus se plier aux contraintes de ce qu’elle n’a jamais considéré comme un métier. Sa santé lui commande le repos. Mais plus que tout, son caractère insoumis, pas celui d’une diva, celui d’une femme forte, fière, qui vous regarde dans les yeux et vous réponds d’une voix ferme et souvent autoritaire, lui dicte seule sa conduite viscéralement indépendante. Toute sa vie, Anna Marie Woolridge, de son vrai nom, a avancé la tête haute, le verbe sans concession, s’est choisi une vie guidée par le refus de l’injustice et la farouche préservation de sa liberté de penser et de dire.

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Exposition: Hendrix en Provence

Hendrix:Hiett

La Maison du Village de Saint-Rémy-de-Provence propose une exposition de photographies de Jimi Hendrix par Steve Hiett. Reportage et rencontre sur place

Le 8 août dernier, je suis descendu en voiture à Saint-Rémy-de-Provence. L’excuse était de m’offrir un petit bonus de vacances, mais en réalité je savais très bien que je n’aurais pas fait le voyage uniquement dans ce but. Il se trouve qu’une exposition de photographies de Jimi Hendrix avait lieu à la Maison du Village de St-Rémy. Je n’avais jamais vu ces images, et je ne connaissais pas plus le nom de celui qui les avait prises. J’étais intrigué.

Rendez-vous fut donc pris avec M. Steve Hiett qui, renseignement pris, était un photographe de mode de 70 ans qui avait, lorsqu’il avait 30 ans, assisté au festival de l’île de Wight, où se produisit très tard dans la nuit Jimi Hendrix .

Lorsque je pénètre par une petite rue à la Maison du Village, l’ambiance est toute entière habitée par l’esprit de Hendrix. Les magnifiques tirages de Hiett (dont plusieurs sont déjà vendus) sont accrochés sur tous les murs de la maison d’hôte. Dans le jardin, des jeunes gens, tous affublés d’un t-shirt à l’effigie du guitariste, s’affairent autour d’un sound system et accrochent un écran de fortune où sera projeté, à la nuit tombée, le concert de l’île de Wight. Depuis un mois que dure l’exposition, les aficionados de Hendrix n’ont cessé de passer à St-Rémy. Lorsque j’arrive, un jeune homme, flanqué d’un exemplaire d’Univibes (l’ultime fanzine sur Jimi) sous le bras, est en pleine discussion avec Patricia Belac, la propriétaire des lieux. Celle-ci semble charmée par toutes ces rencontres. “Avant, je connaissais Hendrix, aujourd’hui je l’écoute”, me dit-elle les yeux brillants avant de reprendre son téléphone et répondre aux nombreuses sollicitations.

“Vous verrez, M. Hiett est un homme très simple”, me dit Patricia. Ce qu’elle ne m’avait pas dit (ou n’avait pas eu le temps de me préciser), c’était quel genre d’homme était Hiett. Je le découvris par moi-même. “Je n’ai jamais vraiment voulu être photographe, commence-t-il par me raconter. La technique ne m’intéressait pas, et ne m’intéresse toujours pas. Je voulais être musicien, j’ai d’ailleurs été guitariste dans The Pyramid, un groupe qui a connu un certain succès avec son premier 45 tours.” En 1967, en effet, Hiett forme avec le chanteur Ian Mathews (futur Fairport Convention) et John Paul Jones (futur Led Zeppelin) un groupe dont le 45 tours “Summer Of Last Year” se classe treizième dans les charts anglais. The Pyramid est un croisement entre les Beach Boys (le groupe préféré de Hiett, méprisé alors en Grande-Bretagne) et la poésie beat de Jack Kerouac. Malheureusement, l’album prévu ne vit jamais le jour. Hiett s’électrocuta sur scène avec sa guitare, passa plusieurs mois à l’hôpital et, lorsqu’il en sortit, Mathews avait d’autres projets en route.

Mais le rock n’avait pas tout à fait lâché Steve Hiett. Un jour qu’un ami manager lui propose un billet backstage pour le festival de Wight, il se décide de prendre quelques photos. “Ce jour-là, il faisait très froid, il était trois heures du matin et j’hésitais vraiment à rentrer. Je suis resté pour écouter Hendrix et j’ai pris quelques photos, sans vraiment cadrer parce que c’était très sombre.” Petit à petit, les souvenirs reviennent dans l’esprit du fringant septuagénaire. “Contrairement aux autres groupes, Hendrix n’avait rien avec lui à Wight, à part ses trois guitares: sa Stratocaster, une autre Strat de rechange – s’il cassait une corde –, et sa Flying V. Un seul roadie. Il ne faisait pas de soundcheck, et accordait ses guitares manuellement, à l’oreille. C’était très low-tech.”

