Catégorie : Interview

Fatima, Blue Suede Shoes


De Floating Points à Dâm-Funk, en passant par Shafiq Husayn et ses projets solos, la chanteuse Fatima a placé sa voix nusoul sur de nombreux projets. Petit entretien avec une Suédoise qui n’a pas eu besoin de beaucoup de temps pour prendre l’accent cockney.

La plupart de EP “Follow You” a été enregistré dans votre chambre, pouvez-vous nous en dire un peu plus à propos de votre univers ?

Fatima: Je vis dans l’est de Londres. D’abord à Hackney pendant quelque temps et, à l’heure actuelle, je suis basée à Mile End. En effet, j’enregistre dans ma chambre ou dans mon salon. Qu’est-ce que je peux ajouter à ce sujet… pas grand-chose d’incroyable. Il ne s’agit pas d’un très grand studio, mon matériel est assez élémentaire. En fait, la plupart de “Follow You” a été enregistré dans le home studio de Sam Shepherd (aka Floating Points). Il possède des claviers de malade, quelque 808 et une bonne table de mixage. Si je l’avais voulu, j’aurais pu passer par un studio professionnel, mais je me suis très vite aperçu que ça allait sonner plus juste sans cela. On peut être facilement inspiré lorsqu’on est chez soi, devant son ordinateur. C’est beaucoup plus pratique, car ça permet d’utiliser spontanément les bons outils en fonction de l’inspiration du moment. On a pas besoin d’attendre pendant des lustres avant d’entrer en studio.

À quel moment trouvez-vous l’inspiration ?

Disons que c’est difficile à dire, c’est quelque chose comme une lumière, un éclair (rires). C’est un peu comme une idée subite, on ne sait jamais vraiment d’où ça provient. Ça peut surgir à l’écoute d’un disque, d’une mélodie qui trotte dans la tête ou juste de rester dans le silence. Ça être déclenché par n’importe quoi, ça jaillit souvent de nulle part. Pour être honnête, j’aimerais beaucoup pouvoir trouver une réponse à cette question, mais je dois avouer que j’en suis incapable. C’est trop difficile de pointer du doigt ce qui provoque l’inspiration.

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Pete Rock, la poigne de james


Celui que J Dilla considérait comme une des ses plus grandes influences revient sur quelques moments de son parcours

Même si vous ne jouez pas nécessairement du reggae, la tradition jamaïcaine est très présente dans vos productions, en particulier à travers la ligne de basse.

Tout le monde sait que le reggae est à l’origine de tout. Kool Herc est jamaïcain et, en répétant certaines séquences d’un disque, c’est lui qui a popularisé l’usage des breaks qui sont à l’origine d’un nouveau mouvement dénommé hip-hop. À mon avis, c’est lui qui a posé la base à partir de laquelle tout à démarrer. Si on regarde mon parcours, il est évident que le reggae a toujours joué une place énorme. Il arrive souvent que les publics veuillent écouter uniquement du hip-hop ou de la soul, je joue donc des sets différents en fonction des lieux.

L’apprentissage occupe une place importante dans votre approche de la musique ?

Cela découle directement de mes parents qui ont toujours été intrigués par le rôle de l’éducation. La première fois que je me souviens avoir écouté de la musique, j’ai tout de suite aimé et quand le hip-hop a commencé j’ai directement voulu faire partie du mouvement. À l’âge de 7 ans, j’appréciais particulièrement écouter Bambaataa ou Mr Magic à la radio. C’était le genre de truc qui te fait penser: “waouh je veux savoir faire ça !”. J’ai rapidement compris que j’apprenais beaucoup plus facilement en regardant et en écoutant d’autres personnes. Il suffit de me dire ou de me montrer quelque chose une seule fois et, quand je vraiment dedans, il n’est plus nécessaire de me le répéter. C’est la méthode que j’ai adopté pour apprendre à utiliser mes équipements. Je jouais avec les boutons, demandais à quoi ils servaient… sans jamais ouvrir un manuel d’utilisateurs.

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Steve Goodman, organisation tripolaire


En marge du Red Bull Music Academy Weekender qui s’est déroulé durant tout le weekend à l’Exil de Zürich, Steve Goodman évoquait quelques unes des directions prises par Hyperdub.

