Catégorie : Interview

Interview: Monty Alexander, Gentleman Caraïbe


En hommage à Chris Blackwell, le pianiste jamaïcain Monty Alexander se produit vendredi 10 juillet sur la scène du Montreux Jazz Festival. Retour sur l’itinéraire d’un passeur dans cette interview exclusive.

Interview menée par Michel Danzer

Il est toujours aussi vert. A 65 ans, Monty Alexander promène toujours sa coupe ébouriffante - et un jeu de piano qui ne l’est pas moins - sur les scènes du monde entier. Il reste, après la disparition d’Oscar Peterson à la fin de l’année 2007, l’un des derniers tenants d’un touché caraïbe qui aura gravé l’ivoire du piano jazz. Un héritage qui remonte à Jelly Roll Morton, en passant par Wynton Kelly, et dont il est peut-être l’un des ultimes héritiers.

En véritable passeur, il s’évertue depuis plus de 15 ans à redonner ses lettres de noblesse à une musique jamaïcaine souvent traitée avec condescendance en l’amenant dans les salles les plus prestigieuses. Vers un autre public. Pour faire passer par les touches un message fort: derrière les oripeaux dont on l’affuble parfois - ceux d’une musique qui serait réservée aux nostalgiques de 68, à consommer uniquement avec psychotropes - le reggae et les styles qui l’ont précédé recèlent un lyrisme et une musicalité qui n’ont rien à envier aux genres les plus prestigieux. On chavire quand le pianiste pose ses doigts sur une version en porcelaine de « No woman no cry ». Tout autant lorsqu’il se réapproprie les compositions de Bill Evans, Nat Adderley ou Michel Legrand. Pelez l’oignon, et vous découvrirez toujours la même étincelle.

Monty Alexander l’a compris avant les autres, lui qui écouta Nat King Cole et Louis Armstrong jouer à Kingston dans les années 50. Il séchait les cours pour enregistrer avec les membres originaux des Skatalites - Johnny « Dizzy » Moore, Don Drummond, Tommy McCook ou encore avec Joe Higgs, figure tutélaire du reggae et futur mentor des Wailers. Un fois immigré au Etats-Unis, il mettra quelque temps de côté ses années Jamaïque pour tracer son sillon flamboyant dans la plus pure tradition jazz en frayant notamment avec Milt Jackson, Dizzy Gillespie ou Ray Brown. Sur des disques pour tous les grands labels, avec peut-être une mention particulière pour ceux du légendaire MPS. Et une certaine prestation au Festival de Montreux en 76 qui restera dans les annales.

Pianiste désormais établi, presque une institution, il appartient à ce cercle restreint de musiciens que les grands clubs new-yorkais se disputent. Il suit ses envies, enregistrant compositions originales, relectures de musiques caraïbes et standards jazz. Parfois sur les mêmes disques. Un affranchi aux confluents de deux traditions, américaines et caraïbes, qui sait mieux que personne évoquer leurs liens.

Quelle était l’influence du jazz sur les musiciens avec lesquels vous jouiez en Jamaïque à la fin des années 50, et sur le Ska en général ?

Monty Alexander : Je ne pense pas que c’était une question de genres musicaux. Car quand tu es un jeune et que tu grandis dans un foyer où l’on écoute toutes les musiques, que ce soit des chansons pop américaines, ou du jazz comme Louis Armstrong, des chansons de country que l’on entendait à la radio, des groupes de calypso, tu ne penses pas en terme de style, c’est juste de la Musique.

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Hip-hop: NASA, le ciel n’a pas de limite


La vie appartient à ceux qui rêvent haut… DJ Zegon et Squeak E Clean rêvent dans l’espace. Les deux musiciens ont fantasmé durant des années un disque composé par leurs soins et chanté par les héros de leur jeunesse. Le rêve existe. Il s’appelle Nasa.