Hiett entend des choses que l’on n’entend pas forcément lorsqu’on écoute Hendrix. “Ecoutez bien “Angel” et “The Wind Cries Mary”. Sur certaines progressions d’accord, on entend l’influence de la country music sur Jimi”. Lorsque ce dernier morceau passe sur les enceintes, il nous en fait la démonstration. On est sidéré par la découverte. Mais il est déjà tard, et l’heure de reprendre la route. On quitte Steve Hiett et la Maison du Village pour repartir en sens inverse. La nuit tombe doucement sur la Provence et ses Alpilles rosies. On se dit alors qu’à Saint-Rémy, le peintre du son électrique aurait composé de bien beaux morceaux.

A voir

Saint-Remy-de-Provence, jusqu’au 30 septembre. Informations sur le site Internet de la Maison du Village

Vidéo

The Pyramid, “Summer Of Last Year” (1967) avec Steve Hiett à la guitare

Médias: Boombox, une histoire inouïe


Photo: Jamel Shabazz, 1983

Avant que l’iPod n’impose définitivement la prépondérance d’une consommation solitaire des musiques dans les villes, les boombox ou autres Ghetto Blasters étaient les emblèmes ultimes des cultures urbaines. Particulièrement prisés à partir du milieu des années 70, c’est surtout le hip-hop qui a profité de la puissance des ses haut-parleurs pour faire entendre des voix et des sons jusqu’alors dissidents.

À l’instar du break et des graffiti, cela permettait aux franges les plus invisibilisées d’imposer leur présence dans le paysage urbain. Comme le souligne le collectionneur Clive Owerko, il s’agissait de dire aux autres: “Vous allez pouvoir écouter ce que je veux vous dire et je vais vous le dire à travers la musique. Et si vous n’aimez pas cette musique, je vais la jouer encore plus fort”.

Dans ce petit documentaire proposé par NPR Music, Fab 5 Freddy se souvient également que son “box” lui donnait l’impression de voler continuellement en première classe. De LL Cool J, en passant par “Do The Right Thing”, les références à ces totems acoustiques ont parsemé les productions liées aux cultures urbaines de ces trente dernières années.

Parallèlement à ces nouvelles formes de mobilité et d’autonomie, le grand avantage de ces systèmes résidait dans la possibilité de partager quasi instantanément des expériences musicales. Des titres inédits entendus à la radio, des concerts, des sessions d’enregistrements improvisées, tout pouvait être rejoué avec la puissance nécessaire grâce à cet intermédiaire.

Au même moment où la propagande reaganiste prônait les vertus de l’individualisme, des lois furent progressivement ratifiées pour sanctionner sévèrement les nuisances causées par l’usage des Boxes. Cette situation favorisa largement la diffusion du Walkman et allait modifier de manière décisive les expériences musicales en milieu urbain. Avec la généralisation des casques d’écoute, la musique était progressivement dissociée de son support collectif.

The History of the Boombox (NPR Music)

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Livre: Untitled Tracks, un portrait alternatif de Beyrouth


Photos: Tanya Traboulsi

Cela fait trop longtemps que Beyrouth est déchirée par les aberrations hégémoniques qui taraudent le Moyen-Orient. Une chape pesante, obsédante, qui a largement contribué à occulter les diverses mouvances musicales qui, parallèlement aux canons de l’actualité, se sont répandues dans la ville durant ces dernières années. En se concentrant essentiellement sur les dix dernières années, “Untitled Tracks: On Alternative Music in Beirut” constitue une contribution essentielle pour pérenniser ce pan d’histoire interstitiel. On y retrouve toute une gamme d’échappatoires, aussi bien physiques que symboliques, qui ont agis comme des sas de décompression nécessaires pour infléchir l’imminence des diktats géo-politiques.

Cette publication se présente sous la forme d’une collection de textes, réunis par Ziad Nawfal et Ghalya Saadawi, et d’une sélection de photographies de Tanya Traboulsi extraites de son abondante série “Music is Life”. Comme saisie par l’urgence qui guide les situations transitoires, la photographe semble être encouragée par le désir de documenter le plus exhaustivement possible les lieux, les protagonistes et les divers moments qui ont contribué à façonner les scènes de la ville. On y découvre des figures aussi diverses que l’expérimental Tarek Atoui, le rapper RGB, les chanteuses Youmna Saba, Nadie Khouri ou Rima Ksheish.