Quelle est votre opinion sur l’évolution de ce qu’on a coutume de placer sous l’appellation générique Dubstep ?

C’est devenu très chaotique et fragmenté. Il y a un nombre toujours plus important de sous-genres et d’influences réciproques avec d’autres scènes. Dès le moment où le dubstep est devenu mainstream, tous les autres genres ont commencé à l’intégrer d’une manière ou d’une autre. C’est devenu une énorme confusion, de DJ’s et de labels, dans laquelle il est plutôt difficile de naviguer.

Votre nouveau website est devenu très fonctionnel pour diffuser les titres de votre catalogue, est-ce une étape nécessaire ?

De cette manière, il est possible d’avoir un peu plus d’indépendance en particulier pour tout ce qui touche à la distribution et à la vente. Désormais, nous pouvons mettre immédiatement un titre en vente et cela nous évite de passer à travers toutes ses étapes intermédiaires qui peuvent rendre le processus très compliqué. Le pressage, les problèmes de distribution, des magasins, etc. on peut contourner toutes ses questions si nécessaire, avancer beaucoup plus rapidement. C’est une manière de s’inscrire dans le prolongement de ce qui a déjà été entamé via les réseaux sociaux durant ces dernières années : communiquer directement avec les publics. Beaucoup de labels fonctionnent désormais de la même manière.

Quelles sont les prochaines sorties du label ?

L’album “Pretty Ugly” de Scratcha DVA va sortir la semaine prochaine, Il y a également un nouveau single de Fhloston Paradigm, le projet de King Britt inspiré par la science-fiction et les BO. Il y a également le premier 12” de Walton, un jeune producteur mancunien, et celui du producteur UK funky Ill Blu. Il va également y avoir un remix de Traxman, un producteur de footwork de Chicago et un nouvel album de Hype Williams et celui de Cooly G ne va pas tarder. Nous sommes actuellement en train de travailler avec des chanteurs sud-africains. Excepté Cooly G, tout cela est prévu pour le mois prochain. Plus tard dans l’année, il va également y avoir les albums de Terror Danjah et de Morgan Zarate. Nous avons décidé de sortir un album par mois pendant tout cette année. Nous cherchons à voir comment le public réagit quand il est continuellement stimulé.

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Carl Graig, Detroit Forever


Photo: Nico Nicolino

De Shari Vari à Throbbing Gristle, Carl Graig revient sur les différentes influences qui ont participé à consolider son amour irrépressible pour Detroit et sa découverte des musiques expérimentales européennes.

Interview: Joël Vacheron

On connaît l’extraordinaire patrimoine musical et l’influence de Detroit sur les musiques électroniques. Pouvez-vous revenir sur l’influence de certains programmes de radio et de télévision ?

Aux États-Unis, vers la fin des années 50 et le début des années 60, les programmes centrés sur la danse connaissaient toujours plus de succès. La plupart se limitaient aux danses de salons, mais il existait également des programmes plus spécifiquement réalisés pour les adolescents. Il y avait notamment un show produit à Philadelphie qui avait beaucoup de succès, mais il s’agissait d’un programme destiné aux musiciens et au public blanc. Au début des années 70, Soul Train a apporté quelque chose de nouveau en s’adressant essentiellement aux jeunes Noirs. The Scene était en quelque sorte la version de Soul Train pour Detroit. C’était la période où mon grand frère était au lycée et tout le monde avait un look inspiré par Prince, faisait du roller skate, etc. Nous avions comme habitude d’enregistrer le programme sur des cassettes audio depuis le téléviseur et nous les rejouions durant toute la semaine. En ce qui concerne les programmes de radio, DJ Charles Johnson, plus connu sous le nom de The Electryfing Mojo, a eu un impact crucial. Tout d’abord grâce à ses sélections très éclectiques, mais également pour ses évocations de sujets liés à l’espace, à la conscience intersidérale ou à Star Wars. Son influence a été énorme ! Sous le nom de The Wizard, Jeff Mills proposait également un show. Cependant, il ne parlait pas à l’antenne, il faisait uniquement des scratchs très rapides.