Par Julien Chavannes

Ca commence sur un skate park et ça finit dans les étoiles. Un scénario qui ne pouvait s’écrire qu’à Los Angeles, à l’ombre des lettres géantes d’Hollywood. C’est là que Ze Gonzales et Sam Spiegel se sont rencontrés. C’est là qu’ils ont eu l’idée d’un disque de l’espace, Star Wars musical doté du plus invraisemblable des castings. Son nom : Nasa, The Spirit of Apollo. Au générique : George Clinton, Tom Waits, David Byrne, Santogold, MIA, Lykke Li, Kanye West, Kool Keith, E-40, KRS One, Gift of Gab, Ras Congo, Seu George, Sizzla, Spank Rock, ODB, RZA, Method Man, Chali 2na, Qbert, Lovefoxxx, Chuck D, Del, Ghostface Killah, Dj Am, Scarface, The Cool Kids, Kool Kojak, Z-Trip, John Frusciante, Fatlip, Amanda Blank… De la vraie pure science fiction. Mais avant d’envoyer cette fusée en orbite, il a fallu aux deux DJedis une sacrée force de persuasion, pas mal de patience, beaucoup de coups de fils et un bon petit paquet de fric. Il a surtout fallu que ces deux là, nés chacun d’un côté du continent Américain, se rencontrent.

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Club: Radioclit, le nouveau monde de la world music


L’univers sonique du collectif Radioclit est un vaste laboratoire d’échanges où l’on puise dans une banque intarissable de sons et de rythmes pour composer des sélections transculturelles

Texte: Joël Vacheron

Au milieu du XVIIIe siècle, Horace Walpole faisait référence à un vieux conte persan, Les Trois Princes de Serendip. Selon ce récit, trois hommes partent pour une mission et, en chemin, ils ne cessent de tomber sur des indices en apparence sans rapport avec leur objectif. Grâce à leur sagacité, ces événements fortuits leur permettront de découvrir des réalités qu’ils n’auraient jamais pu connaître autrement. Suite à cet épisode littéraire, le terme serendipity est fréquemment utilisé en anglais lorsque des situations intéressantes ou plaisantes arrivent de façon imprévue.

Un avion de papier

Cette définition s’applique à la saga de Johan Karlberg et Étienne Tron, le duo formant Radioclit, avec le chanteur Esau Mwamwaya. Évoluant dans des mondes a priori différents, leur rencontre est d’emblée marquée, comme le souligne Étienne, par une suite « d’enchaînements involontaires, mais totalement naturels ». Formé en 2003, Radioclit a participé activement au bouillonnement universaliste qui a singularisé la club culture londonienne durant ces dernières années. Après avoir enchaînés les collaborations avec des artistes tels que M.I.A, Bonde do Rolle ou Santogold, rien ne prédestinait le duo de s’associer à un chanteur inconnu pour produire un premier album. Ceci d’autant plus qu’au moment de leur rencontre, l’activité musicale principale d’Esau Mwamwaya se résumait encore à jouer de la batterie dans une église locale.

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Club: Buraka Som Sistema, comme une explosion


Boum ! C’est le son de Buraka Som Sistema. Déflagration dans les clubs, les salles de concert, sur les blogs, dans les rédactions… Le premier album du groupe lisbonnais, le génial « Black Diamond », est un mélange abrasif de kuduro, baile funk, drum’n'bass, grime, hip-hop… La synthèse la plus aboutie des sonorités métisses qui sévissent aujourd’hui sur les dancefloors du monde entier. Buraka, c’est deux MC’s (Kalaf et Andro) et deux producteurs (Joao et Rui). Mais c’est bien plus que ça. La preuve par les mots avec cette interview réalisée lors de leur passage à l’Élysée Montmartre, début mars.

Interview par Julien Chavannes

L’histoire du groupe commence donc dans le quartier de Buraka, à Lisbonne ?

