Catégorie : Focus

World: Musiques métisses, quand les femmes s’en mêlent…

Susheela Raman et Rokia Traoré furent les deux concerts événements de l’édition 2008 du Festival Musiques Métisses d’Angoulême

Susheela Raman, en tunique noire, en trio, affronte en toute simplicité les 4000 spectateurs venus en masse en ce vendredi 9 mai à cette soirée consacrée aux voix de femmes. Arpentant la scène, accrochée à son micro, elle hulule, elle feule. À ses côtés, complice, son guitariste développe un paysage sonore fait de riffs, d’arpèges et de boucles rythmiques qu’il actionne à l’aide de ses pédales. En contrepoint, un joueur de tablas donne la tonalité indienne indispensable à cet univers. Quand Susheela Raman est sur scène, elle se donne complètement, son corps frissonnant aux vibrations musicales, son pied battant fermement la scène. Et elle peut aussi bien invoquer un Dieu tamoul traditionnel que faire état du cosmopolitisme londonien, tout se fond dans son univers personnel, intense. Après un final en transe, elle s’en va à bout de souffle.

Hors scène, quelques minutes plus tard, elle explique : «Les gens veulent toujours me mettre dans une catégorie. Aujourd’hui je travaille sur un projet de plate-forme Internet qui rassemblerait tous les musiciens indiens, ceux qui résident sur place comme ceux de la diaspora. Il faut absolument élargir la vision que l’on a de la musique indienne, qui reste celle de la musique classique ou de Bollywood». Son nouveau disque, à paraître début 2009, ne prendra pas la même forme que son concert. Ce serait trop simple. Susheela explique qu’il sera plus dubstep, plus électronique, en un mot plus Susheela Raman…

À sa suite, Rokia Traoré entre sous le grand chapiteau de Musiques Métisses. Nouveau disque, nouvelle direction musicale qui affirmait déjà un léger penchant pour la guitare rock. Sur scène, ce penchant devient une nouvelle formation où tous les instruments traditionnels ont disparu au profit d’une rythmique française et deux guitaristes maliens. Si «Tchamanché» est calme, contrôlé, la prestation scénique de Rokia Traoré est digne d’une rockeuse. Sa silhouette ultra-fine ondule aux rythmes de ses musiciens. Le spectacle est carré, bien foutu, efficace. Rokia Traoré s’enflamme et séduit aussi par ses déclarations entre les morceaux, par son espoir irréductible en une Afrique unie, apaisée. Le public l’ovationne : la carrière de star de Rokia Traoré ne fait que commencer.

Dommage qu’Asa, en ouverture de la soirée n’ait pas été à la hauteur de ces deux grandes chanteuses. Le groupe de requins de studios qui l’entoure malmène durement son concept pop-soul et sa voix pourtant magnifique. Reste à espérer que la prestation de ses deux consoeurs l’inspire à avancer.

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Rock: BLK JKS goes to America


PHOTO: Mikhael Subotzky

BLK JKS ambassadeurs de la nouvelle génération world

Linda et Mpumi, les deux membres originaux de BLK JKS, ont grandi dans le même quartier situé dans la banlieue est de Johannesburg. Le groupe constitué par ces deux musiciens autodidactes prendra réellement son envol avec l’adhésion de Molefi à la basse et de Tshepang à la batterie.

En 2007, la sortie en nombre limité d’un CD et d’un EP créera un buzz suffisamment important pour propulser BLK JKS en couverture du magazine The Fader. Un privilège peu commun qui a permis à ce groupe, dont le premier album est attendu dans le courant de l’année, de s’offrir une tournée remarquée aux États-Unis.

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VIDEO: BLK JKS, Molalatladi, Heathers bar, East Village, NYC, avril 2008


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Electro: HIFANA, Golgoths des platines


HIFANA vient déverser son breakbeat manga à la Scala

Dès le lancement de HIFANA en 1998, Keizo Machine et Juicy se sont rapidement démarqués grâce à leurs performances dans lesquelles ils n’avaient recours à aucune séquence préprogrammée. Produisant ainsi des lives de breakbeat à la fois authentiques et percussifs, qui intègrent toujours une bonne dose d’humour manga.

Une démarche quelque peu différente marque leurs productions puisque celles-ci sont construites minutieusement à partir de samples généralement extraits de musiques traditionnelles japonaises. HIFANA constitue l’une des nombreuses surprises qui se produiront samedi à la Scala dans le cadre des 10 ans de Ping Pong.