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Fabien Barontini, un hiver très jazz


Depuis vingt et un ans, l’hiver est moins froid à Paris. Ou plutôt dans le Val-de-Marne, en banlieue, où le festival Sons d’hiver tient ses quartiers, en suivant une ligne à laquelle il n’a jamais dérogé : élargir le champ du jazz aux musiques créatives d’aujourd’hui. Rencontre avec son directeur artistique Fabien Barontini.

Dans quelles circonstances a été créé Sons d’hiver, il y a vingt et un ans ?

Fabien Barontini : C’est un festival qui s’est créé en fédérant un certain nombre de théâtres et de villes du Val-de-Marne pour proposer un moment de rencontres autour des musiques d’aujourd’hui. Avec le jazz comme fil conducteur, mais en tenant compte du champ plus général qu’il recouvre, là où il influence le hip hop, le rock : montrer en permanence comment les musiques d’aujourd’hui issues des musiques afro-américaines participent à notre modernité.

Sons d’hiver n’a jamais été étiqueté « Festival de jazz » ?

Non. J’ai l’impression que si on utilise uniquement ce terme-là, il y a une connotation qui enferme le champ musical alors que le jazz est une musique qui a toujours vécu en se nourrissant d’évolutions. Petit à petit, je me suis aperçu que ce qui paraissait inclassable était de proposer des artistes créatifs ou inventifs. Souvent, quand on utilise des vocables « classables », c’est simplement parce que l’on programme des artistes dont le langage a déjà été assimilé. Dès lors qu’on est dans des zones où les gens sont en train de créer, on a l’impression que c’est inclassable, alors que c’est la vie. La vie, c’est inclassable…

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Piero Sidoti, l’artisan du Frioul


Il aime sa vie paisible à Udine, dans le Frioul du nord-est de l’Italie. Lorsqu’il n’enseigne pas les mathématiques, Piero Sidoti écrit, chante et joue pour le théâtre. La sortie de son premier recueil de chansons, “Genteinattesa” lui a donné l’opportunité d’ouvrir récemment pour Gianmaria Testa. Ses refrains acoustiques sont ceux d’un artisan, interprétés d’une voix souvent profonde, ébréchée, charismatique, avec une brise de jazz sur quelques morceaux ou une chaleur brésilienne sur d’autres.

Comment avez-vous commencé la musique?

La musique a rempli ma vie depuis tout petit. Je crois avoir tout écouté, classique, moderne, contemporain, chanson, etc. Cependant, j’ai commencé à jouer de la guitare seulement après mes vingt ans, au moment où tous les autres arrêtaient. Avant j’écrivais beaucoup poésies, textes, nouvelles. Je sentais le besoin d’exprimer quelques choses, de communiquer et donc de partager avec les autres pour rentrer dans une sorte de résonance émotive. Je crois avoir commencé à jouer à l’âge auquel un homme n’a plus aucun charme avec la guitare à la main, ce n’est plus l’adolescent qui joue des chansons d’amour sur la plage, mais juste un traînard qui ne sait pas encore ce qu’il veut faire de sa vie.

Quels ont été vos modèles pour la voix et pour la guitare?

La liste pourrait être très longue puisque je suis un grand consommateur de musique, du classique au pop, en passant par le heavy metal, le rap. J’écoute toujours en silence et je déteste écouter de la musique en fond sonore, tout en faisant autre chose. Les références italiennes sont Fabrizio De André, Paolo Conte, Lucio Dalla, Francesco De Gregori, Gianmaria Testa, Giorgio Gaber, Roberto Vecchioni, Ivano Fossati, Luigi Tenco. Les premiers qui me viennent à l’esprit pour les étrangers sont Jacques Brel, George Brassens, Yves Montand, Edith Piaf, Serge Gainsbourg, Leo Ferré mais aussi Carlos Jobin, Toquinho, Vinicius de Moraes, Leonard Cohen, Sting, Nick Drake, Tom Waits, Peter Gabriel, Ben Harper. Un des albums que je connais le mieux, et qui m’a changé la vie, ne contient pas de mots. C’est “Koln Concert” de Keith Jarrett.

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