Rui : Pas tout à fait. En fait, Joao et moi avons grandi dans un quartier appelé Amadora. Nous étions dans la même école. Amadora est un quartier très cosmopolite de Lisbonne, avec beaucoup de mélanges. C’est vivant, populaire. Et c’est juste à côté de Buraka. On a pris ce nom parce qu’on aime bien sa sonorité, tout simplement. Et puis dans Buraka, il y a beaucoup de ces boites africaines qui nous ont fait découvrir d’autres sons. Mais on vit toujours à Amadora. Avant Buraka Som Sistema, on avait un groupe de rock tous les deux, mais ça ne nous plaisait pas plus que ça, on voulait quelque chose qui nous ressemble davantage. On s’est acheté des machines et on a essayé de faire du son.

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Jazz: Jackie Paris, une interview de Billy Taylor


Avec la sortie ces jours du documentaire « ‘Tis Autumn – The Search for Jackie Paris » en dvd, c’est l’un des chanteurs de jazz les plus sous-estimé qui se retrouve enfin à l’honneur : Jackie Paris. Retour sur un parcours atypique avec Dr. Billy Taylor, le seul musicien à avoir participé à toutes les sessions de « Skylark ».

Par Michel Danzer

L’histoire d’une ascension fulgurante, qui verra un jeune italo-américain chanter pour les plus grands jazzmen (Charlie Parker, Gillespie, Hampton ou Mingus), et devenir la coqueluche de ses collègues les plus prestigieux (Sinatra, Sarah Vaughan ou Ella). Celle aussi d’une chute vertigineuse dans l’oubli. Un film-hommage qui, cinq ans après le décès de Paris, se devait d’être complété par un témoignage musical permettant de saisir la portée réelle de ce talent. Car la quasi-totalité des albums de la période faste de Paris restent….indisponibles.

L’album « Skylark », enfin réédité, capture Paris à son firmament, en 1954, environ sept ans après ses débuts sur quelques blocs de bitume new-yorkais qui changèrent définitivement l’histoire du jazz - la mythique 52ème rue de Manhattan. Un disque vocal majeur, longtemps considéré comme le joyau de certaines collections, qui atteste du talent incontestable de Paris en matière de ballades. A coincer quelque part entre un exemplaire du « Chet Baker Sings » et une copie du « Swings Shubert Alley » de Mel Tormé.

L’occasion aussi pour Vibrations de s’entretenir avec Billy Taylor, seul musicien à avoir participé à toutes les sessions de « Skylark » et, à 87 printemps, rare rescapé d’une époque révolue. Un personnage important de la scène jazz de New-York, connu autant pour sa carrière de pianiste – Ben Webster, Art Tatum, Miles, Bird, ou Artie Shaw se pressent sur son CV – que pour son travail de vulgarisation auprès du grand public américain, notamment à la radio et à la télévision.

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Livre: Paul Gilroy, Darker than Blue


PHOTO: Joël Vacheron

Le sociologue Paul Gilroy vient de sortir un nouveau livre intitulé “Darker than Blue: On the Moral Economies of Black Atlantic Culture“. A travers une relecture de l’oeuvre de W. E. B. Du Bois, il interroge divers processus à travers lesquels les aspirations politiques et sociales afro-américaines ont été subverties par la société consumériste. Une occasion pour publier l’interview qu’il avait accordée à Vibrations

Par Joël Vacheron

Ecrire un article sur Paul Gilroy n’est pas chose facile. Comment souligner l’incroyable richesse d’une réflexion entamée il y a près de trente ans et dont l’onde de choc semble loin de s’arrêter ? Lorsqu’on écoute le sociologue parler de sa passion inaltérable pour la musique, on est emporté dans un tourbillon d’intelligence qui force l’admiration. Au fil de l’entretien, il fait s’entrechoquer le dub minimal et vaporeux de Tikiman et le broken beat débridé de jazzmen japonais. Il se rappelle Bob Marley redescendant Piccadilly Circus en chantant « Midnight Ravers », un voyage à Seattle sur la tombe de Jimi Hendrix en compagnie d’un GI. Gilroy fait soudain ressortir les liens insoupçonnés qui relient le rapper Kurtis Blow au philosophe allemand Theodore Adorno. Quelques péripéties d’une expédition musicale sans pareille à travers l’espace et le temps, où se retrouvent pêle-mêle des musiciens, des écrivains, des sons, des images et des lieux.

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