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VOIR, HIFANA, Wamono, Réalisation Studio Kamikaze Douga

HIFANA, “Fresh Push Breakin”, Live session

CONCERT

  • 03/05/08 Paris / Scala (soirée 10 ans Ping Pong)

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Punk: Abe Vigoda, le retour du mort vivant


Le punk tropical d’Abe Vigoda est emblématique du bouillonnement qui touche actuellement Los Angeles

Initialement, Abe Vigoda est un acteur américain qui s’est surtout fait connaître depuis le jour où le magazine People annoncait, à tort, son décès. Depuis cet épisode rocambolesque, son nom est généralement un prétexte aux boutades. Les Beastie Boys, dans Posse in Effect, et surtout les Bauhaus ne se sont pas gênés pour faire référence à ce mort bel et bien vivant.

Sans aucune relation apparente, Abe Vigoda est également le nom d’un groupe formé par quatre étudiants qui gravitent dans de la scène punk rattachée à The Smell. Un centre culturel situé downtown Los Angeles qui est devenu le terreau de groupes tels que No Age, les Silver Daggers ou Mika Miko. Surfant sur cette vague d’enthousiasme revivaliste, Abe Vigoda propose un étonnant cocktail de punk réhaussé au calypso. Un peu comme si Tom Tom Club et DNA paradaient dans un défilé accompagnés par des orchestres de steel drums.

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VIDEO: Abe Vigoda, All Night and Day

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Folk: C.R. Avery, la poésie des sons et des mots

Un petit tour du côté du touche-à-tout de Vancouver

Seul ou accompagné d’invités, C.R. Avery compose un univers bricolé et extrêmement inventif qui lui a déjà valu une vaste reconnaissance auprès de ses pairs. En effet, aussi bien Tom Waits, Ana di Franco que Sage Francis ont d’ores et déjà déclaré à quel point ils étaient séduits par les compositions de ce touche-à-tout.

Cependant, comme son website en témoigne, cela ne constitue qu’une facette du talent de cet artiste polyvalent qui fusionne admirablement human beatboxing, blues et poésie. Ambiances enfumées et fondamentalement low-tech, le Canadien trimballe depuis quelques années son monde allégorique avec simplicité et discrétion.

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A VOIR: C.R Avery, Flowerd Dressed Sundown

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Hommage: Le crooner de la Casbah est mort

Photo Jean-Baptiste Mondino

Lili Boniche, chanteur algérien de tradition judéo-arabe, a affolé les brunes, les blondes vénitiennes et même le président Mitterrand. Il est mort le 6 mars dernier à 85 ans. Philippe Robert l’avait rencontré en 1998 pour Vibrations

C’est un curieux label, une adresse que les esthètes du CD n’aiment pas partager. Son nom, A.P.C., est surtout connu dans le monde de la couture. Les vêtements de Jean Touitou sont appréciés pour leurs coupes et leurs lignes très pures. Ce sont des créations qui croient à la sobriété dans l’élégance. Ce même souci du non-frelâté se retrouve dans le catalogue d’A.P.C. Records. Quelques sorties témoignent chaque année de cette recherche de la saveur par la pureté. Le petit catalogue n’exclut pas les métissages, mais ceux-ci doivent privilégier le vrai au dépend de l’édulcoré. On y trouve les guitaristes F. Robert Lloyd et Sonny Sharrock célébrant les noces d’un jazz teinté de blues harmolodique. Jonathan Richman, Rachid Taha et Pascal Comelade reprenant chacun à leur façon «Mustapha», un standard du Moyen Orient. Hiroshi Fujiwara pliant le thème du film «Voyage au bout de l’enfer» aux rythmes dubs. Aujourd’hui, c’est au tour du merveilleux chanteur algérien Lili Boniche témoin plus que vivant d’une culture maghrébine populaire de sortir un disque sur A.P.C. Cet artiste original n’attendait qu’à être redécouvert. C’est chose faite.
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Afrique: La leçon de Toumani Diabaté

Toumani Diabateling©malik sidibé

Toumani Diabaté photographié par Malick Sidibé

Le célébrissime griot s’offre un album de kora puissant qui marie virtuosité, émotion et spiritualité. Découvrez son talent en images