Une place particulière est accordée au groupe de trip-hop The Soapkills dont les mélodies mélancoliques hantaient le paysage sonore libanais de l’après-guerre. Initié en 1996 autour du producteur Zeid Hamdan et de la chanteuse Yasmine Hamdan, le groupe s’est fait connaître au début des années 2000 grâce aux succès rencontrés par “Bater” et “Cheftak” et s’est rapidement imposé comme une pierre angulaire de la scène alternative. Le groupe se sépare en 2006 après le départ de Yasmine pour la France. Zeid Hamdan participa à la formation de nombreux projets, en particulier de l’influent trio The New Government aux côtés de Jérémie et Timothé Régnier. De son côté, Yasmine a récemment collaboré avec Mirwais sur le projet “Arabölogy” (2009). Toutefois, l’influence de The Soapkills ne cesse de se faire ressentir. En grande partie car, comme le souligne Rayya Badran, “leur musique fluctuait en fonction des perpétuelles destructions et reconstructions, tout en présentant un inévitable sentiment d’étrangeté. Ils captaient dans un même moment les mutations musicales et urbaines, tout en injectant du chaos dans leur console”.

S’il est difficile de ressortir une esthétique spécifique à cette présentation bigarrée, il s’en dégage néanmoins une atmosphère particulière qui retranscrit les expectations et les questions polymorphes qui taraudent cette génération intermédiaire. De manière subtile et intelligente, ces contributions variées se présentent comme autant de réponses aux interrogations posées par Ghalya Saadawi en introduction: “De quelles manières est-il possible de témoigner des guerres et des traumas ? Comment considérer différentes notions associées à des lieux ou à la géographie et qu’est-ce que des terminologies telles que Liban ou Moyen-Orient signifient ?”. Une manière, peut-être, d’entendre sous des formes métaphorisées les échos de la guerre civile. “Untitled Tracks: On Alternative Music in Beirut” constitue ainsi un témoignage particulièrement éloquent du potentiel actuel des sons, organisés ou non, en tant que vecteurs de résistance.

LIVRE

  • Tanya Traboulsi, “Untitled Tracks: On Alternative Music in Beirut”, Edité par Ziad Nawfal et Ghalya Saadawi, Amers Editions

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RIP: Sugar Minott, we’ve lost it


Chanteur, producteur et promoteur de soirée, Sugar Minott était une des figures majeures de la musique jamaïcaine des années 80. Il est décédé le 10 juillet 2010 à l’Hôpital universitaire de West Indies à St. Andrew suite à des problèmes cardiaques.

Après avoir joué dans quelques groupes de jeunesse, notamment au sein de The African Brothers aux côtés de Tony Tuff, la carrière de Lincoln Barrington “Sugar” Minott prend de l’ampleur lorsqu’il rejoint les rangs de Studio One en tant qu’apprenti de Clement “Dodd” Coxsone. Initialement engagé en tant que musicien de studio, il démontre rapidement ses compétences pour écrire des paroles sur des rythmes existants. Bien que cette technique était déjà commune lors des performances live, Minott sera l’un des premiers à l’introduire dans les sessions d’enregistrements.

Après avoir enregistré quelques titres, notamment son premier succès Vanity, il quitte Studio One en 1978 et rencontre le succès en Grande-Bretagne où ses albums “Ghetto-ology” (1979), “Roots Lovers” ou “Hard Time Pressure” (1980) génèrent quelques hits. C’est à cette période que le chanteur décide de s’installer à Londres pendant quelques années.

De retour en Jamaïque, il s’associe à à Sly & Robbie pour le titre “Rub a Dub Sound Style” (1984) qui constitue un avant-goût visionnaire de la déferlante ragga, puis dancehall, qui allait balayé l’île tout au long des années 90. A travers ses labels, Black Roots et Youth Promotion, qui était destiné à la découverte de jeunes talents, il a signé des artistes aussi incontournables que Ranking Joe, Barry Brown, Tenor Saw, Little John, Tony Tuff, Barrington Levy, Horace Andy, Nitty Gritty, Junior Reid, Yami Bolo, Daddy Freddy ou encore Garnett Silk.

Sugar Minott, Rough Ole Life (Babylon), Reggae Sunsplash 1983

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