Toujours désireux de surprendre et d’avancer, Toumani Diabaté fait paraître son album le plus ambitieux et abouti à ce jour, “The Mandé Variations”. Ce qui n’est pas peu dire pour ce griot prêt à relever tous les défis musicaux depuis des lustres. Björk, Damon Albarn, Taj Mahal, Ali Farka Touré, pour ne citer que les plus célèbres, ont eu recours à ses services. Aujourd’hui Toumani Diabaté revient à l’essentiel: sa kora et ses 21 cordes magiques. “The Mandé Variations” va à l’encontre de toutes les idées reçues sur la musique africaine. Enregistré en quelques nuits dans un studio londonien, il s’impose comme un manifeste d’inspiration, de talent et de spiritualité. Démonstration technique et interview express du jeune maestro dans les quelques minutes de vidéo ci-jointes. Avec en prime une improvisation autour d’un classique de la musique d’Afrique de l’Ouest. Que demander de plus?

VIDEO

CONCERT

  • 25/04 Paris, Théâtre des Bouffes du Nord

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MySpace de l’artiste

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Hommage: Joe Gibbs est mort

Joe Gibbs dans son propre rôle pour le film Rockers, en 1979

Joe Gibbs, sans être sur le devant de la scène, fut l’un des moteurs les plus efficaces de la révolution reggae

Né en 1943, Joel A. Gibson fut de la seconde génération de producteurs, celle qui entra en compétition avec les fondateurs historiques, ceux qui avaient gagné leur notoriété avec les sound-systems. Electricien de formation, il tenait un magasin de vente et de réparation de télévisions, où il vendait également quelques disques. Bientôt davantage intéressé par ce domaine en pleine expansion, il installa un studio d’enregistrement à deux pistes derrière sa boutique, et dès 1967 commença à produire des artistes locaux.

Lee Perry fut pendant cette période l’un des assistants qui l’aidèrent à s’établir. Encouragé par Bunny Lee, sa carrière démarra alors en flèche et les hits se succédèrent. Au tournant de la décade, il enregistrait désormais au studio Randy’s, mieux équipé, où il travailla avec l’ingénieur du son Errol Thompson.

En 1975, il monta son propre studio à 16 pistes, et débaucha Errol Thompson de chez Randy’s, qui ne s’en remit pas. Les deux devinrent bientôt les Mighty Two, Errol Thompson assumant également le rôle de producteur. En pleine période roots, des albums comme Visions (Dennis Brown), Two Sevens Clash (Culture) s’affirmèrent instantanément comme des classiques.

Entouré des meilleurs musiciens, dont les incontournables Sly & Robbie, il produisit de nombreux chanteurs et DJs, ainsi qu’une série d’albums de dubs, dont le African Dub Chapter 3, qui marqua les esprits par une utilisation massive de bruitages et autres collages sonores. Producteur éclectique, attentif aux tendances, il n’occultait aucun domaine, que ce soit le reggae plus rural de Leo Graham, le lovers, le dancehall, sachant parfaitement à l’instar de Channel One recycler les standards Studio One et Treasure Isle, et même revisiter le dub King Tubby meets Rockers Uptown à sa manière (Chapter Three). Il a su toucher un public international avec plusieurs hits planétaires, dont “Money In My Pocket” (Dennis Brown) et “Uptown Top Ranking” (Althea & Donna).

En 1984, sa reprise non autorisée de “Someone Loves You Honey” par JC Lodge le confronta aux avocats du compositeur, ce qui le mit sur la paille et le contraint à se retirer du business.

Son fils “Rocky” Gibbs reprit une partie des affaires en rééditant au fil des ans son catalogue, et, plus récemment, Joe Gibbs lui-même sortait de sa semi-retraite avec la volonté d’équiper un nouveau studio d’enregistrement. Le sous-label 17 North Parade de VP Records a tout récemment entrepris de rééditer ses productions, en commençant par la série des African Dub.

Joe Gibbs est décédé le 21 février dernier à l’University Hospital of the West Indies, peu après être admis pour une attaque cardiaque. Il laisse derrière lui onze enfants et un héritage musical riche et varié.

Livre: No Wave, retour sur un antimouvement


Bowery, été 1978. De gauche à droite: Harold, Kristian Hoffman, Diego Cortez, Anya Phillips, Lydia Lunch, James Chance, Jim Sclavunos, Bradley Field, Liz Seidman.
© GODLIS

Un ouvrage ravive l’esprit et l’esthétique no wave

Durant la fin des années 70, des groupes tels que The Contorsions, Lydia Lunch, DNA, Mars ou Teenage Jesus & the Jerks bourgeonnaient dans un Lower East Side en pleine décrépitude. Un ouvrage paru récemment offre un portrait remarquable de l’esprit sans compromis qui animait cette scène iconoclaste et quelque peu dissonante. Empruntant aussi bien à la poésie, la performance, le funk ou le punk rock, le no wave reste en effet l’archétype d’un antimouvement irréductible à un genre ou un style défini.

En focalisant son attention principalement sur l’album-manifeste “No New York”, Marc Masters revient sur ce moment décisif pour la culture new-yorkaise avec son ouvrage intitulé No Wave. Richement documentée, illustrée avec une superbe sélection de flyers et de photos (notamment celles de Catherine Ceresole), cette publication traduit parfaitement l’esthétique de cette époque. De toute évidence une référence incontournable sur le sujet.

LIVRE

  • Marc Masters, No Wave, Black Dog Publishing

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VIDEO:

  • DNA, live au MUDD club

  • James Chance and The Contortions - I Can’t Stand Myself

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hommage: Buddy Miles est mort

JIMI HENDRIX AVEC BUDDY MILES, MARS 1969

Le batteur du Band Of Gypsies est décédé à l’âge de 60 ans à Austin Texas

Avec son énorme afro, il ressemblait à Baby Huey, le chanteur de soul psychédélique. George Allen “Buddy” Miles est mort le 27 février des suites d’un longue maladie du cœur. Il fut le co-fondateur du Band Of Gypsies, le trio du guitariste qui remplaça le Jimi Hendrix Experience à la fin de l’année 1969.

Les deux musiciens s’étaient rencontré quant le batteur avait seize ans, lors d’un concert canadien où Jimi Hendrix jouait avec le I.B. Specials, en première partie des Isley Brothers. Buddy Miles était alors le batteur d’un groupe de R&B Ruby & The Romantics. Il ne rejoindra Hendrix qu’en 1969. Cette année-là, Hendrix produit un album du Buddy Miles Express puis invite le batteur sur l’enregistrement d’Electric Ladyland.

Il est de notoriété publique que Mike Jeffery, le premier manager de Hendrix, détestait Buddy Miles, et ne voyait pas d’un bon œil son protégé quitter les rivages de la pop vers ce “truc noir” indescriptible. Il fit tout pour éloigner Buddy Miles de son entourage. Lors de l’enregistrement d’Electric Ladyland, auquel participe Miles sur deux morceaux (”Rainy Day, Dream Away” et “Still Raining, Still Dreaming”), le producteur passe régulièrement après les heures de studio s’assurer que la voix de Hendrix est bien en avant dans le mix. A partir de ce moment, les relation entre Hendrix et Jeffery se détériorent.

Le groupe Band Of Gypsies fut de courte durée. Juste le temps d’enregistrer à la fin de l’année 1969 un album en public, Band Of Gypsies, avec le fameux “Machine Gun” qui sortira en avril 1970. Hendrix meurt en septembre.

Dans le meilleur livre écrit sur Hendrix (Jimi Hendrix, Vie et légende, en français aux éditions Seuil-Points), le journaliste anglais Charles Shaar Murray écrit: “Même si Billy Cox et Buddy Miles avaient une formation R&B, la combinaison des deux trace un curieux chemin entre funk lourd et hard rock: moins “soul psychédélique” que, disons, “black rock”. La section rythmique de Band Of Gypsies était la préférée de Miles Davis.”

A part Miles, bien des musiciens qui ont été influencé d’une manière ou d’une autre par Hendrix (les guitaristes Jean-Paul Bourelly et Vernon Reid, le batteur Ronald Shannon Jackson) ont affirmé que le Band Of Gypsies était le groupe de Hendrix qu’ils préféraient. Pas pour des raisons raciales, mais parce qu’esthétiquement, le backbeat de Miles permettait à la musique de Hendrix de prendre une autre dimension, de s’envoler littéralement. Pas nécessairement vers le jazz, mais vers d’autres horizons improvisés.

VIDEO

  • excellent documentaire en neuf parties sur Hendrix et le Band of Gypsies (en anglais)

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